Flambée des prix : le FMI craint des « troubles sociaux » en Afrique

Flambée des prix : le FMI craint des « troubles sociaux » en Afrique
Flambée des prix : le FMI craint des « troubles sociaux » en Afrique

Africa-Press – Burkina Faso. Dans un rapport régional publié ce jeudi, l’institution de Bretton Woods exprime ses « craintes à l’égard de la sécurité alimentaire ». Selon le Fonds monétaire international, celles-ci se sont nettement accentuées avec la guerre en Ukraine et l’explosion des prix des denrées alimentaires. Conséquence : les risques de troubles sociaux se sont accrus au sein des pays vulnérables. « Nous sommes très inquiets de la récente flambée des prix des aliments et du carburant » sur le continent, a commenté auprès de l’AFP le directeur du département Afrique au FMI, Abebe Aemro Selassie, qui pointe des risques de « protestations sociales ». « Ce choc frappe de manière extrêmement ciblée les plus pauvres, en faisant augmenter les prix alimentaires, ceux des carburants et du transport en général, et au bout de la chaîne les producteurs de biens et services qui rehaussent leurs prix », a-t-il poursuivi. La flambée des prix des denrées alimentaires est sans précédent. Ceux-ci ont atteint un nouveau record en mars, lequel a effacé le précédent plus haut de 2011, selon l’indice de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui inclut les tarifs des huiles végétales, des céréales ou des produits laitiers.

Le blé : un front préoccupant

En première ligne, il y a le blé. La progression des prix du blé est « particulièrement préoccupante », écrit le FMI dans son rapport intitulé « Un nouveau choc et une faible marge de manœuvre ». Explication : l’Afrique subsaharienne importe 85 % de sa consommation de la céréale avec des montants particulièrement élevés en Tanzanie, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Mozambique. Plus largement, les importations de blé, de riz et de maïs représentent plus de 40 % des calories consommées chaque jour par les habitants du Botswana, du Lesotho, de Maurice et du Cap-Vert, détaille un graphique de l’organisation internationale. Celui-ci révèle que, parmi les pays les plus fragilisés par l’insécurité alimentaire, il y a Madagascar, la République démocratique du Congo et les États autour du Sahel. Deux mois après le début de la guerre en Ukraine et alors que le conflit ne montre pas de signe d’accalmie, « la hausse des prix des denrées alimentaires exacerbera l’insécurité alimentaire et les tensions sociales », craint le FMI.

La crainte d’une répétition des « émeutes de la faim »

C’est justement une forte augmentation des prix des aliments de base qui avait précédé les « émeutes de la faim » de 2008, des mouvements de protestations plus ou moins violents dans une trentaine de pays, notamment au Sénégal et au Cameroun, ainsi qu’au Maghreb et dans les Caraïbes. Faut-il craindre un acte 2 ? La question mérite d’être posée, même si le FMI reste prudent quant à de potentielles révoltes violentes. En tout cas, signe peu rassurant, le directeur général de la FAO, Qu Dongyu, a dressé, en avril, un parallèle entre l’explosion de 2008 et la situation actuelle, mettant en exergue que les deux crises sont marquées par une flambée des prix alimentaires, des carburants, des engrais, ainsi que des transports. La situation est même potentiellement plus problématique cette fois, a-t-il ajouté, en raison de deux années de pandémie et des risques majeurs que fait peser la guerre en Ukraine sur les récoltes de l’an prochain. La pandémie a fait augmenter le nombre de personnes sous-alimentées à un quart de la population subsaharienne en 2021, calcule le FMI. Une redite de 2008 « peut être évitée », a toutefois estimé Qu Dongyu, évoquant la nécessité de ne pas voir s’accélérer les restrictions à l’export sur les aliments.

Le budget des États sous pression : l’autre facteur aggravant

Le FMI s’inquiète aussi quant aux capacités budgétaires des États, dans une région dont la croissance économique devrait ralentir cette année à 3,8 %. « Bien plus de pays d’Afrique subsaharienne étaient en meilleure santé budgétaire en 2008-2009 pour absorber le choc », signale Abebe Aemro Selassie. « Cette fois, avec des dettes publiques aussi élevées dans autant de pays, les marges de manœuvre sont fortement diminuées », selon le directeur Afrique, qui appelle la communauté internationale à soutenir la région « de la manière la plus énergique possible ».

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