Université du Burundi : un prêt-bourse irréaliste ?

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Université du Burundi : un prêt-bourse irréaliste ?
Université du Burundi : un prêt-bourse irréaliste ?

Africa-Press – Burundi. L’essence du prêt-bourse octroyé aux étudiants de l’Université du Burundi est de leur garantir des conditions d’études favorables. Cependant, il s’avère insuffisant pour couvrir leurs besoins, ce qui est aggravé par la flambée des prix due à l’inflation. Comment arrivent-ils à survivre avec ce maigre prêt-bourse ? Ne serait-il pas possible d’adapter ce prêt à la réalité actuelle ?

Imaginez-vous étudier à l’université sans avoir un accès facile à la nourriture, au logement, au transport et à d’autres services essentiels. C’est la réalité que vivent la grande majorité des étudiants de l’Université du Burundi.

Depuis 2018, le gouvernement burundais a mis en place un système de prêt-bourse qui vise à réduire le coût de l’enseignement supérieur pour l’État et à responsabiliser les étudiants. Avec ce système, ils n’ont plus le droit à la gratuité des services sociaux qui étaient auparavant assurés par l’université.

Promesse d’une subsistance utopiqueLe Décret n°100/18 du 1er février 2017 portant réorganisation du système de gestion des bourses d’études et de stage établit le sens de ce prêt : « Le prêt-bourse est une assistance financière accordée, sous contrat, par le Gouvernement sous forme de crédit sans intérêts pour la formation des cadres et qui est remboursable. » (Article 25)

Un autre texte légal, l’ordonnance conjointe des ministères ayant l’enseignement supérieur et les finances dans leurs attributions, du 22 mars 2018, précise les conditions, les modalités et les montants du prêt-bourse. Il considère dans son article 19 que ce prêt-bourse couvre les frais de subsistance des étudiants, c’est-à-dire la restauration, le transport, l’hébergement et les autres soins. Ensuite, l’Article 20 fixe ces frais de subsistance mensuels : 60 000 Fbu pour le premier cycle, 100 000 Fbu pour le deuxième cycle (master), et 150 000 Fbu pour le troisième cycle.

Un prêt-bourse dérisoireLe prêt-bourse offert aux étudiants n’a jamais satisfait les étudiants depuis son introduction. Les frais mensuels sont nettement insuffisants pour couvrir les besoins quotidiens d’un étudiant à Bujumbura. Dévote, 24 ans, en témoigne : « Avec les deux ans que je viens de passer à l’Université du Burundi, je n’ai jamais réussi à gérer les 60 milles Fbu par mois. Par exemple, pour la nourriture, il me faut au moins 2500 Fbu par jour pour deux repas. Cela fait déjà 75 000 Fbu par mois, sans compter les autres dépenses. »

La flambée des prix liée à l’inflation monétaire aggrave la situation. Hatungimana Claude, 23 ans, vivant en colocation avec ses trois collègues à Mugoboka, en témoigne : « Depuis que les prix de toutes les denrées alimentaires ont augmenté, notre budget mensuel est chamboulé. Et notre prêt-bourse insuffisant ne nous permet pas de faire face à la crise. »

Les irrégularités dans le payement du prêt-bourse viennent enfoncer le clou. Gisèle, 23 ans, en Bac 3 dans la faculté des sciences économiques, s’indigne : « Les retards de payement du prêt-bourse peuvent aller à 4 mois. Ces retards perpétuels nous font entrer dans le cercle vicieux des dettes. »

Des astuces pour survivreAvec ce prêt-bourse insuffisant et irrégulier, les étudiants se retrouvent dans l’incapacité de couvrir leurs besoins essentiels. Sans autre aide, ils adoptent diverses tactiques pour tenir le coup.

Nahimana Claudine, 22 ans, nous dit son secret : « On vit à la diète. On mange deux fois par jour de la patte et des haricots, toujours la même chose. »

Niyonzima Marius, 25 ans en Bac 3 en IPA Français, fait le gardiennage nocturne pour gagner un peu d’argent. Mais il reconnait que ça nuit à ses études à cause des moments de révision sacrifiés. Quant à son collègue Habonimana Emile, 24 ans, il donne des cours du soir à des élèves. « Ça me permet de payer des syllabus et autres soins. Mais parfois je rate des cours de l’après-midi » avoue-t-il.

Et si on adaptait le montant à la réalité du moment ?Les étudiants de Rumuri font face à une grande précarité financière qui affecte leur performance académique. Il est donc urgent de revoir les modalités du prêt-bourse pour améliorer leur condition de vie.

Moise, en BAC 3 à l’Institut supérieur de commerce, exprime son opinion : « Comme nous devrons rembourser ces frais de subsistance, alors il est légitime que ces frais soient augmentés en fonction de la réalité du moment. Cela nous permettrait d’étudier dans de meilleures conditions. »

Les doléances de cet étudiant sont tout à fait fondées. D’ailleurs, les textes légaux prévoient la possibilité d’un tel réajustement. C’est ce que dit l’Article 21 de l’Ordonnance conjointe susmentionnée : « Les montants des frais de subsistance peuvent être réajustés par l’autorité compétente notamment en fonction des dotations budgétaires. »

En fin de compte, la question ultime qui se pose est de savoir quand ce réajustement aura lieu.

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