Au Burkina Faso, un Front pour la défense de la République se forme contre Ibrahim Traoré

Au Burkina Faso, un Front pour la défense de la République se forme contre Ibrahim Traoré
Au Burkina Faso, un Front pour la défense de la République se forme contre Ibrahim Traoré

Africa-Press – Burkina Faso. Lancée le 4 avril, cette organisation clandestine dénonce les abus de la junte au pouvoir. Elle exige sa dissolution et réclame le retour à un ordre constitutionnel.

« Non, nous ne devons pas continuer à croiser les bras face à des dirigeants qui ne sont préoccupés qu’à conserver leur pouvoir. Humainement, il n’est plus tenable de supporter les dérives dictatoriales du MPSR [Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration]. » Dans une vidéo diffusée le 4 avril sur le réseaux sociaux, le journaliste Inoussa Ouédraogo ne mâche pas ses mots contre la junte du capitaine Ibrahim Traoré. Pendant une dizaine de minutes, celui qui se présente comme le porte-parole du Front pour la défense de la République (FDR), une organisation de la société civile lancée le jour même, dresse un bilan très critique de la gestion du pays depuis l’arrivée au pouvoir d’ “IB”, le 30 septembre 2022.

« Nombreux parmi nous ont cru en la bonne foi de ce jeune capitaine, poursuit-il. (…) Malheureusement, chaque jour que dieu fait, c’est tout le contraire qui est servi à notre peuple: des morts par milliers de civils mais aussi de nos FDS [Forces de défense et de sécurité], des innocents massacrés, des déplacés en masse, des veuves, des orphelins, des familles brisées à jamais, des officiers valeureux tués, emprisonnés, poussés à la démission ou à la clandestinité, des rêves détruits, des entreprises fermées, des citoyens enlevés, séquestrés, les droits de l’homme bafoués, les libertés confisquées, le peuple bâillonné. Non content de ce bilan désastreux, ils nous retirent le droit à la parole, ils nous refusent le droit de demander des comptes. »

À Ouagadougou, cette déclaration a fait l’effet d’une bombe. Depuis plusieurs mois, ceux qui osent encore demander ouvertement des comptes aux autorités de transition se font de plus en plus rares. Tous savent trop bien qu’ils risquent d’être enlevés par des hommes encagoulés ou envoyés au front. Comme d’autres opposants, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Ablassé Ouédraogo, 72 ans, en a récemment fait les frais. Il a été libéré début mars après 75 jours de détention militaire forcée à Kaya. Un signal fort envoyé à la classe politique et à la société civile, envers quiconque voudrait s’opposer ou oserait critiquer.

Renforcement sécuritaire et cyberharcèlement

Pour l’heure, peu d’informations ont filtré sur le FDR et ses membres. Et pour cause: ceux-ci devraient rester anonymes encore quelque temps « pour des questions de sécurité », confie une source proche de l’organisation à Jeune Afrique. Dans un communiqué de presse diffusé le 4 avril, le FDR exige, entre autres, « la dissolution du MPSR » et « la libération de toutes les personnes enrôlées de force, enlevées ou séquestrées par les milices aux ordres du capitaine Ibrahim Traoré ».

Le Front s’est également donné pour objectif la mise en place d’une transition civile et l’organisation d’élections. Alors que la transition doit théoriquement prendre fin en juillet, Ibrahim Traoré a jeté un doute sur la tenue d’élections. « Ce n’est pas une priorité, je vous le dis clairement. La priorité, c’est la sécurité », avait-il déclaré dans une interview à la presse locale, en septembre 2023.

Du côté du pouvoir, aucune réaction officielle à cette déclaration du FDR. Depuis sa publication, le dispositif sécuritaire a toutefois été renforcé au palais présidentiel, à Koulouba. Ces derniers jours, les soutiens d’Ibrahim Traoré se sont aussi livrés à une campagne de dénigrement et de cyberharcèlement à l’encontre d’Inoussa Ouédraogo sur les réseaux sociaux.

Inoussa Ouédraogo, un journaliste engagé

Formé au département de Communication et de journalisme de l’université de Ouagadougou, le porte-parole du FDR a travaillé dans plusieurs médias burkinabè avant de rejoindre l’hebdomadaire d’opinion Bendré, en 2014. Dirigé par Chériff Sy, le journal était alors très critique contre le régime de Blaise Compaoré et mettait en avant des idéaux sankaristes. Lorsque Sy devient président du Conseil national de transition (CNT), après l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, il prend ses distances avec la presse. Inoussa Ouédraogo lui succède et devient directeur de publication du journal. Il acquiert une certaine notoriété, notamment grâce à ses interventions régulières sur les chaînes de télévision pour débattre de l’actualité.

En août 2023, il avait fait l’objet d’intimidations et de menaces de mort après avoir dénoncé la suspension de Radio Omega. Plusieurs organisations de presse avaient alors publié un communiqué pour lui apporter leur soutien.

Plus récemment, il a été, en tant que président de la Société des éditeurs de la presse privée, un des principaux opposants au projet de réforme du Conseil supérieur de la communication (CSC) initié par Ibrahim Traoré. Cette réforme permet, entre autres, au président de la transition de nommer directement le président du CSC. De quoi susciter un tollé parmi les organisations de la presse qui dénoncent une immixtion sans précédent du pouvoir dans la régulation des médias.

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