Africa-Press – Burkina Faso. « Quels liens entre les ressources naturelles et insécurité au Burkina Faso ? », c’est le thème retenu pour le 77e maquis des sciences qui s’est tenu le vendredi 25 juin 2021 à l’Institut français de Ouagadougou. Un sujet qui fait l’actualité dans le pays au regard des différentes attaques enregistrés aux environs ou au sein même de sites d’exploitations minières ces dernières années. Une situation qui serait la conséquence de frustrations des orpailleurs artisanaux du fait des insuffisances de la gestion du secteur minier par l’Etat, selon Dr. Tougma Zongo, chercheur à l’Institut des sciences des sociétés (INSS).
D’entrée de jeu, un reportage sur l’orpaillage artisanal au Burkina Faso est projeté dans une des salles de l’Institut français pour planter le décor des échanges entre les scientifiques et l’assistance. Le 77e maquis des sciences compte parmi ses participants du jour des étudiants mais aussi des cadres de divers domaines. A la suite de la diffusion de la vidéo sur le précieux métal jaune, suivie avec beaucoup d’attention par les uns et les autres, les conférenciers donnent leurs avis sur le sujet.
Selon Dr Tougma Zongo, chercheur à l’INSS, bien avant l’insurrection populaire, pendant la Révolution, l’orpaillage était encadré par le comptoir burkinabè des métaux précieux à l’époque. Aujourd’hui, c’est l’agence nationale d’encadrement des exploitations minières artisanales et semi-artisanales (ANEEMAS) qui en a la charge. Cependant, le problème fondamental qui fait que l’orpaillage soit une cause de l’insécurité, est la différence du contexte de création de ces deux entités de régulation de l’or dans le pays.
Pour lui, la première structure est née dans une période révolutionnaire où la liberté d’expression n’était pas en plein essor comme c’est le cas de nos jours. Tandis que la seconde a vu le jour suite à des protestations des populations sur toute l’étendue du territoire national, qui ont mis fin à 27 ans de règne du pouvoir Compaoré.
Il argumente davantage en affirmant qu’après l’insurrection populaire, l’ANEEMAS n’avait pas joué le rôle pour lequel elle avait été créée, ce qui a engendré certaines frustrations. « L’ANEEMAS a préféré la bureaucratie plutôt que d’aller sur le terrain. Et cette forme de gestion a engendré des frustrations. La preuve est que le site d’or de Kari dans le Houndé aidait beaucoup les populations de la commune. Cependant, avec l’arrivée de Houndé gold, le site d’orpaillage de Kari a été déguerpi sans un minimum de compensation. Et ce genre de déguerpissements sans le minimum de compensation engendre des frustrations. », a-t-il relaté.
« Des entretiens que j’ai eus avec les orpailleurs, certains m’ont confié qu’ils ont investi plus de 25 millions de FCFA et au moment d’en jouir, ils ont été déguerpis sans le moindre dédommagement. », précise Dr. Zongo.
Nicolas Hubert, chercheur post-doctorant à l’université d’Ottawa (Canada), quant à lui, a montré que le code minier en vigueur était avantageux pour les miniers industriels au détriment des populations. « Il faut bien comprendre que dans la loi burkinabè, avec ses différents codes miniers, quand un investisseur minier acquiert un permis d’exploration puis par la suite celui d’exploitation, cet acteur minier va avoir une ascendance juridique sur l’utilisation des biens communs. Ça veut dire quand il arrive dans un village, il a le droit d’exploiter les ressources naturelles au détriment des populations. C’est-à-dire que s’il décide de prendre telle ressource pour le besoin de son exploitation, il est protégé par le droit minier qui lui garantit cet accès. », a-t-il expliqué.
Puis il soutient ses propos par cette affirmation : « Donc tout cet ensemble de pression foncière et les ressources naturelles, va entrer en concurrence directe avec l’activité des populations qui repose soit sur l’activité pastorale ou l’activité agricole, soit sur l’orpaillage de subsistance pour les populations riveraines des sites extractifs soit pour un orpaillage professionnel pour les populations qui s’inscrivent directement dans une carrière économique au sein de l’orpaillage. En fait, tout cela va générer d’importantes frustrations. », a-t-il souligné avant de conclure que toutes les mines n’engendrent pas les dynamiques d’insécurité au Burkina mais que certaines mines avaient des politiques communautaires qui en étaient la cause.
Pour à Fabrice Courtin, représentant IRD au Burkina Faso, il y a malgré tout un point positif à l’exploitation de l’or dans le pays. « L’or constitue 12% du PIB et environ 70% des recettes d’exportation. Donc c’est une activité qui génère de la richesse pour le pays. Mais c’est une richesse qui, sur le long terme, coûte cher au Burkina, parce que ce n’est pas sans causer des problèmes de développement et notamment des gros dégâts environnementaux. Comme c’est le cas avec l’utilisation des métaux lourds de type cyanure et mercure qui polluent les nappes phréatiques, les cours d’eau et les sols. A cela s’ajoute le problème de déforestation puisqu’aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de ces mines, on assiste à une réduction de la superficie des forêts […] A côté de cela, il y a aussi des problèmes sociaux puisqu’on retrouve dans ces sites d’orpaillage traditionnel, des enfants qui y travaillent, des consommateurs de drogues, la prostitution, le développement de maladies aussi bien sexuellement transmissibles que respiratoires […] », a-t-il détaillé.
Les objectifs de développement durables (ODD) concernés par la 77e édition du maquis des sciences sont l’ODD n°15 « Vie terrestre », l’ODD n°16 « Paix, justice et institutions efficaces ». Ces ODD touchent indirectement 15 autres.
Le Maquis des Sciences est un espace de rencontre où des spécialistes animent des discussions sur des thématiques scientifiques qui font l’actualité et le prochain numéro est prévu au mois de septembre 2021.





