Africa-Press – Burkina Faso. Il était déjà trop tard, ce matin du 14 novembre, lorsque les renforts sont arrivés à la base du détachement de gendarmerie d’Inata, dans l’extrême nord du Burkina Faso. Quelques heures après l’attaque du camp, menée par plusieurs centaines de combattants d’Ansaroul Islam, affiliés à l’organisation terroriste Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), il ne restait plus que quelques bâtiments rongés par les flammes, des motos brûlées, un bout du drapeau burkinabé. Et des tas de corps, gisant sur le sable. Egorgés, calcinés ou criblés de balles en tentant de s’enfuir. « Un massacre », souffle, sous le couvert de l’anonymat, un militaire qui a participé aux opérations de ratissage.
Pendant plus d’une semaine, les équipes ont cherché, espéré retrouver la trace des survivants dans cette zone désertique, minée et encerclée par les djihadistes. « Un groupe a été attaqué, les plus jeunes étaient choqués en retrouvant leurs collègues », raconte le soldat, suivi par un psychologue. Sur les 120 gendarmes déployés à Inata, au moins 53 ont été tués et 47 retrouvés vivants, selon le bilan officiel. Les autres, toujours disparus, sont probablement morts.
Au Burkina Faso, le drame d’Inata a profondément ébranlé l’armée, qui n’avait jamais connu un tel carnage en six ans. Foubé, Thiou, Sollé… La liste des détachements militaires endeuillés ne cesse de s’allonger ces dernières semaines dans le pays. Depuis 2015, les violences djihadistes ont fait plus de 2 000 morts, dont environ 500 membres des forces de défense et de sécurité, selon les autorités.
« Dysfonctionnements inacceptables »
Les questions se multiplient dans les rangs de l’armée. « Comment a-t-on pu laisser ces hommes mourir de faim ? Pourquoi l’aide n’est-elle pas arrivée avant ? », fustigent plusieurs militaires, rencontrés discrètement à Ouagadougou. Deux jours avant l’assaut, le chef du détachement d’Inata avait lancé un appel à l’aide à sa hiérarchie, en vain. « Rupture totale provisoire alimentaire STOP par mesure conservatoire vie des hommes STOP obligation de quitter sa position dans prochaines heures », alertait le capitaine, dans un télex.
Leurs provisions étant épuisées depuis deux semaines, les gendarmes étaient obligés de chasser et de pêcher dans la brousse pour se nourrir, en attendant la relève bloquée depuis un mois dans la ville de Djibo, distante de 50 kilomètres. Selon nos informations, elle refusait de partir, exigeant d’être héliportée jusqu’à Inata à cause de la présence d’engins explosifs sur la piste.
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