L’Expulsion des Américains du Tchad AmèNera-T-Elle les ÉTats-Unis À Rejoindre la France dans la Lutte pour la Survie dans la Région du Sahel ?

L’Expulsion des Américains du Tchad AmèNera-T-Elle les ÉTats-Unis À Rejoindre la France dans la Lutte pour la Survie dans la Région du Sahel ?
L’Expulsion des Américains du Tchad AmèNera-T-Elle les ÉTats-Unis À Rejoindre la France dans la Lutte pour la Survie dans la Région du Sahel ?

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Burkina Faso. Après l’accord déjà conclu entre le Niger et les Etats-Unis pour que ces derniers retirent leurs unités militaires implantées sur le territoire nigérien, le chef d’Etat-major de l’armée de l’air tchadienne, Idriss Amine Ahmed, a appelé, à son tour, via une lettre adressée début avril au secrétaire américain à la Défense « Lloyd Austin », au retrait des soldats américains stationnés au Tchad, en attribuant la raison à l’absence d’accord permettant leur présence dans le pays.

La demande tchadienne, qui est intervenue à quelques jours de l’organisation des élections présidentielles du 6 mai 2024, ayant mis fin à la période de transition de Mahamat Idriss Deby, élu officiellement « Président du Tchad » en remportant ces élections, a soulevé d’intéressantes questions sur son timing et ses implications.

Cet appel intervient également à un moment où les puissances occidentales sont confrontées à un nouveau sentiment de rejet populaire et officiel dans la région du Sahel africain, avec une balance penchée en faveur de la Russie, qui continue de renforcer son influence sur les ruines de l’influence française.

De facto, les États-Unis rejoignent ainsi la France dans la lutte pour la survie dans la région africaine du Sahel, après que le Niger ait expulsé les forces américaines suite à la rupture d’un accord controversé entre les deux pays, avant que le N’Djamena ne rejoigne Niamey, exigeant que Washington retire également ses soldats.

• Une position ambiguë

Les États-Unis ont annoncé il y a quelques jours le retrait de leurs forces estimées à une centaine au Tchad, en réponse à la demande de N’Djamena, mais Washington a déclaré que « les forces de l’AFRICOM (US Africa Command) reprendront leurs activités après les élections présidentielles organisées le 6 mai dernier ».

Dans le même contexte, rappelons que le porte-parole du gouvernement tchadien, Abderrahmane Kalamallah, avait auparavant déclaré que « la présence des forces américaines au Tchad était initialement motivée par un engagement commun dans la lutte contre le terrorisme », notant que « l’état-major tchadien avait exprimé ses inquiétudes face à cette présence », et a expliqué qu’ « en reconnaissance des préoccupations exprimées, le gouvernement américain a décidé de retirer temporairement ses forces du Tchad », soulignant que « ce retrait ne signifie en aucun cas une cessation de la coopération entre les deux pays dans la lutte contre le terrorisme ».

• A propos du retrait américain

Commentant le fait lui-même, certains politologues tchadiens ont déclaré que: « Le retrait américain du Tchad est encore ambigu dans ses détails et ses raisons, malgré le premier message émis par le chef d’état-major et le commentaire qui a suivi, mais il est clair que l’autorité tchadienne a commencé à douter de la faisabilité de la présence de forces américaines sur son territoire ».

Ils ont indiqué également que: « Ce scepticisme intervient moins de cinq mois après la visite officielle effectuée par le président de transition du Tchad en Russie, alors qu’elle s’inscrivait dans le cadre de la préparation du 60e anniversaire de la coopération Russo-tchadienne, et qu’elle s’inscrit dans un tout autre contexte, celui du scepticisme qu’expriment les pays de la région à l’égard de la présence militaire occidentale ».

Selon eux « au vu du contexte actuel caractérisé par l’hostilité à l’égard de l’Occident et l’appel russe à la coopération avec les pays de la région, on ne peut que lier l’expulsion des forces américaines du Tchad à la possibilité d’un rapprochement avec la Russie ».

Ils pensent également que le retrait américain du Tchad compliquerait encore davantage la tâche des puissances occidentales consistant à limiter l’influence russe dans la région, notamment après le retrait des forces françaises du Mali, du Burkina Faso et du Niger.

• Que contenait exactement la lettre adressée aux Américains ?

D’après le New York Times, la lettre adressée par le chef d’Etat-major de l’armée de l’air tchadienne au secrétaire américain à la Défense « Lloyd Austin », ne demandait pas directement aux forces armées américaines de quitter le Tchad, mais se limitait uniquement à la Task force des opérations spéciales qui opère depuis une base militaire tchadienne dans la capitale N’Djamena et qui sert de « plaque tournante » importante pour la coordination de la formation militaire américaine et des missions de conseil dans la région.

D’après le Pentagone, environ 75 soldats du 20e Groupe des forces spéciales, une unité de la Garde nationale de l’Alabama, font partie de cette force opérationnelle.

Toujours selon le Pentagone, cette lettre aurait surpris les diplomates et officiers militaires américains, du fait qu’elle n’a pas été envoyée par la voie diplomatique officielle. Une démarche qui, selon certains responsables, pourrait être une tactique de négociation de la part de certains membres de l’armée et du gouvernement tchadiens pour faire pression sur Washington afin qu’il parvienne à un accord plus favorable (avant les élections du 6 mai).

• Un départ qui n’a pas trop tardé à prendre effet

Les États-Unis ont commencé effectivement à retirer leurs forces du Tchad après que la junte militaire de N’Djamena a appelé à leur départ durant le mois d’avril dernier. C’est ce qu’a rapporté à CNN le porte-parole du Pentagone, le major Pete Nguyen, qui a affirmé que plus de la moitié des 100 hommes stationnés dans une base militaire française dans la capitale, N’Djamena, avaient quitté le pays pour s’installer en Allemagne (où est basé le quartier général du Commandement américain pour l’Afrique, Africom).

« Nous pouvons confirmer le transfert sûr et ordonné d’environ 60 militaires américains du Tchad vers l’Allemagne, où ils poursuivront leur travail », a déclaré Nguyen.

Dans ce contexte, le porte-parole a tenu à expliquer que: « Cette mesure temporaire fait partie de la révision en cours de notre coopération en matière de sécurité, qui reprendra après les élections présidentielles du 6 mai », notant que le retrait a été achevé.

Pour rappel, la « Special Operations Task Force » était stationnée en Allemagne avant de s’installer au Tchad en 2021. Selon d’autres sources militaires rapportées par CNN, certains soldats américains resteront dans le pays pour travailler à l’ambassade, en plus des Marines qui continueront à assurer la sécurité du siège diplomatique.

Depuis de nombreuses années, les États-Unis comptent sur le Tchad comme partenaire fiable en matière de sécurité. En fait, la Garde présidentielle tchadienne est l’une des mieux formées et équipées de la région du Sahel. Le pays a également accueilli des exercices militaires menés par les États-Unis et est un partenaire important dans les efforts impliquant plusieurs pays du bassin du lac Tchad pour lutter contre les groupes armés de Boko Haram.

Ainsi, la nouvelle du retrait de l’armée américaine du Tchad intervient après que l’administration américaine a été contrainte le mois dernier d’accepter la demande de la junte militaire du Niger de retirer du pays son unité composée de plus de 1 100 hommes. Cette décision fait suite à l’annonce par laquelle la junte militaire de Niamey, le 16 mars, avait suspendu « avec effet immédiat » l’accord de coopération militaire signé avec les États-Unis en 2012. Le départ des soldats américains intervient au moment où les deux pays, ainsi que leurs voisins, le Mali et le Burkina Faso, s’éloignent de l’orbite occidentale et forment des partenariats avec la Russie.

On peut donc dire que les régimes qui détiennent les rênes du pouvoir au Sahel et au Sahara veulent aller dans d’autres directions que celles occidentales, et ici nous parlons clairement de la Russie, et d’un point de vue économique avec la Chine.

• Quelles seraient les répercussions de la décision de retrait ?

La décision de retirer les forces militaires américaines de la base aérienne d’Adji Kosseï à N’Djamena pourrait avoir diverses répercussions, que l’on pourrait résumer comme suit:

-/- Renforcement des relations tchado-russes

Suite au retrait progressif des États-Unis d’Amérique et de la France d’Afrique, la Russie profite de la détérioration des relations de l’Occident avec l’Afrique, afin de renforcer la présence russe sur le continent africain, et le déclin de l’influence occidentale en Afrique est certainement ce que souhaitent les Russes, car Moscou cherche en coulisses à attiser les sentiments d’hostilité entre l’Afrique et l’Occident. La visite de l’actuel président Mohamed Idriss Deby (alors qu’il était encore président de transition) à Moscou, le 23 janvier 2024, a confirmé la volonté du Tchad d’ouvrir des horizons plus larges pour renforcer les relations entre Moscou et N’Djamena, les deux parties ayant confirmé que les relations russo-tchadiennes seront florissantes au cours de la période actuelle.

Il est possible que des accords documentés dans le domaine de la défense et de la sécurité soient signés entre Washington et N’Djamena, sans compter que les forces russes exploiteront le vide américain sur la base aérienne d’Adje Kosseï au Tchad, puis que les forces russes remplaceront les forces Américains à la base susmentionnée.

-/- Les États-Unis d’Amérique envisagent de signer de nouveaux accords de coopération en matière de sécurité

La grande perte de Washington en Afrique ne signifie pas que les Américains abandonneront l’idée de déployer des forces militaires dans d’autres pays africains, mais qu’ils s’efforceront plutôt d’en signer de nouveaux accords de coopération sécuritaire avec des pays africains comme le Ghana, la Côte d’Ivoire et le Bénin, et ainsi Washington compensera ses pertes à Niamey et N’Djamena.

Washington a perdu donc une autre position stratégique au Tchad après le Niger, ce qui signifie saper l’agenda américain dans une vaste zone d’Afrique et déformer l’image des USA dans l’opinion publique américaine quant à sa capacité à mener à bien sa mission militaire et sécuritaire dans l’ensemble de la région.

Par conséquent, les projets de Washington de renforcer d’autres relations avec les pays du continent, fait craindre que Washington ne rejoigne Paris, dont la présence disparaît dans la région africaine du Sahel.

-/- Taux élevés d’attaques lancées par des organisations terroristes

Avec le déclin du rôle des États-Unis d’Amérique en Afrique et le retrait des forces militaires américaines stationnées à N’Djamena, cela risque d’avoir un impact négatif sur la sécurité dans la région, car les organisations terroristes chercheront à intensifient récemment leurs opérations terroristes, ce qui aura des répercussions négatives sur le territoire intérieur du Tchad, qui vient de connaître des élections démocratiques mettant fin à la période de transition, en particulier l’exploitation du vide sécuritaire occidental par les organisations terroristes, ce qui est considéré comme un revers aux efforts de l’administration du président américain Joe Biden pour lutter contre les organisations terroristes, et donc à la hausse de l’indice du terrorisme sur le continent.

-/- Engagement diplomatique de la Chine dans la région

Il est possible que le retrait progressif des forces occidentales chargées de la sécurité au Tchad modifie la donne des autres pays et des relations extérieures tchadiennes. Malgré la position claire et franche des relations tchado-américaines et françaises, la Chine a jusqu’à présent maintenu son calme. Il est certain que le retrait américain du Tchad nuit aux intérêts de la Chine sur le plan sécuritaire, mais sur le plan politique, le retrait est dans l’intérêt de la Chine. Avoir l’opportunité d’exploiter les richesses économiques de N’Djamena au profit de Pékin, puis d’intensifier la coopération diplomatique avec le Tchad.

• Le mot de la fin

De manière générale, on peut dire que l’Afrique est prête à entrer dans un avenir complexe suite au déclin croissant de l’Occident dans l’ensemble de la région, car l’idée de parvenir à un équilibre entre les partenariats traditionnels auxquels les pays africains se sont habitués se heurte à de nombreux obstacles causés par l’influence russe croissante, sans parler du rôle joué par les groupes armés, les milices locales et les conseils militaires de transition dans les pays qui ont connu des troubles militaires.

Quant au Tchad, la situation tchadienne semble avoir une dynamique différente, puisque le Foreign Policy Research Institute a indiqué que le retrait massif de l’Occident dans la région représente une nouvelle ère dans laquelle les élites africaines pourront désormais assumer la responsabilité des affaires africaines où les tensions parcourent toujours le continent africain, en plus des décisions et calculs américains qui acquiescent aux décisions des pays africains au cours de la période précédente.

Néanmoins, faut-il l’avouer sans la moindre hésitation, l’avenir du continent sera entre les Africains eux-mêmes.

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