Africa-Press – Burkina Faso. Scène surréaliste s’il en est une, ce qui s’est passé le 21 juin 2022 à Kossyam ! Le président de la Transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, y a reçu les anciens chefs d’État, Jean-Baptiste Ouédraogo et Roch Marc Christian Kaboré.
Qu’est-ce que ces hommes qui, à un moment donné de l’histoire ont été amenés à prédestiner au destin de la Nation, se sont réellement dit ? Les sourires face à la caméra étaient-ils sincères ? On aurait tout donné pour être dans le secret des dieux.
Officiellement, l’actuel homme fort du pays et ses deux prédécesseurs ont évoqué les questions sécuritaires, la conduite de la Transition et bien d’autres sujets d’intérêt national. « La rencontre entre ces trois personnalités témoigne de la volonté de réconciliation du Chef de l’État, pour un Burkina uni, déterminé et solidaire dans la lutte contre l’hydre terroriste », peut-on lire dans le communiqué de la Présidence.
Cette consultation présidentielle intervient alors que le climat social est plus que tendu : les braises de Seytenga ne sont toujours pas éteintes ; de nombreux appels ethnicistes sur les réseaux sociaux sont venus jeter le trouble dans l’eau de la cohésion sociale ; des personnalités publiques se disent victimes de menaces ; et on en oublie…
Il était temps de décrisper l’atmosphère sociopolitique. Mais il faudrait sans doute bien plus qu’une entrevue pour faire baisser la fièvre sociale. Néanmoins, cette convocation de ses prédécesseurs ressemble à une belle opération de communication pour Damiba qui se fait ainsi le chantre de la réconciliation nationale.
Qu’il reçoive Roch Marc Christian Kaboré, qu’il accusait, il y a peu, de tous les péchés du Burkina, n’a rien de surprenant et de paradoxal, comme le soutiennent certains. Il s’agit dans les Républiques qui se respectent d’une pratique courante, pensent ces observateurs : Les hommes passent, mais l’État demeure !
Par contre, pour d’autres, c’est une manière toute simple de brandir Roch, « prisonnier de luxe », comme un trophée de guerre. D’ailleurs, Roch a-t-il été conduit à Kossyam malgré lui ? Pouvait-il refuser ? Seule la suite des évènements pourra mieux éclairer la lanterne…
Il manquait, pour que ce tableau qui a été donné de voir mardi dernier à Kossyam soit complet, trois autres anciens chefs d’Etat : Michel Kafando, Blaise Compaoré et Yacouba Isaac Zida. Si pour le premier, on ne sait pas pourquoi il manquait sur la photo de famille, pour les deux autres, la réponse est évidente. Ils ont tous les deux la particularité d’avoir des ennuis judiciaires et sont exilés hors du pays, au Canada pour Yacouba Isaac Zida et en Côte d’Ivoire pour Blaise Compaoré.
Autre réconciliation, autre réalité ! En attendant la réconciliation nationale qui doit certainement permettre aux illustres exilés de revenir au bercail, Blaise Compaoré, particulièrement, depuis Abidjan s’occupe de la réconciliation au sein de sa famille politique.
En fin mai, il avait réuni autour de lui les deux camps du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP): « l’aile futuriste » et « l’aile historique » pour une médiation. Mais à croire que le président d’honneur du parti a perdu de son aura, puisque malgré son entregent, la réconciliation ne semble pas être pour demain.
Dernier épisode en date de ce feuilleton qui n’en finit pas, Eddie Komboïgo conteste à nouveau l’authenticité d’une lettre attribuée à « l’enfant terrible de Ziniaré » qui a pris la « perpét » dans l’affaire Thomas Sankara…
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