Littérature et Pouvoir: Adama Tamboura au Soum

Littérature et Pouvoir: Adama Tamboura au Soum
Littérature et Pouvoir: Adama Tamboura au Soum

Africa-Press – Burkina Faso. Adama Tamboura a procédé à la dédicace de sa première œuvre littéraire intitulée: « Fulbé et groupes de peuples noirs dans le Soum au Burkina Faso: Sociétés, enjeux du pouvoir et construction de chefferies du début du XIVe siècle à nos jours ». C’était le lundi 29 décembre 2025, à Ouagadougou.

« La création d’alliances marquera à jamais l’histoire d’un village: celui de Djibo. Ce village est un carrefour entre les positions des belligérants. À l’ouest, il y a les Bingaabé, qui avaient leur position à Pahoundé et Ména, villages relais de Mamma. Tout près de Mamma, il y a Som, la tanière de la mort, première capitale du Péla Yo. Au nord, il y a Banh Kani et So, le siège du pouvoir des Taan Maali, qui ont relayé les Kélikoye ayant fondu dans la courtisanerie. Au sud, il y a le village de Saba, premier centre d’émergence des pouvoirs fulbé grâce aux Sabaabé. Djibo était donc un point stratégique pour les deux camps. Le village se divisa en deux blocs antagonistes: le bloc sud et le bloc nord. Le bloc sud était habité par les courtisans de l’Alliance Djelgoodji ».

Il s’agit là d’un extrait de l’œuvre, plus précisément à la page 96. À travers cet ouvrage, Adama Tamboura plonge le lecteur dans les relations sociopolitiques qui ont existé entre différents groupes depuis le XIVe siècle jusqu’à nos jours dans la région du Soum, au Burkina Faso.

Dans une approche historique et anthropologique, l’auteur retrace les mécanismes de construction identitaire ainsi que les rapports de contrôle du pouvoir et de domination politique qui ont conduit à la formation de chefferies comme le Loroum, le Péla et le Kéli par les groupes noirs.

Au cœur de cette étude se trouvent également les chefferies fulbé de Djibo, de Baraboulé et de Tongomay, dont le livre interroge la genèse, l’évolution et la légitimation du pouvoir politique dans un contexte de changements constants, notamment sous l’influence de la colonisation française, de l’islamisation, de l’État moderne, mais aussi des crises sociopolitiques récentes.

Adama Tamboura met en exergue les enjeux de pouvoir entre les groupes sociaux et montre comment les traditions et les institutions locales ont été réinterprétées pour répondre aux défis contemporains, offrant ainsi une lecture fine des dynamiques de pouvoir et des tensions identitaires dans une région marquée par la pluralité culturelle et les recompositions historiques.

« Je suis un natif de Djibo ; cette œuvre est donc un devoir de redevabilité pour moi. J’ai nourri la réflexion depuis 2011. J’ai commencé à faire des recherches sur l’histoire du Soum et de son peuple. J’ai grandi avec l’œuvre. En 2025, j’ai constaté que j’avais atteint une forme de saturation. Mon objectif est que l’on comprenne davantage leur histoire, leur façon de penser, les différentes interactions entre les groupes du Soum. C’est ce devoir de redevabilité qui nous a conduits à publier cette œuvre afin que chacun, là où il se trouve, puisse se réapproprier sa propre histoire. Connaître son histoire permet d’amorcer un développement et un retour de la paix dans cette région et au Burkina Faso en général », a expliqué Adama Tamboura.

Le chemin a été parsemé d’embûches dans cette quête.

« J’ai rencontré des difficultés dans l’accès à l’information. Souvent, les sources veulent donner l’information, mais elles ont peur. Ces dernières années, avec la crise, on a constaté que les populations ont envie de s’exprimer et de montrer leur place dans la société. Heureusement, certaines sources ont fini par s’ouvrir à moi. Nous avons pu disposer d’informations intéressantes et faire des analyses. À travers cette œuvre, je souhaite promouvoir la cohésion sociale. Lorsqu’on se comprend et qu’on connaît l’histoire de l’autre, on devient plus tolérant », a-t-il confié.

Biographie de l’auteur

Thierry Millogo, directeur général des Éditions et de la librairie Mercury, a félicité l’auteur pour avoir abordé une telle thématique. Il a espéré que les autorités liront « Fulbé et groupes de peuples noirs dans le Soum au Burkina Faso: Sociétés, enjeux du pouvoir et construction de chefferies du début du XIVe siècle à nos jours », car selon lui, il s’agit de la mémoire d’un peuple. L’ouvrage peut ainsi donner des pistes de solutions pour un retour à la paix dans cette zone du pays.

Né le 31 décembre 1987 à Djibo, Adama Tamboura effectue l’ensemble de son parcours scolaire dans sa ville natale. Il y obtient successivement le Certificat d’études primaires (CEP) à l’école primaire C de Djibo, le Brevet d’études du premier cycle (BEPC) au collège privé Dubai/Burkina, puis le baccalauréat série A en 2007 au lycée provincial de Djibo.

Passionné par les sciences sociales, il poursuit ses études supérieures à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, où il obtient une licence en histoire politique et sociale, suivie d’un master en Développement et éducation des adultes (DEDA), option Pédagogie du changement social et développement (PCSD). Adama Tamboura exerce aujourd’hui comme professeur certifié d’histoire-géographie à Ouagadougou.

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