Africa-Press – Burkina Faso. Albert Roamba est un phare. Et c’est peu de le dire. Contrôleur des impôts à la retraite, il dispense des cours de mathématiques gratuitement à des élèves, surtout ceux en classe d’examen, depuis maintenant 45 ans. Oui, vous avez bien lu, 45 ans. Des hommes comme lui, méritent plus qu’un article de presse.
« La valeur d’un homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir », disait le physicien Albert Einstein. Ainsi, peut-on résumer la vie d’Albert Roamba, natif de Ramongo, village situé à une quinzaine de kilomètres de Koudougou, dans la province du Boulkiemdé.
Difficile de dresser le portrait de ce sexagénaire qui, pendant 45 ans, a donné et donne toujours de son temps, son énergie, son savoir et de son argent afin d’améliorer le niveau des élèves de la classe 3e en mathématiques, la bête noire de la plupart des élèves.
Une cour bondée d’élèves
Son domicile, situé au quartier Naab-Puugo, à Boulmiougou dans le secteur 12 de Ouagadougou, ne désemplit pas, chaque samedi, à partir de 15h. Depuis qu’il y a emménagé en 2004 (après Gounghin), le nombre d’élèves ne fait que s’accroître, atteignant aujourd’hui 200. Difficile même de se frayer un chemin pour accéder au salon. Sa famille est parfois condamnée à rester au salon ou dehors ( pour ceux qui ne sont pas rentrés avant l’heure des cours) .
L’argent sort de sa poche
Debout ou assis sur les bancs confectionnés à ses frais, les élèves suivent les cours gratuitement au tableau, également conçu à ses frais. « Les bancs ne suffisent pas. Parfois, je vais en demander aux voisins pour venir compléter. Ils sont compréhensifs. Quand je vois un devoir, je le mets au propre. Je le corrige en intégralité. Je vais certes le corriger au tableau mais pour que les élèves puissent comprendre davantage, je leur remets la correction écrite. Pourvu que les élèves arrivent au but visé, à savoir obtenir le BEPC », soutient Albert Roamba qui, en plus des bancs et des tableaux, met également la main à la poche pour acheter les rames de papier et faire les copies des devoirs pour ses apprenants qu’il ne connait qu’à la remise des copies.
« Un homme intègre »
« Si vous cherchez quelqu’un qui adore le service gratuit (qui constitue son bonheur), si vous aviez cherché un agent de la fonction publique intègre qui « préfère mourir pauvre en restant intègre, attrapez Albert Roamba à l’humour requinquant », a témoigné le frère cadet, Alexandre le Grand Roamba, journaliste et communicateur.
45 ans de don de soi
En réalité, tout a débuté en 1976. « Après mon BEPC en 1976, j’avais commencé, dès la classe de seconde à composer des sujets pour les candidats au BEPC », se souvient M. Roamba. Et depuis lors, le don de soi s’est poursuivi jusqu’à la retraite de la fonction publique, le 31 décembre 2016. Son engouement n’a pris aucune ride durant tout ce parcours, où le maître mot a toujours été amour, partage.
« Il y a des élèves qui veulent comprendre. Mais ils n’ont pas quelqu’un pour les aider. J’ai appartenu à un mouvement d’action catholique qui est la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC) qui parle de partage. Je fais du volontariat. Certains parents ont tenté de me donner de l’argent. Mais non, c’est du volontariat. Ce n’est pas payant », rappelle-t-il.
Les témoignages d’anciens élèves
Ses anciens élèves lui sont reconnaissants. « J’ai bénéficié de son encadrement depuis la classe de 5e jusqu’à l’examen du BEPC. C’était en 2009. J’avais des difficultés en mathématiques. Mes professeurs ont tout essayé mais je ne pouvais pas avoir plus de 3/20. Mais avec papa Albert, à l’examen, j’ai eu 17/ 20 et tout le monde était étonné », se souvient Nikièma Sylvie, aujourd’hui étudiante en Finances Comptabilité.
Un autre étudiant, Bagoro Rodrigue, passé sous la main d’Albert en 2009 est tout aussi séduit. « Je ne sais pas comment qualifier ce papa. Sa cour était devenue notre QG. On mangeait même ici. C’est Albert qui achetait les journaux de la place pour nous ses élèves pour qu’on s’informe. À l’approche des concours, il parcourt la ville avec sa Yamaha qu’il a depuis 37 ans pour nous rassembler les informations. C’est encore lui qui achète les timbres pour ses élèves-candidats afin de constituer leurs dossiers. Vraiment, on ne peut pas finir de remercier cet homme intègre et pieux. C’est Dieu qui va le bénir. »
De la peur à l’assurance
D’autres témoignages réconfortants, Albert Roamba les a entendus de la part d’anciens élèves. « Certains ont témoigné que quand le professeur posait une question, ils se mettaient sous la table pour qu’on ne les interroge pas. Mais à force de suivre les cours et d’écouter mes conseils, c’est eux mêmes qui corrigent souvent certains profs », anecdotise-t-il, sous les rires de ses élèves candidats au BEPC session de 2021.
Le travail, encore et toujours
Le plus grand conseil que prodigue l’encadreur à ses apprenants reste le travail : « Je leur dis de travailler. Toujours travailler. Tu ne peux pas être tout le temps aux mariages ou aux anniversaires d’un tel alors que tu as un devoir le lendemain. Il faut savoir aménager son temps. Il faut savoir ce qu’on cherche. Aide-toi et le ciel t’aidera », aime-t-il rappeler aux élèves.
La famille, son soutien
Si Albert Roamba déborde toujours d’énergie et d’engouement, sa famille y est certainement pour quelque chose. Son épouse Pascaline, en service à la Poste Burkina, et ses enfants biologiques Clémence, Dimitri et Ella lui ont toujours été d’un grand secours. Sans oublier ses autres nombreux enfants des frères et soeurs décédés ou vivants qu’il accueille et scolarise, encadre et éduque. Il a pris ses neveux sous sa coupe très tôt et qui sont aujourd’hui des fonctionnaires ou cadres dans le secteur privé ou étatique.
Ce que peut le ministère de l’Education
Au delà de la décoration qu’il a reçue le 10 décembre 2011 pour services rendus à la direction générale des impôts, Albert Roamba mérite mieux de la Nation, à l’heure où les intérêts individuels ont pris le pas dans le quotidien de bon nombre de Burkinabè. Albert Roamba est un phare. Et on doit en être fier.
N’y a-t-il pas nécessité que l’Etat trouve un cadre pour ces genres de retraités qui pourront inculquer des valeurs et savoirs à ces jeunes dont certains sont en déphasage avec les valeurs de la société ?
Le ministère en charge de l’Education devra encourager ces genres de patriotes intègres. Comme lui, il en existe au Burkina. Intègres et humains. Même s’ils se comptent du bout des doigts, leur histoire doit être connue. De tous. Pour la postérité.





