Le calvaire des étudiantes de l’UB : de l’espoir à la désillusion

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Le calvaire des étudiantes de l’UB : de l’espoir à la désillusion
Le calvaire des étudiantes de l’UB : de l’espoir à la désillusion

Africa-Press – Burundi. Ce n’est plus un secret, l’ère des grands « honorables poilissimes omnipotents et omni pognés » est révolu. S’ils ne sont pas tous de cet avis, la règle du silence et du secret au sein de la communauté est mise à mal par la précarité dans laquelle ils vivent et qui les expose, loin des clichés et des idées reçues sur ce qu’est un « Poilissime » en 2023. Loin d’être épargnées par la situation, les jeunes filles de l’UB en font les frais, avec des conséquences parfois désastreuses.

En commençant l’Université, Anne Marie savait que ce ne serait pas facile, mais, dit-elle, elle était loin de se douter que ce serait à ce point. Pourtant, parmi les chanceuses qui ont pu avoir un « maquis » au campus Mutanga, elle s’est vite vu submergée par les dépenses en nourriture, produits d’hygiène et syllabus. « On se met à deux ou trois pour photocopier un syllabus. Et on le partage en trois selon les chapitres et on fait tourner. »

Le retard du prêt-bourse (60 000fbu/mois) accentue une situation déjà insupportable, et les jeunes filles s’endettent auprès des associations d’étudiants qu’elles doivent rembourser aussitôt le prêt-bourse disponible, avec des intérêts. Elles s’endettent également auprès des restaurateurs, tel un agneau se jetant dans la gueule du loup. Quant à l’état des chambres, elles n’osent pas se plaindre des fenêtres cassées ou de l’état des latrines, encore moins de l’épaisseur des matelas, aussi fins que des nattes et qui souvent pullulent de punaises.

Pour celles qui n’ont ni maquis ni famille à Bujumbura, la situation est encore pire. Il n’est pas rare de se faire expulser après plusieurs mois sans payer le loyer. Tel est le cas d’Augustine, 24 ans, qui habite avec trois copines à Kanyare dans une chambrette louée à 60 milles francs. « Je paye mes dettes en fonction de l’arrivée de la bourse, et c’est rarement suffisant puisque la bourse peut être en retard de six mois. Pendant tout ce temps, il faut bien que je mange, que j’achète des produits d’hygiène et que j’étudie. Et puis j’ai tout le temps peur de me faire expulser et de passer la nuit dehors ».

Des principes et valeurs mis à malAnita, 24 ans, pointe son enfant qui dort sur une natte près de son étal de charbon à Mutakura. Arrivée à Bujumbura en 2019 pour poursuivre des études de Psychologie à l’université du Burundi, elle n’a pas passé le cap de la deuxième année, car elle est tombée enceinte. « Dehors, on nous voit comme des filles faciles à cause de notre situation de précarité. Ils pensent qu’on est prêtes à tout pour sortir de cette misère. Alors, pour survivre, des fois, on avale notre fierté et on fait des choses dont on n’est pas fières. Même pour trouver un travail, c’est dur quand on ne connaît personne et qu’on n’a rien ; et quand tu en trouves un, il n’est pas compatible avec les heures de cours ».

En effet, dehors, des prédateurs guettent. Certains miroitent aux jeunes filles la promesse d’une vie meilleure, d’autres acceptent d’oublier leurs dettes contre compensation en nature.

Une communauté à l’agonie« A l’époque, nous étions plus respectées. On n’avait pas besoin de travailler pour survivre, on avait la rage de réussir et on bossait très dur. On avait trois repas par jour, un bon lit et une bourse acceptable à défaut d’être suffisante. », raconte Gertrude, 52 ans, une ancienne poilissime des années 90.

Aujourd’hui, le restaurant universitaire (Icuma) est un heureux souvenir, les bâtiments des campus tiennent et survivent, à l’image de leurs locataires. Pour survivre, les dames poillissimes trouvent des petits boulots en plus de leurs études : « Je dois travailler pour me nourrir et tenir pendant les cours. Des fois, je m’absente, mais je fais en sorte d’avoir le minimum de présence requis en classe pour éviter les sanctions. », confie Alice qui, pour gagner son pain, tresse les cheveux au campus Mutanga.

Des cas de figures qui reflètent bien la situation actuelle de la communauté estudiantine de Rumuri, dont la flamme risque de s’éteindre si rien n’est fait.

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