Africa-Press – Burkina Faso. Elle a été catapultée sous les projecteurs suite à une publication d’un influenceur camerounais de passage au Burkina, en décembre 2025. Talato Ouédraogo, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est devenue la figure de proue dans la réhabilitation de la mémoire de Thomas Sankara. Portrait d’une guide autodidacte qui fait parler du père de la Révolution au-delà des frontières burkinabè !
« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront. Je suis l’accomplissement parfait de cette prophétie et je fais partie de ces milliers de Sankara qui sont nés pour continuer sa lutte », lançait-elle à des visiteurs à notre arrivée au Mémorial Thomas-Sankara, ce 31 janvier 2026.
Talato Ouédraogo est l’une de ces guides bénévoles de ce site touristique emblématique, le plus visité du Burkina, qui enregistre entre 260 et 300 visiteurs les weekends. C’est avec des personnes retraitées, toutes fonctionnaires sous la gouvernance Sankara, qu’elle débutera sa journée du 31 janvier. La symbiose était parfaite entre les visiteurs et la guide touristique, au cours de cette ronde. Certains évoquaient des souvenirs douloureux, pendant que d’autres racontaient des anecdotes. Debout au milieu d’eux, le visage légèrement trempé de sueur, les mains levées, elle rappelait l’image de Martin Luther King lors de la marche historique de Washington en 1963.
Coiffée à ras, la jeune dame d’une vingtaine d’années affiche une allure simpliste et très naturelle, sans maquillage, loin des habitudes de la génération Z. Talato Ouédraogo est très engagée pour la cause de la justice sociale et de la libération des peuples, à l’image de son idole, le père de la Révolution burkinabè, Thomas Sankara.
Talato Ouédraogo est une fierté nationale, selon son coach Madi P. Kima, responsable des guides bénévoles du mémorial. Il est celui qui a su déceler, derrière la timidité de Talato, ce potentiel insoupçonné.
La nouvelle Guimbi Ouattara
« Talato Ouédraogo est aujourd’hui une fierté nationale et elle représente dignement toutes les femmes du Burkina et d’ailleurs qui se sont battues pour que le continent ne tombe pas. C’est notre Guimbi Ouattara ou la Princesse Yennega », a-t-il lancé fièrement.
Nous l’avons suivie pendant deux jours (12 et 31 janvier 2026) sur le site. Ses rondes de guide sont à l’image des cours d’histoire dans un amphithéâtre sur la personne de Thomas Sankara. La jeune femme capte l’attention des visiteurs dans ses récits, parle des évènements comme si elle les avait vécus personnellement. Les plus sensibles écrasent souvent une larme. Certains, ne pouvant pas se contenir, finissent par pester: « Comment peut-on tuer une telle personne? ». Le calme envahit quelquefois l’atmosphère.
Devant chaque image, statue, bâtiment ou objet, réel ou reconstruit, qui représente un pan de l’histoire de Thomas Sankara, elle se mue en une nouvelle « Talato », en fonction du récit qu’elle conte. Ses récits ne laissent aucun visiteur indifférent, même ceux qui ont connu le père de la Révolution burkinabè et servi sous sa gouvernance, à l’image de Marcel Zinaba, gendarme à la retraite, et de son ami d’enfance. De passage sur le site avec d’autres retraités, ils se remémorent les années Sankara. Tous l’écoutaient religieusement jusqu’à la fin de la visite. « Un ban pour ma fille. Bravo, tu maîtrises ton sujet ! », lance l’un d’eux. Et un autre visiteur d’ajouter: « Elle se donne elle-même et s’est mise dans la peau de la Révolution ».
Certains curieux lui posent même la question de savoir si elle a fait des études sur Thomas Sankara. Pourtant, c’est son engagement et son admiration pour l’homme qui l’ont poussée à s’autoformer pour mieux connaître l’histoire du père de la Révolution burkinabè, pour faire partie de ces milliers de Sankara qui tiennent son flambeau allumé pour que la lutte continue. Depuis près de trois années, elle se donne bénévolement corps et âme en travaillant souvent jusqu’à douze heures d’affilé les jours d’affluence au Mémorial Thomas-Sankara. « C’est ma modeste contribution dans le cadre de la réhabilitation de la mémoire de Thomas Sankara », justifie-t-elle.
Talato ne se limite pas seulement à guider des visiteurs ; elle utilise aussi ce métier comme une arme de conscientisation. « Ce n’est pas uniquement raconter de l’histoire, mais de savoir lier le passé au présent. Et ensemble, avec le visiteur, s’orienter vers le futur et surtout un futur meilleur », enseigne Talato Ouédraogo. Et pour atteindre cet objectif, elle crée des émotions pour que le visiteur reparte satisfait, qu’il puisse avoir cet attachement à la personne de Thomas Sankara, se rendre compte qu’il doit continuer le combat qu’il n’a pas pu achever.
Dompter la timidité pour défendre les idéaux de Sankara
Des témoignages, notamment de ses camarades de classe, il ressort que Talato Ouédraogo était une personne très timide, voire introvertie. Elle-même en parle sans complexe: « J’étais une personne extrêmement timide, dans mon coin. Je ne causais pas avec les gens, mais j’ai vu que ça ne pouvait pas aller avec le travail que je voulais faire ». Elle a donc su dompter sa timidité pour la cause qu’elle s’est engagée à défendre: la réhabilitation de la mémoire du père de la Révolution burkinabè. Littéraire de formation, Talato est aussi militante du mouvement « Deux heures pour nous, deux heures pour Kamita » qui l’a formée et intégrée dans la liste des guides bénévoles du Mémorial Thomas-Sankara.
« Sankara, c’est tout une énergie. Et lorsqu’on veut transférer cette énergie aux visiteurs, on n’a pas le choix que de donner le meilleur de soi-même à travers nos émotions pour qu’ils repartent satisfaits », s’est-elle justifiée, avant d’ajouter que Thomas Sankara est une source d’inspiration de par ses actions, son courage et son discours. « Personne ne peut donc prendre connaissance de son histoire et rester indifférent. Et je fais partie de cette catégorie de la jeunesse qui a pris fait et cause pour l’homme », proclame la guide touristique.
Son souhait aujourd’hui, en tant que mère, c’est qu’à l’image de son fils d’à peine une année, tous les fils et filles du Burkina découvrent l’histoire de Sankara et s’engagent à poursuivre son combat, celui de la libération du peuple.
C’est pourquoi, même adulée par le public, la militante de Kamita compte pousser encore plus loin sa connaissance sur le père de la Révolution. Elle ambitionne, si toutefois les moyens le lui permettent, de faire un master voire un doctorat sur le sujet.
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