Africa-Press – Burkina Faso. À l’occasion de la commémoration de la journée mondiale de lutte contre les Maladies tropicales négligées (MTN), le secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Joël Arthur Kiendrebéogo, s’est rendu à l’hôpital du district de Boulmiougou, plus connu sous le nom de CMA de Pissy, ce vendredi 13 février 2026, à Ouagadougou. Représentant le ministre de la santé, Jean-Claude Kargougou, il est venu témoigner de l’engagement du gouvernement dans la lutte contre ces pathologies longtemps reléguées au second plan, malgré leurs lourdes conséquences humaines, sociales et économiques.
Au CMA de Pissy, la visite s’est articulée autour d’une séance de prise en charge chirurgicale de l’hydrocèle, une complication de la filariose lymphatique qui touche de nombreux hommes dans les zones tropicales. Le Dr Kiendrebéogo a assisté, au bloc opératoire, à une intervention réalisée en direct avant de se rendre au chevet des patients opérés entre le jeudi 12 et le vendredi 13 février 2026.
« Je veux encourager les équipes qui font un travail remarquable dans le traitement de l’hydrocèle. L’hydrocèle fait partie des maladies tropicales négligées identifiées par l’OMS. Comme leur nom l’indique, ces maladies souffrent souvent d’un déficit de financement », a-t-il déclaré.
Des maladies invalidantes aux lourdes répercussions
Le secrétaire général a rappelé que les MTN touchent principalement des populations vulnérables et constituent des maladies très invalidantes. « Elles ont de grosses répercussions sur le plan social et sur le plan économique », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de maintenir et d’intensifier les efforts.
Les visages des patients, encore marqués par l’épreuve chirurgicale, exprimaient néanmoins un profond soulagement. Plusieurs d’entre eux ont témoigné leur gratitude envers le ministère de la Santé et le personnel médical, saluant une prise en charge entièrement gratuite qui leur permet de retrouver dignité et espoir.
Pour le Dr Kiendrebéogo, le travail accompli sur le terrain est salutaire, mais des défis persistent. « Beaucoup de choses sont déjà faites. Mais ce n’est pas suffisant, on peut encore faire mieux. L’un des grands défis, c’est d’identifier tous les malades qui souffrent », a-t-il reconnu.
La sensibilisation, un levier essentiel
Selon lui, de nombreux patients ne se présentent pas spontanément dans les centres de santé, bien que le traitement soit disponible et gratuit. « Il y a des malades qui ne se présentent pas toujours, alors que le traitement est accessible. Ce sont parfois des maladies de la honte, très invalidantes, et les personnes ont tendance à se cacher », a-t-il expliqué.
D’où l’importance, a-t-il insisté, de renforcer les actions de sensibilisation afin d’informer les populations sur l’existence de traitements efficaces. « Dans la discrétion et le respect de la dignité du malade, nous devons leur permettre de bénéficier de ces soins accessibles et gratuits », a-t-il ajouté.
Plus de 2 500 patients opérés dans le cadre du PN-MTN
La coordonnatrice nationale du Programme de lutte contre les maladies tropicales négligées (PN-MTN), Dr Boezemwendé Ouoba/Kaboré, a rappelé que la journée mondiale célébrée chaque 30 janvier constitue à la fois un cadre de reconnaissance des progrès réalisés et un appel à une mobilisation accrue autour de ces pathologies évitables. Placée sous le thème « S’unir, agir et éliminer », cette commémoration vise à fédérer l’ensemble des acteurs afin d’accélérer l’élimination des MTN. En termes de résultats, elle a indiqué qu’en 2025, plus de 150 acteurs des blocs opératoires ont bénéficié d’un renforcement de capacités en chirurgie de l’hydrocèle, selon la technique recommandée par l’Organisation mondiale de la santé. Plus de 2 500 patients ont ainsi été opérés, une avancée significative vers l’élimination de la filariose lymphatique à l’horizon 2030 et une amélioration notable de la qualité de vie des bénéficiaires.
Dr Ouoba a également expliqué que les maladies tropicales négligées, au nombre de 21 répertoriées par l’OMS, touchent principalement les populations les plus vulnérables et ont longtemps souffert d’un manque de financement sur l’agenda mondial de la santé publique. Elle distingue deux groupes: celles prises en charge par chimiothérapie préventive de masse comme la filariose lymphatique (connue localement sous les appellations “Wobgononré’’ ou éléphantiasis), l’onchocercose, la schistosomiase, le trachome, etc., et celles nécessitant un traitement au cas par cas, telles que la lèpre, la dengue ou la rage.
Tandis que chez la femme, la filariose se manifeste plutôt par un lymphœdème. Face au retrait progressif de certains partenaires, la coordonnatrice a lancé un appel pressant à la mobilisation de ressources endogènes afin de garantir la pérennité de la gratuité des interventions.
Des résultats encourageants à Boulmiougou
Le médecin-chef du district sanitaire de Boulmiougou, Emmanuel Haro, a présenté les résultats des activités menées dans le cadre de la lutte contre les MTN. Les chiffres témoignent d’une mobilisation soutenue: 42 cures d’hydrocèle ont été réalisées en 2025, avec 23 autres prévues d’ici mars 2026. Par ailleurs, 27 patients souffrant de lymphœdème ont été suivis et accompagnés ; 32 patients ainsi que 262 agents de santé à base communautaire ont été formés pour renforcer la prévention et la prise en charge. Un cas de lèpre notifié en décembre 2025 a également été pris en charge par les services compétents.
Cette dynamique bénéficie également du soutien des partenaires techniques et financiers. À cette occasion, l’ONG Sightsavers a offert au centre du matériel médical destiné à améliorer la qualité des interventions chirurgicales de l’hydrocèle.
Au-delà de la symbolique de cette journée mondiale, la visite du Dr Joël Arthur Kiendrebéogo rappelle que la lutte contre les maladies tropicales négligées est un combat de longue haleine. Elle nécessite l’engagement conjoint des autorités sanitaires, des professionnels de santé, des partenaires et des communautés elles-mêmes.
Au CMA de Pissy, les opérations gratuites en cours illustrent concrètement cette volonté d’agir pour soulager les souffrances silencieuses et restaurer la dignité des patients.
Hamed Nanéma
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