L’Union Africaine célèbre son 60e anniversaire : Ambitions…Objectifs futurs…Embûches !

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L'Union Africaine célèbre son 60e anniversaire : Ambitions...Objectifs futurs...Embûches !
L'Union Africaine célèbre son 60e anniversaire : Ambitions...Objectifs futurs...Embûches !

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Burundi. Un certain 25 mai 1963, il y a de cela 60 ans, naissait l’Union Africaine sous son ancien nom « Organisation de l’Unité Africaine » (OUA), en Éthiopie, plus précisément à Addis Abeba. Sa création fût possible grâce aux efforts considérables fournis par 32 États réunis en congrès et déterminés à poser les premiers piliers d’une union politique et économique impliquant toute l’Afrique, et ce dès les lendemains des indépendances des pays du continent.

C’est ainsi que la souveraineté de nouveaux États indépendants rimait avec l’unité du continent.

Il faut avouer que cette ambition d’unité, qui fait partie des vocations initiales du panafricanisme, et qui traduisait, d’ailleurs, l’ambition de la plupart des pays membres à peine sortis du colonialisme, a fait qu’en 1999, les États membres de l’OUA se rendirent à l’évidence en montrant leur détermination à réfléchir à modifier la structure initiale de l’organisation africaine pour migrer vers l’Union africaine (UA).

A ce stade là, cette condition était vraisemblablement nécessaire pour booster l’accélération du processus d’intégration du continent, et de faire porter à l’organisation africaine une nouvelle parure digne de sa grandeur et de ses composantes, et ce projet allait se concrétiser le 9 juillet 2002, lors du Sommet de Durban (en Afrique du Sud), le dernier sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), qui devait disparaître au profit de l’Union africaine (UA).

Et au jour d’aujourd’hui, 25 mai 2023, alors que l’organisation célèbre son 60e anniversaire, 39 ans en tant qu’OUA et 21 en tant qu’Union Africaine, on peut dire que de cette évolution institutionnelle ont pu se dégager quelques questions, dont :
Que reste-t-il des rêves unitaristes du début du panafricanisme ?
L’UA a-t-elle réussi à sortir l’institution de cette image qui fut jadis collée à l’OUA, à savoir sinon un instrument au service des intérêts des grandes puissances, du moins un « syndicat de chefs d’État » ?
60 ans après la naissance de l’OUA et 40 ans avant 2063, quel bilan dresser et quelles perspectives tracer de « L’Afrique que nous voulons » ?

L’UNION AFRICAINE et les défis qu’elle doit lever dans le proche avenir

A- Le défi économique : la Zone de libre-échange africaine et sa lente mise en œuvre

On peut dire que la zone africaine de libre-échange est l’un des principaux projets de l’Agenda 2063 pour le développement en Afrique, et l’idée a été approuvée lors de la 18e session ordinaire de l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement, qui s’est tenue à Addis-Abeba, en Éthiopie, en janvier 2012.

L’objectif de la mise en œuvre de cette zone est d’accélérer le commerce intra-africain et renforcer la position commerciale de l’Afrique sur le marché mondial en supprimant les barrières douanières à la circulation des biens et des services entre les États membres, où 90 % des droits de douane sur les produits non sensibles sont débloqués dans un délai de dix ans pour les pays les moins avancés, et de cinq ans pour les pays en développement les plus rapides.

En ce qui concerne les matières premières sensibles, 7 % seront annulées dans les pays les moins avancés d’ici treize ans, et les plus dynamiques d’ici dix ans, tandis que les 3 % restants seront exclus de la libéralisation douanière.

La zone de libre-échange est également considérée comme un outil nécessaire pour réaliser les deux prochaines étapes de l’intégration économique, à savoir :
l’Union douanière, qui signifie l’existence d’un système douanier africain unifié face au monde,
le Marché commun africain qui permet le transfert d’autres facteurs de production sans restrictions, à savoir les travailleurs et le capital.
Par ailleurs, la question du financement reste également l’un des plus importants de ces défis, par conséquent, l’importance du besoin de financement, considérant la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale comme une étape vers la réalisation de l’intégration économique africaine, est appelée à se coordonner avec les organes compétents de l’Union africaine, en particulier la Commission de l’Union, pour mettre toutes les dispositions nécessaires en vigueur.

B- Le défi politique : la poursuite des coups d’État militaires et la lenteur du processus de transition démocratique préoccupent l’UA

Les principaux problèmes auxquels le continent africain est confronté au niveau politique sont évidemment :
la poursuite des coups d’État militaires,
la lenteur du processus de transition démocratique,
la poursuite de la tyrannie politique,
les violations des droits de l’homme qui y sont associées,
et la persistance des problèmes de discrimination ethnique au détriment des questions de citoyenneté.

Par conséquent, l’axe de la bonne gouvernance, de la démocratie, du respect des droits de l’homme et de l’État de droit figure parmi l’un des sept axes de l’Agenda 2063 de l’Afrique. Cependant, les progrès remarquables au niveau du continent sont encore en deçà, des aspirations espérées. Selon les dernières données statistiques contenues dans les données de l’Agence de développement de l’Union africaine, le continent n’a atteint que 19% dans cet axe uniquement.

Force est de constater que les sanctions prises par l’Union Africaine en suspendant l’adhésion de certains régimes arrivés au pouvoir de manière anticonstitutionnelle « à travers des coups d’État » se sont avérées inefficaces, car elles n’ont abouti à aucun progrès dans des pays comme le Soudan, le Burkina Faso, le Mali et la Guinée, sachant que l’adhésion peut être réexaminée une fois les élections passées, même si elles ont entraîné la réversion de putschistes en civils. Il se peut plutôt que ce soient les peuples qui paient le prix de cette suspension, ainsi que les économies de ces pays, et non ces régimes, et c’est ce à quoi le président de la Commission a fait référence dans son discours d’ouverture, lors du 36e Sommet de l’UA, ce qui implique la nécessité d’examiner ces sanctions et comment les activer et ce qui peut résulter de la réforme du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine en tant qu’organe concerné par cela.

Au contraire, il est également devenu nécessaire d’élargir le concept de sécurité afin qu’il ne se limite pas uniquement au concept militaire, mais qu’il s’étende également pour inclure la sécurité alimentaire, où le manque de nourriture peut conduire à des troubles internes, qui peuvent devenir des motifs conduisant à la violence.

C- Le défi sécuritaire : faiblesse des efforts de résolution des conflits dans le cadre de l’initiative « Faire taire les armes »

Il s’agit d’une initiative, baptisée « Faire taire les armes : Conditions préalables pour parvenir à une Afrique sans conflit d’ici l’an 2000 », qui avait été adoptée lors du Sommet africain, en 2013, avec pour objectif que l’Afrique devienne une zone sans conflit à cette date-là.

Bien que l’initiative visait à mettre fin aux conflits sur le continent en sept ans, elle a été tout de même prolongée de dix ans, vu que de nombreux conflits se poursuivaient sans règlement. Le succès le plus notable de l’initiative est peut-être la signature de l’accord de Pretoria, en novembre 2022, pour régler le conflit entre le gouvernement éthiopien et le Front de libération du Tigré.

Néanmoins, il importe de noter que, depuis sa création, l’initiative a également remporté un certain nombre d’autres succès limités, représentés dans la médiation menée par l’Union africaine pour parvenir à la stabilité politique, là où certains conflits ont été réglés à l’amiable au Burkina Faso, au Burundi, en Centrafrique, aux Comores, en République démocratique du Congo, en Gambie, à Madagascar, au Mali, au Soudan et au Soudan du Sud. Quant aux autres conflits, ils sont demeurés toujours en place.

La poursuite de la violence dans de nombreux pays du continent signifie que l’initiative n’a pas encore atteint ses objectifs, et cela implique plus de fardeau pour les pays africains dans le règlement de leurs conflits dans un cadre africain.

Remarque, les conflits sont tout aussi répandus aujourd’hui que dans les années 60 et l’Union Africaine peine à intervenir de manière significative, même si elle dispose désormais d’un cadre juridique suffisant pour résoudre les problèmes de paix et de sécurité.

Quand les États-Unis tentent de faire pression sur l’Union africaine

Un courrier confidentiel, rapporté et relayé par certains médias internationaux, a tenu à prouver que les États-Unis ont fait pression sur l’Union africaine pour bloquer la mise en place d’une taxe sur les importations destinée à financer l’institution panafricaine.

Les pressions extérieures, venant de la mondialisation du commerce, risquent de ne pas s’accorder avec le type d’intégration qui privilégie la production, et non les échanges. Les pays africains doivent pouvoir produire et il faut pour cela un degré important d’intégration fonctionnelle, dans les transports, les communications, qui mène à la productivité, et non une intégration qui se contente de développer les échanges, de vendre des produits fabriqués dans d’autres pays. Cela nécessite des stratégies nettement plus axées sur les investissements, dans le domaine de la recherche et du développement et des transports.

Dans ce contexte, les gouvernements africains sont vraiment pris en sandwich entre cette pression d’en bas qui les incite à lutter contre la pauvreté endémique et les impératifs des puissances mondiales, qu’il sera très, très difficile d’accommoder. Beaucoup de questions ne font l’objet d’aucun débat. Le constitutionnalisme néolibéral s’est maintenant imposé.

Dans ces conditions, quelle marge de manœuvre peut-on avoir ?

Très peu de pays ont la possibilité de répondre à cette question. La plupart accordent davantage d’attention aux demandes extérieures qu’à celles de l’intérieur.

Il est donc très utopique de penser qu’il suffit de signer un accord pour que le reste se mette en place tout seul. Les Africains devraient être plus pragmatiques, de façon à montrer des résultats à la population, des résultats concrets, dans la vie de tous les jours.

Les gens passent des heures aux postes de douane. La suppression de ces obstacles n’entraîne aucun coût financier, sachant que beaucoup de ces mesures ne coûtent rien en fait. Il s’agit simplement de s’attaquer aux réglementations, de rendre les institutions publiques plus transparentes. Il faudra dépenser de l’argent dans certains secteurs, comme l’infrastructure, etc.

Mais la question est de savoir comment donner aux gens les informations dont ils ont besoin, à temps, et de tirer parti du dynamisme de la population.

Israël et sa politique d’ingérence dans l’UA en cherchant à obtenir le statut d’observateur

Cette affaire constitue, quoi qu’il en soit, un revers pour Israël, alors que la normalisation de ses relations avec les Etats d’Afrique est l’une des priorités du gouvernement du premier ministre Benyamin Nétanyahou. Ces dernières années, les diplomates israéliens ont arpenté les capitales africaines en quête de reconnaissance, quant au ministre des Affaires étrangères, Eli Cohen, se trouvait encore, début février 2023, au Soudan pour réchauffer les liens avec Khartoum.

Sur les 54 pays africains, 46 reconnaissent aujourd’hui l’Etat hébreu.

Néanmoins, malgré cela, en 2021, l’Autorité palestinienne avait salué le succès des efforts des « pays amis », conduits par l’Algérie, pour empêcher l’adhésion immédiate d’Israël en tant que membre observateur de l’Union africaine.


Quand l’Algérie montre ses dents

Selon plusieurs diplomates présents à Addis-Abeba, la délégation algérienne aurait menacé de quitter le sommet si les représentants israéliens restaient dans l’hémicycle. Pour tenter de relativiser l’incident, l’Union africaine a prétexté un problème protocolaire.

A ce propos, Ebba Kalondo, la porte-parole de la Commission de l’UA, qui tient lieu de secrétariat de l’organisation, a expliqué aux agences de presse qu’une personne avait été « invitée à quitter les lieux » parce qu’elle n’était pas conviée à cette réunion, et il s’agissait de la diplomate de l’Etat sioniste, Sharon Barley.


Expulsion de la délégation israélienne des travaux de l’Assemblée de l’UA

Célébration légendaire cette année du 60e anniversaire de l’organisation panafricaine

Ce 60ème anniversaire est célébré ce jeudi 25 Mai 2023 sous le slogan : « Notre Afrique Notre Avenir » en utilisant le hashtag #OurAfricaOurFuture.

Les activités marquant ce moment historique seront commémorées sur tout le continent africain par les 55 pays membres de l’Union Africaine. Tous les États membres de l’UA devraient, entre autres, présenter les principaux succès, les jalons, les défis et la voie à suivre dans le cadre de l’Agenda 2063.

Rappel des principaux objectifs de l’Union Africaine

Nous avons vu utile de rappeler à nos fidèles lecteurs les principaux objectifs de l’UA :
Parvenir à une plus grande unité et solidarité entre les pays africains et leurs peuples
Défendre la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance des États membres
Accélérer l’intégration politique, sociale et économique du continent
Promouvoir et défendre les positions africaines communes sur les questions intéressant le continent et ses habitants
Encourager la coopération internationale
Promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent
Promouvoir les principes et institutions démocratiques, la participation populaire et la bonne gouvernance
Promotion et protection des droits de l’homme et des peuples conformément à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et aux autres instruments pertinents relatifs aux droits de l’homme
Créer les conditions nécessaires pour permettre au continent de jouer le rôle qui lui revient dans l’économie mondiale et les négociations internationales
Promouvoir le développement durable aux niveaux économique, social et culturel, en plus de réaliser l’intégration dans les économies africaines
Promouvoir la coopération dans tous les domaines de l’activité humaine; Améliorer le niveau de vie des Africains
Coordination et harmonisation des politiques entre les groupements économiques régionaux actuels et futurs afin d’atteindre progressivement les objectifs de la fédération
Faire avancer le développement du continent en promouvant la recherche dans tous les domaines, notamment en science et technologie
Travailler avec des partenaires internationaux travaillant dans le domaine de l’éradication des maladies, de la prévention et de la promotion de la bonne santé sur le continent
Assurer la participation active des femmes à la prise de décision, en particulier dans les domaines politique, économique, social et culturel
Développer et renforcer des politiques communes en matière de commerce, de défense et de relations extérieures pour assurer la défense du continent et renforcer ses positions de négociation
Appeler et encourager la pleine participation de la diaspora africaine – en tant que partie importante du continent – à la construction de l’Union africaine.

Pour conclure, nous nous devons de présenter nos meilleurs vœux à tous les Africains et Africaines et à toutes les structures de l’Union africaine : Joyeux anniversaire.

Appui médiatique :
Vidéo 1 : https://www.youtube.com/watch?v=5oS2PYiQnMY

Vidéo 2 : https://www.youtube.com/watch?v=jaW2TyrtBRs

Vidéo 3 : https://www.youtube.com/watch?v=6PP_xk53kNo

Pour plus d’informations et d’analyses sur la Burundi, suivez Africa-Press

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