Sommet Afrique-USA : La « moisson » avec laquelle l’Afrique est « rentrée au bercail » !

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Sommet Afrique-USA : La « moisson » avec laquelle l’Afrique est « rentrée au bercail » !
Sommet Afrique-USA : La « moisson » avec laquelle l’Afrique est « rentrée au bercail » !

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Burundi. Le Sommet Afrique – USA a clôturé ses travaux à Washington, lors de sa troisième journée, précisément le 15 décembre 2022, sur les prémices d’un discours du président américain Joe Biden, qui a souligné l’importance de la coopération avec le continent africain, appelant à un partenariat colossal avec le continent brun.

Biden a déclaré qu’il n’y a aucun moyen de résoudre les problèmes auxquels le monde est confronté aujourd’hui, sans la participation de l’Afrique qui est devenue une arène de compétition pour les grandes puissances, considérant que ce continent est désormais la clé du succès pour le monde…

Déclaration des Etats-Unis

La séance de clôture a été marquée par une déclaration dans laquelle les États-Unis se sont engagés à renforcer les domaines de coopération à long terme, à élargir leur partenariat avec les pays du continent africain et à les aider à bénéficier d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU comme au sein du groupe G20, ainsi qu’une plus large représentation du continent dans diverses institutions internationales.

Dans cette déclaration, les États-Unis ont annoncé « un plan de réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, y compris le soutien à des sièges permanents pour les pays d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes, et ont exprimé leur soutien à l’adhésion de l’Union africaine au Groupe des Vingt en tant que membre permanent ».

La déclaration faisait référence à l’annonce lors du sommet de « nouveaux investissements et initiatives de coopération américano-africaine » pour :

• faire face à la sécurité alimentaire et aux crises climatiques,

• renforcer les systèmes de santé et se préparer à la prochaine pandémie,

• construire une économie mondiale forte et inclusive,

• soutenir la bonne gouvernance et le respect des droits de l’homme,

• et promouvoir la paix et la sécurité.

Le président américain a annoncé également son intention de nommer l’ambassadeur Johnny Carson, ancien secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines, qui sera le représentant spécial du président pour mettre en œuvre les décisions du sommet Afro-américain.

Biden a prévu aussi de visiter des pays d’Afrique subsaharienne, pour être le premier président américain à se rendre dans la région depuis la tournée de l’ancien président Barack Obama, en juillet 2015, qui l’a conduit au Kenya et en Éthiopie. S’adressant aux dirigeants des pays africains, il a déclaré lors du sommet : « Nous vous verrons tous et vous nous rencontrerez souvent ».

Initiatives et accords décidés

• Zone de libre-échange

A noter que Joe Biden a signé un protocole d’accord historique pour l’implantation d’une zone de libre-échange entre les États-Unis et le continent africain, et a déclaré qu’il s’agirait de l’une des plus grandes zones de libre-échange au monde avec un total de 3,4 billions de dollars, et qui ouvrira la voie à de nouvelles opportunités de commerce et d’investissement, et rapprochera plus que jamais ces deux régions de la planète : notamment les États-Unis et l’Afrique.

• Prêts aux pays africains à revenu faible et intermédiaire

Le sommet a vu une série d’initiatives et d’accords, y compris l’engagement de Biden de travailler avec le Congrès pour prêter jusqu’à 21 milliards de dollars par le biais du Fonds monétaire international (FMI) aux pays à revenu faible et intermédiaire, ainsi que d’appeler tous les créanciers à fournir un véritable allégement de la dette afin que les pays peuvent rétablir leur reprise économique après des années de tensions intenses.

• Soutien aux jeunes innovateurs en Afrique

L’évènement a été témoin également d’une résolution visant à étendre l’Initiative des jeunes leaders africains, en collaboration avec le Congrès, pour fournir plus de 100 millions de dollars à l’initiative visant à soutenir les jeunes innovateurs en Afrique, à développer la culture numérique, à accélérer l’égalité des sexes et le leadership des femmes et à accroître les opportunités économiques.

• Aides alimentaires

L’administration Biden a mis en évidence, dans un communiqué, le rôle de l’invasion russe de l’Ukraine dans la hausse des prix alimentaires, déclarant dans ce sens que le financement alimentaire fournirait « une aide d’urgence et de sécurité alimentaire pour les processus alimentaires africains et des marchés d’approvisionnement résilients à moyen et long terme ».

De ce fait, les États-Unis ont promis une aide alimentaire supplémentaire de 2,5 milliards de dollars à l’Afrique, après que la hausse des prix a poussé à la hausse les taux de sous-alimentation à travers le continent, soulignant qu’ils avaient déjà fourni 11 milliards de dollars d’aide alimentaire à l’Afrique, en 2022.

Par ailleurs, il a été entendu que les États-Unis développeraient également un partenariat avec l’Union africaine, dans l’objectif de rassembler les secteurs public et privé et les institutions financières internationales afin de répondre aux besoins alimentaires.

• Soutien à la société civile

Lors du Forum sur la paix, la sécurité et la gouvernance, le secrétaire à la Défense Lloyd Austin, le secrétaire d’État Anthony Blinken et l’administratrice de l’USAID Samantha Power, ont exploré des approches innovantes, interministérielles et multisectorielles pour faire progresser la démocratie, la paix, et la sécurité dans la région.

Ce forum, qui a réuni plus de 200 participants de diverses organisations de la société civile, a fourni une plate-forme pour discuter des possibilités d’accroître la représentation des voix marginalisées dans l’élaboration des politiques et les affaires publiques, de renforcer les efforts de lutte contre la corruption et de faire progresser les droits des travailleurs, réaffirmant l’engagement des États-Unis à soutenir et à renforcer les voix de la société civile, indiquant que depuis le début de l’administration américaine Biden, les États-Unis ont investi et visent encore à fournir plus de 6,5 milliards de dollars pour soutenir la paix, la sécurité, la démocratie, les droits de l’homme et la gouvernance en Afrique.

Le communiqué publié dans ce contexte a souligné que cela comprend les efforts visant à : a) développer les capacités militaires des partenaires africains,

b) soutenir les efforts de maintien de la paix, c) faire progresser les objectifs des femmes, de la paix et de la sécurité, d) renforcer les capacités institutionnelles africaines,

e) promouvoir l’égalité des sexes, les droits de l’homme et l’état de droit, f) autonomiser la société civile, renforcer les mécanismes de responsabilisation et soutenir les transitions et les institutions démocratiques.

• Paix et sécurité

Le président Joe Biden a annoncé la nouvelle initiative « 21e partenariat pour la sécurité africaine » qui catalysera et renforcera les efforts africains pour mettre en œuvre et soutenir les capacités et les réformes du secteur de la sécurité.

Toujours avec l’appui du Congrès américain, ce programme pilote doté d’une enveloppe de 100 millions de dollars sur 3 ans, aidera les partenaires américains et africains à coordonner, partager et soutenir des solutions aux problèmes de sécurité.

En travaillant avec le Congrès, le Département d’Etat américain prévoit d’investir au moins 2 millions de dollars pour développer une nouvelle initiative qui facilite la participation de la société civile dans le secteur de la sécurité.

A savoir : l’administration américaine investit actuellement 58,5 millions de dollars par le biais du nouveau Fonds de prévention et de stabilisation pour renforcer les partenariats avec le Mozambique, la Libye, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Guinée et le Togo au cours des 10 prochaines années, a indiqué le communiqué.

En fait, de quoi le continent africain a-t-il réellement besoin ?

Pour répondre à une telle question, l’ambassadrice égyptienne Mona Omar, ancienne ministre adjointe des Affaires étrangères pour les affaires africaines, a déclaré que le « Second Sommet Afrique-USA » est d’une grande importance, et j’espère qu’il aura une grande crédibilité et que les promesses faites par la partie américaine seront mises en œuvre, et que le sort de ces promesses ne sera plus le même qu’avant ».

Elle a expliqué que « le montant qui a été levé au début du sommet, on ne peut pas dire qu’il est bon parce qu’il s’agit de 55 milliards de dollars sur trois ans, c’est plutôt un montant faible, mais à l’issue de ce sommet, les fruits ont commencé à voir le jour lorsque le président américain a signé un protocole d’accord historique pour donner naissance à une zone de libre-échange interétatique qui contribuera à élever le taux de croissance économique du continent ».

La diplomate a ajouté que « son pays, l’Égypte, est une pierre angulaire et un axe très important pour les États-Unis d’Amérique dans la région du Moyen-Orient, et donc il y a un désir des deux côtés de consolider les relations politiques, et d’un point de vue personnel, le continent africain n’a plus besoin de l’aide américaine qui est entravée par de nombreuses préoccupations, comme tous les pays africains le sont devenus.

Désormais, il rejette l’approche de l’aide qui affecte la prise de décision, mais ce dont le continent a besoin, c’est de pomper les investissements, et c’est ce qui s’est réellement passé lors de ce sommet par la signature d’un mémorandum établissant une zone de libre-échange entre le continent et les États-Unis d’Amérique ».

Réduire la présence de la partie chinoise

Dans le même contexte, la diplomate égyptienne, Mona Omar, a rappelé que ce sommet s’est tenu après huit ans, et cela confirme la volonté du président américain Joe Biden de réduire la présence de la Chine sur le Continent africain.

C’est aussi parce qu’ils ont remarqué que tous les pays africains étaient neutres vis-à-vis de l’État russe, et que les États-Unis d’Amérique ont longtemps été absents du continent africain, car il y a huit ans entre les deux sommets, et ce temps n’est pas court, sachant que cette période a été presque négligée par les États-Unis d’Amérique au continent brun sous l’ère de l’ancien président américain Donald Trump.

L’Agenda 2063 pris en considération

C’est le projet de l’Union africaine pour faire de l’Afrique une puissance mondiale du futur par un développement à la fois durable et inclusif, en s’assurant que les Africains fassent désormais leurs choix eux-mêmes.

Il s’agit maintenant de voir, en fonction de cet « agenda 2063 », comment les États-Unis peuvent aider à ce projet, alors que d’autres puissances comme la Russie et la Chine continuent à faire avancer leurs pions sur le continent, comme sur un échiquier.

Ce sujet était d’ailleurs la grande inquiétude américaine et aussi le grand non-dit de ce sommet ouvertement consacré à écouter les pays africains.

Ce sera aussi le travail intense de la diplomatie américaine de reprendre contact de manière concrète et tous azimuts sur le continent africain, dans une vraie rivalité stratégique vis-à-vis de la Chine et de la Russie. Et c’est une forme de réussite au regard des chiffres, en considérant notamment le nombre de chefs d’État présents au Sommet Afrique-USA, auxquels le président américain, a déclaré : « J’ai hâte de voir beaucoup d’entre vous dans vos pays d’origine ». Biden a repris également : « Je suis impatient de visiter votre continent… Certains d’entre vous m’ont déjà invité dans vos pays ».

Joe Biden s’est voulu « réconfortant »

Revenant sur ce sommet et sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine, Joe Biden a tenu à être beaucoup plus clair :

« Nos yeux sont résolument tournés vers l’avenir. Nous sommes maintenant dans les premières années d’une décennie décisive.

Les choix que nous faisons aujourd’hui et le reste de cette décennie et la façon dont nous abordons ces défis, à mon avis, détermineront la direction que prendra le monde entier dans les décennies à venir.

Comme je l’ai dit hier, les États-Unis sont entièrement sur l’Afrique et tous avec l’Afrique, car les voix africaines, le leadership africain, l’innovation africaine sont tous essentiels pour relever les défis mondiaux les plus urgents et réaliser la vision que nous partageons tous : un monde libre, un monde ouvert, prospère et sûr.

L’Afrique a véritablement sa place, c’est pourquoi j’ai annoncé en septembre dernier, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, que les États-Unis soutiennent pleinement la réforme du Conseil de sécurité de l’ONU pour y inclure une représentation permanente pour l’Afrique. Et aujourd’hui, j’appelle également l’Union africaine à rejoindre le G20 en tant que membre permanent du G20.

En outre, Biden a déclaré que les États-Unis soutiendraient l’innovation et l’entrepreneuriat en Afrique. Il a annoncé que l’International Development Finance Corporation des États-Unis investit 370 millions de dollars sur le continent pour accroître l’accès à l’énergie propre pour des millions de personnes, fournir aux agriculteurs des engrais essentiels et aider les entreprises qui apportent de l’eau potable aux communautés.

« Les États-Unis sont tous impliqués dans l’avenir de l’Afrique », a-t-il déclaré, tout en concluant par :

« Ensemble, nous voulons construire un avenir où personne, personne, ne sera laissé pour compte. C’est pourquoi je pense que les trois derniers jours ont été un succès significatif, mais en fin de compte, le jugement ultime doit être dans les jours à venir, les semaines à venir, les mois à venir : faisons-nous ce que nous avons dit que nous ferions ? Je suis convaincu que nous le ferons. Alors que celà soit, ça a été long à venir…mais ça va venir ».

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