Nadoun Coulibaly
Africa-Press – Burkina Faso. Tandis que les trois pays de l’Alliance des États du Sahel songent à mettre en place une monnaie commune, l’annonce de l’abandon du franc CFA soulève la question de rompre, ou non, avec l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) songe à lever l’embargo financier imposé au Niger, l’avenir de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui réunit huit pays utilisant le franc CFA, reste en suspens. Ses dirigeants doivent désormais faire face à l’inévitable débat sur le sort réservé à leur union.
« Quelles que soient l’analyse faite et les positions des uns et des autres, les États sont obligés d’ouvrir le débat sur l’avenir de l’UEMOA et de dialoguer. Que certains membres se retirent ou pas, il faudra affronter la vraie question de savoir si les régimes civils et démocratiques veulent cohabiter avec des juntes militaires », explique un spécialiste du droit communautaire.
Un nécessaire consensus préalable
Institution qui prône une intégration économique assise sur les libertés communautaires (droit d’établissement, de circulation des capitaux et des biens), l’UEMOA encourage des valeurs de bonne gouvernance dont le régime démocratique, qui prévoit la séparation des pouvoirs, est l’un des piliers. Or, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) semblent vouloir emprunter un chemin différent. « N’ayant pas l’intention d’organiser des élections, les pays dirigés par des militaires peuvent-ils cohabiter avec ceux régis par l’État de droit ? » questionne notre interlocuteur.
Il revient en effet aux États membres de l’Union de s’accorder sur des valeurs communes, sans quoi celle-ci est vouée à l’échec puisque qu’un malentendu perdurerait, estime-t-il: « Sans ce consensus, l’avenir de l’Union est incertain », d’autant que l’AES projette d’abandonner le franc CFA, une monnaie commune aux huit États de l’Union. Si ce choix politique venait à se matérialiser, il briserait l’union monétaire, qu’aucun régime militaire n’avait remis en question jusqu’ici.
Face à cette perspective, de nombreux financiers et observateurs appellent la Côte d’Ivoire, locomotive économique régionale avec 41 % du PIB suivie du Sénégal avec moins de 20 %, à briser le silence. Ces pays devraient selon eux se positionner pour parvenir à un consensus sur les valeurs communes.
L’UEMOA est donc visée en première ligne par la rupture avec la Cedeao. D’autant que le reproche formulé par l’AES porte sur le blocus financier empêchant les autorités nigériennes d’accéder, de fait, aux comptes de l’État à la Banque centrale. Par ailleurs, la fermeture des frontières entrave l’approvisionnement de ce pays.
Qui des chartes de transition ?
Une autre incertitude concerne le sort réservé aux chartes de transition, adoptées et validées avec la Cedeao, lorsqu’elles deviendront caduques au Mali et au Burkina. Quelles seront les réactions de la communauté régionale ? Les autres membres de la Cedeao accepteront-ils le statu quo, sans perspective de retour à l’ordre constitutionnel ? Les régimes militaires seront-ils acceptés ou du moins tolérés par le reste de l’organisation régionale ? Ces divers points en suspens devront tôt ou tard être élucidés.
Mieux, les libertés communautaires issues de ce modèle politique irriguent l’environnement et la pratiques des affaires. « Il est fondamental pour les investisseurs et les acteurs économiques d’avoir de la visibilité, de savoir de quoi demain sera fait. Le retrait de la Cedeao marque une rupture brutale dont nous ignorons encore l’ampleur des conséquences. L’irruption des militaires au sommet des pays de l’AES porte un coup à la cohésion et à l’homogénéité de la zone d’intégration économique. Ils envoient des signaux de fond à l’UEMOA et à la Cedeao, [qui doivent y] répondre pour sortir de la zone de turbulences. »
Dans la pratique, les deux organisations sont liées par une architecture juridique transposable. Entendue en Afrique de l’Ouest comme l’organisation régionale d’intégration de référence par l’Union africaine, la Cedeao dicte le tempo. C’est pourquoi les Nations unies, les États-Unis, l’UE et les bailleurs (Banque mondiale, FMI) s’alignent de fait sur sa position en cas de crise dans et avec un État membre.
« Les récents textes de l’UEMOA prennent cette donne en compte. L’union est une étape préparatoire vers l’intégration économique régionale. Beaucoup de dispositions de l’UEMOA réservent à cet effet un traitement spécifique [aux] États non-membres (Nigeria, Ghana, Liberia, Guinée, etc.) appartenant à la Cedeao. Qu’adviendra-t-il si des pays de l’UEMOA ne sont plus membres de la Cedeao ? » s’interroge notre source. Le retrait des pays l’AES implique in fine une rupture normative dont les contours sont loin d’être tranchés.
Source: JeuneAfrique
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Burkina Faso, suivez Africa-Press





