Par Aly Asmane Ascofaré
Africa-Press – Burkina Faso. Pilier du système sécuritaire d’IB, le général de division Célestin Simporé entame sa deuxième année à la tête d’un ministère récemment renommé. Promu à grande vitesse sous la transition, il est désormais l’un des visages les plus puissants de l’appareil militaire burkinabè.
À la tête du Burkina Faso depuis septembre 2022, Ibrahim Traoré, dit IB, aime les symboles et les formules chocs. Après « l’albinos noir » ou encore « l’hiver noir », le président de la transition a rebaptisé le très classique ministère de la Défense et des Anciens Combattants en ministère de la Guerre et de la Défense patriotique. À sa tête, le général de division Célestin Simporé, une personnalité clé de son dispositif, reconduite malgré un contexte sécuritaire dégradé.
1. Ministre reconduit
Depuis décembre 2024, le général de division Célestin Simporé était ministre de la Défense et des Anciens Combattants. Les violences jihadistes n’ont pas diminué en intensité, pour autant Ibrahim Traoré lui a renouvelé sa confiance le 12 janvier, en lui confiant les commandes de ce même portefeuille, rebaptisé ministère de la Guerre et de la Défense patriotique à l’issue d’un léger remaniement gouvernemental. Un intitulé va-t-en-guerre autant qu’un signal politique envoyé par le chef de l’État, qui assume une logique de guerre frontale contre les groupes armés et veut intensifier la riposte militaire.
2. Monté en grade
Preuve de la proximité qui unit les deux hommes, IB a reçu Célestin Simporé une semaine avant sa reconduction, au palais présidentiel de Koulouba, pour lui remettre ses nouvelles épaulettes et son béret à trois étoiles. Il avait été promu général de division le 30 décembre 2025 par décret présidentiel. « Une preuve de confiance renouvelée » et « un rappel à encore mieux faire », a résumé Célestin Simporé.
C’est sa deuxième promotion sous Ibrahim Traoré: en octobre 2023, il était passé du grade de colonel-major à celui de général de brigade.
3. Parrain militaire d’IB
Contrairement à son prédécesseur Kassoum Coulibaly, qui était l’oncle d’IB, le général Simporé n’a aucun lien familial avec le chef de la junte, souligne une source burkinabè. Leurs relations remontent au début de la transition: après avoir renversé Paul-Henri Sandaogo Damiba, Ibrahim Traoré, alors jeune capitaine méconnu, avait besoin du soutien des hauts gradés, et il s’est notamment appuyé sur Simporé, qui était chef d’état-major général adjoint des armées.
Avec le général Moussa Diallo, l’actuel chef d’état-major général qui a eu Ibrahim Traoré sous ses ordres en 2012, à Kaya, Célestin Simporé est considéré comme l’un des parrains militaires du président. Ils incarnent le lien entre une hiérarchie militaire traditionnelle et une génération plus jeune arrivée au pouvoir par les armes.
4. L’un des pilotes des assises nationales
En octobre 2022, quelques semaines après le coup d’État, Célestin Simporé est nommé à la tête d’une commission d’une trentaine de membres chargée de piloter les assises nationales.
Ce rassemblement de deux jours, réunissant les « forces vives du Burkina Faso », aboutit à l’adoption de la charte de la transition et à la désignation du capitaine Ibrahim Traoré comme président de la transition, à l’unanimité.
5. Allié précieux
Selon plusieurs sources, il a pesé de tout son poids durant les rencontres pour convaincre les hauts gradés réticents d’accepter Ibrahim Traoré comme président de la transition, certains doutant notamment des capacités du jeune officier à gérer le pays.
Deux mois après les assises, Simporé est nommé commandant des opérations du théâtre national (COTN), structure stratégique chargée de coordonner l’ensemble des opérations militaires sur le terrain.
6. Chef d’état-major
Célestin Simporé est ensuite désigné chef d’état-major général des armées. À ce poste, il avait notamment pour mission d’adapter l’appareil militaire burkinabè à une guerre asymétrique contre les groupes jihadistes, dans un contexte de pression constante sur les troupes et de pertes importantes. Une fonction qui l’a placé au cœur de toutes les décisions sécuritaires d’Ibrahim Traoré.
7. Fervent partisan
Au-delà de ses compétences militaires, Ibrahim Traoré apprécie la fidélité idéologique du général, qui reprend sans détour ni nuances la rhétorique souverainiste du régime. En août 2024, après le massacre de Barsalogho, il déclare: « Ce n’est que depuis ces deux dernières années que nous faisons réellement la guerre. Nous avons des résultats, et cela ne plaît pas à l’ennemi. »
Devant le président, en décembre 2025, il s’enthousiasme: « Sur le plan du développement, le camarade président a accompli beaucoup de choses, car le combat qu’il mène ne se limite pas au théâtre des batailles pour la reconquête du territoire, il s’agit d’un combat sur tous les plans. […] Je vais vous dire un secret: c’est lui qui fait pratiquement tout. »
8. Natif de Ouagadougou
Il est né le 17 août 1967, à Ouagadougou. C’est là qu’il a effectué ses études primaires et secondaires, avant d’obtenir son baccalauréat, en 1989, au lycée de Bogodogo, un établissement de la capitale. Il poursuit ensuite des études supérieures en ingénierie, génie civil et technique de l’environnement en Allemagne.
9. Formé… en France
Célestin Simporé a été largement formé au sein des institutions militaires les plus prestigieuses que compte l’ancienne puissance coloniale: École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan (1990-1993), École d’application du génie d’Angers, École de guerre de Paris (2013-2014). Dans l’Hexagone, il obtient aussi un master II en sciences politiques, spécialité défense et dynamiques industrielles, à l’université Paris-II-Panthéon-Assas.
10. Profil de technocrate
Au sein de l’armée, le général Simporé a gravi progressivement les échelons et mené une longue carrière sans se faire véritablement remarquer – jusqu’au coup d’État. Il a notamment été formateur pour le Groupement d’instruction des forces armées (Gifa) de Bobo-Dioulasso, instructeur à l’Académie militaire Georges-Namoano de Pô, chef de section et commandant d’unités du génie militaire. Il a aussi occupé plusieurs postes clés à la Direction centrale du génie militaire.
Source: JeuneAfrique
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