Africa-Press – Burundi. Le christianisme s’appuie sur de nombreuses représentations pour diffuser sa doctrine. Dans la liturgie, chaque élément a sa signification propre.
Pâques tombe, cette année, le dimanche 9 avril, au terme de la « Semaine sainte ». Le Jeudi saint est marqué par le dernier repas du Christ avec ses apôtres – la Cène – et le Vendredi saint est celui de la « Passion du Christ », sa crucifixion. Pour cette grande fête, au cours de laquelle les chrétiens célèbrent la résurrection de Jésus et sa victoire sur la mort, plusieurs symboles sont convoqués.
Symbole de la purification et de la régénérescence. Les pontifes, chefs religieux des Romains, employaient déjà de l’eau mêlée de sel pour des aspersions et des purifications cultuelles. Dans l’Ancien Testament*, elle est, pour les Hébreux, à la fois bienfait – la sagesse de Dieu qui irrigue le paradis terrestre dans le livre de la Genèse – et punition – le Déluge qui noie l’humanité ou les armées du pharaon.
Dans le Nouveau Testament, le prédicateur Jean le Baptiste, présenté comme le cousin de Jésus, fait du baptême par immersion un rite initiatique, en référence à une prophétie d’Ézéchiel (36, : 25-27) : « Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés. » Jésus s’inscrit dans cette tradition quand il se présente comme « l’eau de la vie éternelle » (Jean, 4:10-14).
Jusqu’à la réforme de Vatican II, en 1963, l’eau baptismale, bénie lors de la semaine de Pâques, était mêlée de saint chrême et d’huile des catéchumènes. Dans le catholicisme, on utilise pour la consécration des autels et des églises une eau coupée de sel, de cendres et de vin. L’eau peut être bénie pour des usages particuliers, par exemple contre la rage lors de la fête de la saint Hubert, patron des chasseurs.
Cette résine est extraite du boswellia, une espèce d’arbres de l’est de l’Afrique. Déposée sur des braises, elle produit une fumée blanche et un parfum très particulier. Les Égyptiens et les Babyloniens en brûlaient déjà pour leurs dieux. Chez les Hébreux, elle symbolisait la prière qui s’élève vers le ciel ou, lors d’un deuil, l’âme des morts emportée dans l’au-delà.
Selon Matthieu, c’est l’un des trois présents offerts par les rois mages à Jésus enfant, avec l’or et la myrrhe, une résine d’embaumement. Lors des messes catholiques et orthodoxes, l’encens, contenu dans un encensoir, est projeté au moment de la procession d’entrée dans l’église sur la Bible avant sa lecture, lors de l’eucharistie sur les hosties, le vin et les fidèles. Les protestants limitent son usage, le considérant comme un symbole de superstition.
Comme l’eau, cet élément a une double symbolique, purificatrice et destructrice à la fois. C’est le feu de l’enfer, mais aussi, dans la Bible, l’image de Dieu la moins imparfaite pour les Hébreux. Dans le livre de l’Exode, Dieu s’adresse ainsi à Moïse sous forme de buisson-ardent. De même, lors de la Pentecôte, l’Esprit saint descend sur les apôtres sous la forme de langues de feu. La flamme sur l’autel représente donc la divinité, comme les cierges et le feu de la veillée pascale.
Le feu est aussi lié à la régénération et au martyre, par les métaphores du phénix, animal fabuleux qui renaît de ses cendres, et de la salamandre, lézard que l’on croyait capable de survivre dans le feu. Des feux sont allumés à Noël et à la Saint-Jean, coutume héritée de cultes solaires païens accomplis lors des solstices d’hiver et d’été. C’est l’un des rares symboles repris par les protestants : en 1583, l’Église réformée de France prend pour sceau, onze ans après les massacres de la Saint-Barthélemy, le buisson-ardent, avec en son centre le tétragramme YHWH (le nom de Dieu en hébreu).
Symbole de bénédiction et d’autorité, symbole de l’Esprit saint qui descend sur le fidèle lorsqu’on l’applique sur son front. Dans l’Antiquité, l’huile était employée lors des cérémonies de consécration, par exemple pour le sacre des rois d’Israël. Des prophètes bibliques, tel Isaïe, ont prédit la venue d’un libérateur, le messie, en hébreu mashia’h, qui signifie « celui qui est oint », parce que d’ascendance royale.
Dans le christianisme, des huiles spécifiquement bénies, comme le saint chrême, sont employées lors des rites du baptême, de la confirmation et de l’onction des malades pour signifier que l’Esprit saint pénètre l’âme du fidèle. Les rois francs étaient bénis lors de leur sacre avec du saint chrême de la sainte Ampoule, une fiole qui aurait servi lors du baptême de leur ancêtre Clovis (v. 466-511).
« Dieu est lumière », rappelle l’Évangile de Jean, reprenant le psaume 27. Cependant, la lumière n’est pas Dieu, qui l’a séparée des ténèbres dans la Genèse. Avec le christianisme, elle devient une métaphore du salut : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie », assure Jésus, toujours dans l’Évangile de Jean. À partir du XIIe siècle, les cathédrales gothiques vont développer une véritable théologie de la lumière : la lumière physique descend au travers des scènes bibliques représentées sur les vitraux et se transforme ainsi en lumière divine qui guide les fidèles vers le salut.
Le pain est l’un des symboles les plus importants du christianisme, qui trouve sa source directement dans la Bible. Il incarne la parole du Christ, qui est nourriture spirituelle. L’un des plus importants miracles de Jésus, évoqué dans les quatre Évangiles, est ainsi celui de la multiplication des pains, une métaphore de la parole de Dieu que devront répandre les apôtres*. Le pain est aussi le symbole d’une offrande faite à l’humanité.
Déjà, dans la Genèse, Abraham* reçoit de Melchisédech, le premier prêtre, une offrande de pain et de vin. Le pain est don. Qu’offre à son tour Jésus à l’humanité ? Son corps. Le pain symbolise donc le crucifié, la chair de Dieu brisée pour le salut des hommes, comme Jésus lui-même l’explique au cours de la Cène, son dernier repas : « Pendant qu’ils mangeaient, Jésus prit du pain ; et, après avoir rendu grâce, il le rompit, et le leur donna, en disant : Prenez, ceci est mon corps. » (Marc, 14:22).
Le partage du pain et du vin, l’eucharistie, est ainsi le rite clé du christianisme. La recette du pain varie comme le dogme selon les confessions. Les catholiques ont adopté, au XIIe siècle, un pain azyme (« sans levain », en grec), selon la tradition juive de la Pâque : il se présente sous la forme d’« hosties » (du latin hostia, « offrande »), fines plaques rondes, souvent décorées d’une croix. À l’opposé, les orthodoxes, comme les luthériens, préfèrent le pain levé, des miches parfois de plusieurs kilos, avec de profondes incisions en croix pour les briser aisément.
Dans l’Antiquité, il est le principal symbole du christianisme. Pourquoi ? C’est en fait d’abord un acronyme. En grec, langue principale de l’Orient romain, poisson se dit ichtus (ΙΧΘΥΣ). Ces lettres sont les initiales de la formule : « Jésus-Christ, fils de Dieu, sauveur. » Soit I (iota, pour Iêsoûs-Jésus), X (khi, pour Khristòs-Christ), Θ (thêta, pour Theoû-Dieu), Y (upsilon, pour Huiòs-fils de), Σ (sigma, pour Sôtêr-sauveur). Les premiers chrétiens adoptent ce signe banal alors que le Christ crucifié scandalise et ne peut être ni représenté ni nommé. Le poisson est un signe d’autant plus pratique pour l’Église primitive qu’il était un symbole du salut.
Comme instrument de pénitence d’abord : dans l’Ancien Testament, le prophète Jonas, qui a refusé une mission divine, est avalé par un grand poisson, y reste trois jours et trois nuits, avant d’être recraché sur le rivage. Il se soumet alors à la volonté de Dieu. Les chrétiens voient dans cet épisode biblique une préfiguration des trois jours passés par Jésus dans la tombe, avant la résurrection. Le poisson représente aussi, dans les Évangiles, les âmes des hommes pris par les filets de Dieu.
« Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes », promet Jésus à ses premiers disciples, des pêcheurs. L’animal est ensuite multiplié comme les pains, et se retrouve dans la Cène, le dernier repas. Il peut aussi symboliser le Christ, « le grand poisson pris à l’hameçon de Dieu et dont la chair nourrit le monde entier », nous dit un Père de l’Église, Julius Africanus (v. 160-v. 240). Supplanté par la figure de la croix au IVe siècle, il s’est maintenu dans les représentations de l’eucharistie… Et, comme commémoration de la Passion du Christ, dans les menus des familles et des cantines, le vendredi.
C’est le « sang de la vigne » selon la Genèse, celui du Crucifié pour les Évangiles. Sous son influence, Noé, premier vigneron, se vautre nu sous les yeux de ses enfants. Pourtant, la vigne devient le symbole d’Israël, celui de l’alliance entre Dieu et un peuple élu (Isaïe, 5:1-7). Mais cette première vendange déçoit, selon le prophète Jérémie. On attendra donc un messie : une « nouvelle vigne », comme se présente lui-même Jésus. Son premier miracle est justement la transformation de l’eau en vin, pendant les Noces de Cana, en Galilée.
Lors de la Cène, son dernier repas, Jésus change le vin en son sang et recommande de faire le même geste en mémoire de lui. Ce vin sacrificiel n’est pas sans rappeler les légendes dionysiaques. Le dieu grec du vin, Dionysos, devenu Bacchus chez les Romains, était l’un des plus populaires chez les polythéistes. Lui-même sacrifié, descendu aux Enfers et ressuscité, son histoire, telle que la rapportent les légendes, présente de nombreux points communs avec la vie du Christ.
La communion pourrait donc s’inspirer des mystères dionysiaques, des rites initiatiques. En 1415, l’Église catholique a réservé le vin de communion aux seuls prêtres et diacres*, pour se démarquer d’hérésies qui lui donnaient trop d’importance. Mais chez les orthodoxes et les luthériens, les fidèles continuent de communier « sous les deux espèces » (pain et vin).
Pour plus d’informations et d’analyses sur la Burundi, suivez Africa-Press





