Africa-Press – Burkina Faso. BRUTX – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE
Il n’est jamais inutile de s’intéresser au destin de Thomas Sankara. Président du Burkina Faso d’août 1983 à octobre 1987, le jeune capitaine révolutionnaire a marqué son époque par son côté précurseur, en matière de défense de l’environnement ou de la place des femmes dans la société. Pourtant, comme le souligne un documentaire en deux épisodes diffusé sur la plate-forme BrutX, le leader tiers-mondiste, icône d’une partie de la jeunesse africaine, reste peu connu en France.
« Tu connais Thomas Sankara ? »,
interroge Yali Sankara, un rappeur assurant puiser son inspiration dans les combats du « Che Guevara africain » autant que dans sa personnalité. « De nom, je le connais, répond un jeune Parisien au tout début de ce documentaire. Je sais juste qu’il est un grand homme et qu’il a marqué l’histoire… J’aurais aimé qu’on me parle de lui à l’école. La seule chose qu’on connaît de l’histoire des Noirs, c’est l’esclavage. »
Si Sankara est aussi peu connu, c’est parce qu’il a été effacé des mémoires collectives, y compris dans son propre pays, la Haute-Volta, qu’il avait rebaptisé le Burkina Faso – « pays des hommes intègres ». Après son assassinat, le 15 octobre 1987, au Conseil de l’entente, à Ouagadougou, une campagne de « rectification », visant à ternir puis à gommer toute trace du président révolutionnaire, fut lancée par Blaise Compaoré, son « ami », qui lui a succédé à la tête du pays.
Il faudra attendre vingt-sept ans, et une insurrection en octobre 2014, pour que ce dernier soit chassé du pouvoir et que les « enfants de Sankara » ravivent le souvenir de celui qui incarna « une révolte anticapitaliste, féministe et écolo au cœur de l’Afrique », selon les termes de Yohan Malka, le journaliste de BrutX. Fin octobre – et sans la présence de Blaise Compaoré, principal accusé, actuellement exilé en Côte d’Ivoire –, s’est ouvert à Ouagadougou un procès devant élucider les circonstances de la mort du leader panafricain. Le peuple burkinabé a soif de vérité.
« Explosion d’énergie »
Le film montre bien l’« explosion d’énergie » qu’a provoquée le capitaine Sankara, âgé de 34 ans lorsqu’il arrive au pouvoir, comme le rappelle Bruno Jaffré, son biographe. Sur tous les fronts, il lance une réforme agraire qui, en seulement quatre ans, a abouti à l’autosuffisance alimentaire du Burkina Faso ; construit des barrages, fait planter des millions d’arbres, réaliser « à mains nues » une ligne de chemin de fer… Il a aussi bousculé les mentalités en faisant de l’égalité femmes-hommes une évidence, et de l’intégrité en politique, un devoir.
Sur un rythme dynamique et une musique entraînante, le documentaire associe des images d’archives, dont certaines peu connues, avec des témoignages de contemporains. Tourné en partie à Ouagadougou, il va à la rencontre de Basile Guissou, ancien ministre de Sankara, ou de Fidèle Kientega, son directeur de cabinet. La « force des punchlines » du leader remplit l’écran. On retient : « Le capitalisme est le pyromane de nos forêts » ; « Il faut choisir entre le champagne pour quelques-uns et l’eau potable pour tous »…
En quatre ans, Thomas Sankara a redonné aux habitants d’un des pays les plus pauvres de la planète une forme de dignité. La fin de son mandat fut toutefois marquée par les dérives autoritaires (châtiments, exécutions sommaires…) de certains comités de défense de la révolution. Même si Sankara les déplorait, elles ne peuvent ni ne doivent être occultées.
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