Vache Enterrée à Stonehenge Lien Avec le Pays de Galles

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Vache Enterrée à Stonehenge Lien Avec le Pays de Galles
Vache Enterrée à Stonehenge Lien Avec le Pays de Galles

Africa-Press – Benin. Stonehenge a beau être l’un des monuments mégalithiques les plus célèbres au monde, sa signification reste encore largement mystérieuse, et le site archéologique fait toujours l’objet d’analyses pour tenter de la saisir. La plupart des études portent sur les pierres qui le composent, mais d’autres artefacts, moins imposants mais tout aussi importants, comptent parmi les vestiges jonchant la plaine de Salisbury, dans le sud de l’Angleterre.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs britanniques de l’University College of London, de l’université de Cardiff et du British Geological Survey (BGS) se penche ainsi sur une mâchoire de bovin, enterrée il y a environ 4.900 ans à côté de l’entrée sud du cercle de pierres. Pour essayer de comprendre la raison de cette inhumation, ils ont effectué des analyses isotopiques, qui permettent de retracer l’origine de l’animal. Il serait venu du Pays de Galles, comme certaines des pierres du monument, les bluestones. Cela pourrait-il laisser entendre que ces pierres bleues ont été transportées grâce à des bovidés?

Une vache enterrée sur le site de Stonehenge confirme le lien entre le cercle mégalithique et le Pays de Galles

Si les origines de Stonehenge remontent à environ 5.000 ans, le monument a été maintes fois reconstruit et agrandi, les mégalithes ayant été ajoutés et déplacés au fur et à mesure de ces remaniements. Plusieurs études ont révélé que certaines de ces pierres ont été transportées sur des distances considérables: si les plus grandes, les blocs de sarsen, sont d’origine locale, les « pierres bleues » (bluestones), plus petites, proviennent du Pays de Galles, et la pierre de l’autel vient même d’Écosse, à 750 kilomètres de là. Certains chercheurs ont ainsi émis l’hypothèse que ces mégalithes, étant donné leur taille et les distances à parcourir, aient pu être transportés par un glacier. D’autres envisagent plutôt un transport organisé par les humains, éventuellement à l’aide de bovins, mais les traces d’exploitation de cette espèce comme bêtes de somme dans l’Angleterre du néolithique sont encore très parcimonieuses.

Deux bovins qui semblent garder l’entrée du site

Fait surprenant, deux mâchoires de bovin ont été retrouvées de part et d’autre de l’entrée sud du cercle de pierres. Hérissées de leurs dents, elles se trouvaient chacune à l’extrémité du fossé circulaire qui entoure le site, flanquant l’entrée tels des gardiens. Ces animaux étaient-ils réellement investis de cette fonction? Pour tenter de comprendre leur rôle dans le cadre du site sacré, les chercheurs ont examiné la plus grande de ces deux mâchoires en soumettant un échantillon prélevé sur une molaire à des analyses isotopiques.

Les isotopes de l’oxygène, du carbone, du strontium et du plomb peuvent en effet fournir des informations sur le régime alimentaire, l’origine et les éventuels changements de lieu de vie de l’animal.

Un déplacement entre l’hiver et l’été

Les analyses isotopiques de l’oxygène et du carbone ont révélé que le bovin a changé d’alimentation au cours de sa deuxième année de vie. Entre l’hiver et l’été, son alimentation est passée de produits fourragers originaires de la forêt à l’herbe des pâturages. Les chercheurs présument alors que l’animal a été nourri en hiver avec des végétaux préalablement récoltés dans la forêt et stockés sous forme de foin, avant de revenir au pâturage de prairie au printemps.

Les isotopes du strontium indiquent en effet que les ressources alimentaires provenaient de zones géologiques différentes selon les saisons, « ce qui suggère que la vache se déplaçait selon les saisons ou que le fourrage d’hiver était importé », expliquent-ils dans un communiqué. D’après les cartes de référence établissant les variations du strontium dans le sol britannique, la valeur enregistrée en été correspond aux conditions de Stonehenge, mais ce n’est pas le cas pour celle de l’hiver précédent: « La valeur hivernale la plus élevée exclut la majeure partie du sud-est de l’Angleterre et le sud de l’Écosse », rapportent les auteurs dans le Journal of Archaeological Science. En revanche, elle correspond au Pays de Galles.

Le taux de plomb pourrait confirmer l’origine galloise

Cette localisation semble corroborée par les isotopes du plomb, caractérisés par des pics de composition entre la fin de l’hiver et le printemps, « ce qui indique une source de plomb plus ancienne que celui présent dans le reste de la dent », précisent les chercheurs.

Ils en déduisent deux faits notables: d’une part ce plomb plus ancien provient nécessairement d’une région où les roches sont plus anciennes, ce qui correspond aux collines de Preseli, au Pays de Galles – d’où sont originaires les pierres bleues de Stonehenge –, mais aussi à la région des lacs et à l’Écosse. D’autre part, le pic de printemps ne peut s’expliquer que par une sursollicitation de cette ressource au cours d’une période de stress métabolique, qui pourrait, pour un bovidé, correspondre au vêlage et à la lactation. Cela supposerait donc que l’animal était une vache enceinte, ou qui allaitait, pendant la période de formation de la dent.

Le bovidé était bien une vache

Pour le confirmer, les chercheurs ont effectué des analyses peptidiques à même de déterminer le sexe de l’animal. Ils ont en effet recherché une protéine, l’amélogénine, susceptible de révéler le sexe de l’individu, car elle existe sous deux formes, X ou Y. La présence prépondérante de la forme AMELX laisse supposer que le bovin était bien une femelle. Les isotopes ont également permis de dater la vache du tout début de l’existence de Stonehenge, entre 2995 et 2900 avant notre ère.

La vache a été soigneusement conservée avant son dépôt

S’il est impossible de savoir si la vache est arrivée vivante ou déjà morte sur le site mégalithique, il est fortement probable qu’elle ait revêtu une signification particulière pour la population qui l’a inhumée, car, selon les calculs des chercheurs, elle est morte entre 55 à 270 ans avant d’avoir été déposée au fond du fossé.

La bonne conservation de la mâchoire laisse également entendre que des soins spécifiques ont pu lui être apportés: « Les surfaces bien conservées de la mandibule suggèrent que, si elle a été conservée, elle a dû être gardée dans un environnement protégé avant d’être placée dans le fossé », indiquent les chercheurs.

Une nouvelle facette de l’histoire de Stonehenge

Dans quelle mesure cette vache s’inscrit-elle alors dans le contexte du cercle mégalithique? Pour les auteurs, elle représente avant tout un nouvel aspect de ce site, que l’on ne cherche le plus souvent à interpréter que d’après les pierres qui le composent. Comme le résume l’un des co-auteurs, l’archéologue Richard Madgwick de l’université de Cardiff, « les grands récits dominent souvent les recherches sur les sites archéologiques majeurs, mais cette approche biographique détaillée d’un seul animal apporte une toute nouvelle facette à l’histoire de Stonehenge ».

Il reste tout de même difficile d’interpréter son lien avec le transport des pierres

Mais ce n’est pas tout, car son origine galloise contribue à renforcer le lien entre le site mégalithique et cette région située à environ 250 kilomètres plus au nord-ouest. D’ores et déjà, « cette recherche fournit la première preuve que des bovins ont été amenés du Pays de Galles jusqu’à Stonehenge », explique de son côté Jane Evans, géochimiste au BGS. Ce qui fait dire à l’archéologue Mike Parker Pearson, familier du site, qu’« il s’agit d’une nouvelle preuve fascinante du lien entre Stonehenge et le sud-ouest du Pays de Galles, soulevant la possibilité tentante que le bétail ait aidé à transporter les pierres ».

Tout récemment, une étude pétrographique et géologique invalidait parallèlement la théorie du transport des pierres par un glacier, en démontrant que les marques présentes à la surface du « Newall Boulder », une bluestone originaire des collines de Preseli au Pays de Galles, n’étaient pas le résultat d’une abrasion glaciaire, mais celui d’une érosion naturelle ou d’un façonnage humain.

Pour autant, la seule présence de cette vache dans l’enceinte, même si elle semble indubitablement liée aux premiers constructeurs de Stonehenge, ne peut suffire à résoudre l’énigme du transport des mégalithes.

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