Témoin Évoque Surfacturations dans Dossier Yé Yaké

Témoin Évoque Surfacturations dans Dossier Yé Yaké
Témoin Évoque Surfacturations dans Dossier Yé Yaké

Africa-Press – Burkina Faso. L’audience sur le « dossier Yé Yaké Camille et autres », suite de l’affaire « Tiégnan Amidou » s’est poursuivie ce mardi 24 février 2026 devant le Tribunal de grande instance Ouaga I. A la suite de Yaké Camille Yé sur qui a été suspendue l’audience de la veille, les prévenus Lydie Bonkoungou, Issiaka Sangaré, Kouka Dimanche Yaméogo sont passés à la barre pour livrer leurs versions des faits. Ils ont été par moments mis en confrontation avec les témoins Amidou Tiégnan et Salifou Ouédraogo (tous condamnés dans la premère partie du dossier).

Tout comme les sept autres prévenus, Yaké Camille Yé, premier à passer à la barre, dit ne pas reconnaître les faits qui lui sont reprochés. Sur invite du Tribunal donc, il donne sa version des faits par rapport aux charges qui pèsent sur lui. Poursuivi pour blanchiment de capitaux, détournement de deniers publics et enrichissement illicite, le prévenu, à l’époque, directeur de la gestion des finances du ministère en charge de l’Action humanitaire, a relevé avoir été blanchi d’une infraction. « J’ai été blanchi pour les faits de faux et d’usage de faux. Amidou Tiégnan a soutenu tout au long de la procédure qu’il imitait parfois ma signature pour émettre des chèques. Je ne comprends pas pourquoi j’ai été blanchi pour les faits de faux et d’usage de faux et que l’on me reproche aujourd’hui des faits de détournement de deniers publics sur la base de ces faux », a-t-il plaidé, estimant que M. Tiégnan l’a accablé dans l’affaire du détournement de plus de 3 milliards FCFA, parce qu’ayant déposé une plainte contre lui.

Yaké Camille Yé est mis face aux principes de fonctionnement de l’administration publique, notamment en ce qui concerne la gestion des ressources financières. Les nombreuses questions des parties et du Tribunal sont allées dans cette optique. « Pourquoi avez-vous porté plainte contre Amidou Tiégnan? », a interrogé le Tribunal. « Je l’ai fait parce qu’il posait des actes contraires à la loi et cela m’engageait », a dit M. Yé avant d’insister: « Je n’ai jamais instruit ni contraint Amidou Tiégnan à émettre des chèques. Je n’ai jamais partagé de sommes d’argent avec lui. Je ne l’ai jamais autorisé à imiter ma signature. Cela n’existe même pas ».

Rappelons à titre de genèse qu’au cours du jugement de la première partie du dossier, Amidou Tiégnan et Salifou Ouédraogo (le régisseur d’avance) ont tous cité Yaké Camille Yé, qui comparaissait au titre de témoin, comme principale figure des pratiques pour lesquelles, ils sont à la barre (12 décembre 2024). Ce qui va pousser M. Yé à déclarer: « Dans le cadre de ma collaboration avec M. Tiégnan, j’ai remarqué que ma signature a été reproduite par lui. J’ai informé ma hiérarchie et j’ai porté plainte au commissariat pour faux et usage de faux en écriture publique, le 8 octobre 2024 ». Il a ensuite expliqué que, lorsqu’il a pris service au ministère, en début mars 2023, il a demandé à voir le « livre-journal » de tous les gestionnaires. Il reçoit effectivement ledit document de tous les gestionnaires, à l’exception de Amidou Tiégnan. Ses tentatives de l’obtenir sont restées vaines, jusqu’à la date de sa plainte, le 8 octobre 2024.

Yaké Camille Yé dit avoir même, avec l’accord de sa hiérarchie, commandité un audit privé à son arrivée au ministère, pour lui permettre d’avoir une vue d’ensemble des comptes. Un audit qui va révéler une anomalie dans la gestion de Amidou Tiégnan. « J’ai porté plainte, car j’ai constaté des opérations de sorties d’argent. J’ai constaté que j’ai signé des chèques même à ma période d’absence, quand je suis hors du pays. Je ne reconnais pas avoir remis un spécimen de ma signature à M. Tiégnan », a insisté Yaké Camille Yé.

Malgré ces explications, Amidou Tiégnan maintient sa posture, et précise même que M. Yé lui a remis un spécimen de sa signature pour utilisation, en cas de besoin. Des affirmations que M. Yé a également, à l’époque, réfutées.

Cette situation suggère des pistes au Parquet d’ouvrir une information judiciaire, conduisant ainsi à sa comparution, avec sept autres, en tant que prévenu.

A la présente audience, et face à des actes précis soumis à son commentaire, le prévenu Yé a, tout en admettant qu’il aurait pu procéder autrement sur certains, et battant en brèches d’autres éléments à charge, expliqué également au Tribunal, la nécessité de tenir compte de la spécificité du ministère, qui gère les aspects humanitaires, donc les urgences.

A la reprise ce mardi 24 février, le Tribunal a appelé à la barre, la prévenue Bonkoungou Lydie, poursuivie pour complicité de détournement de deniers publics et citée plusieurs fois en cette qualité présumée. Invitée à donner sa version des faits, Lydie Bonkoungou a expliqué que Amidou Tiégnan lui a fait comprendre que M. Yé lui avait demandé d’émettre un chèque, aux fins de prise en charge des participants à une activité d’élaboration du rapport de performance de l’année 2023. « Je suis allée retirer le chèque. Je l’ai ensuite approché pour faire le point, mais il m’a dit d’attendre. J’ai conservé toutes les pièces par devers moi, jusqu’à présent », a-t-elle dit, ajoutant que l’activité s’est tenue à Ouagadougou et a duré un mois. « Habituellement, ce n’est pas moi qui effectue le paiement. Mais si la tâche m’est confiée, je l’exécute. M. Tiégnan avait déjà établi les états de paiement et le chèque était prêt, puisque c’est lui qui devait procéder au paiement », a-t-elle déroulé, ajoutant qu’elle a été instruite à faire le paiement, car Amidou Tiégnan avait eu une urgence de dernière minute.

Par un jeu de questionnements de son avocat, Mme Bonkoungou fait savoir que alors agent au service de la programmation budgétaire, elle ne faisait pas partie de ceux qui avaient pouvoir de décision, elle était plutôt agent d’exécution.

A son tour, Kouka Dimanche Yaméogo, régisseur d’avance, indique, lui également, avoir procédé au paiement des membres après une activité. « J’ai juste aidé à payer les participants sur la base de l’état des paiements », a avancé M. Yaméogo, précisant avoir simplement aidé Lydie Bonkoungou à payer les participants à une activité.

A la question de savoir si toutes les activités sus-référées, et bien d’autres, ont été sous-tendues par des Termes de référence (TDR), les prévenus ont tous répondu par l’affirmative. Cependant, le Parquet note que les TDR ont été produits pour couvrir des activités fictives. Le Tribunal, lui, relève que les TDR sont effectivement contradictoires.

Le prévenu Issiaka Sangaré, également poursuivi pour complicité de détournement comme ses prédécesseurs, se heurte à des difficultés de faire la preuve de certaines dépenses par des pièces justificatives. Ce qui amène le Parquet et d’autres parties civiles à conclure que cela est dû au fait que les montants concernés n’ont pas servi à faire des dépenses de l’administration.

Sur la base des déclarations de ces prévenus, le Tribunal a appelé à la barre, les témoins Amidou Tiégnan et Salifou Ouédraogo. M. Tiégnan est resté formel sur les surfacturations dont lui, Yaké Camille Yé et Salifou Ouédraogo s’étaient rendus responsables.

A l’en croire, un accord de surfacturer l’expression des besoins exprimés par le CONASUR existe entre eux. Ainsi, chaque expression des besoins exprimés était majorée de 10 millions CFA, parfois de 20 millions FCFA. Le surplus était partagé. Expliquant le processus de déblocage des Fonds, M. Tiégnan affirme: « Ce qu’on faisait, c’était de l’irrégularité. Souvent, il (M. Yé: Ndlr) peut m’appeler au téléphone, sans fiche de déblocage: Tiégnan, prépare un chèque au nom de Ouédraogo Salifou. Mais je le fais. Il n’y a même pas affaire de fiche de déblocage dedans… Ce qu’il veut, nous aussi on le faisait », déclare Amidou Tiégnan, condamné dans la première partie de l’affaire à une peine d’emprisonnement de onze ans et à une amende de 5 640 000 000 FCFA.

Sondé sur la sincérité de ses déclarations, Amidou Tiégnan rassure: « Tout ce que je dis est vrai, c’est de la vérité. Je n’ai aucune intention de nuire à quelqu’un. Je ne mens pas sur quelqu’un. Si on a bouffé ensemble, il faut le dire. Monsieur le président, je suis constant dans ce que je dis depuis le début ».

L’audience se poursuit le mercredi, 25 février 2026 à partir de 9h.



Pour plus d’informations et d’analyses sur la Burkina Faso, suivez Africa-Press

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here