Assassinat du roi Ntare V : La CVR peine à trouver ses restes

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Assassinat du roi Ntare V : La CVR peine à trouver ses restes
Assassinat du roi Ntare V : La CVR peine à trouver ses restes

Africa-Press – Burundi. La Commission Vérité et Réconciliation (CVR) indique n’avoir pas encore trouvé le lieu où est enterré le dernier roi burundais Charles Ndizeye (Ntare V). Elle déplore que certains détenteurs de la vérité sur son assassinat n’aient pas encore voulu témoigner.

« Nous avons travaillé et fouillé, mais nous n’avons pas, à l’heure où nous parlons, pu trouver les ossements humains du jeune roi Ntare V », a fait savoir Pierre Claver Ndayicariye, président de la CVR, dans une conférence de presse animée ce 10 avril.

Selon lui, la CVR a rencontré des personnes qui disent être des témoins oculaires du déplacement de la dépouille du jeune roi à la colline Tankoma, non loin de l’Université polytechnique de Gitega : « Un témoin nous a dit qu’il a vu lui-même le corps de Ntare V et qu’on l’a jeté avec six autres victimes dans une fosse commune sur la colline de Tankoma. La route aurait été bloquée par les militaires pendant longtemps pour sécuriser la fosse commune ».

La deuxième version, selon Pierre Claver Ndayicariye, confie que Ntare V est enterré au cimetière des religieux à Mushasha dans le capitale politique Gitega : « Selon certaines sources, vers 13 heures le 30 avril 1972, on a bloqué la route devant la cathédrale de Mushasha menant vers l’Ecole normale des garçons (ENG) de Gitega. Des gens pensent qu’on déplaçait la dépouille du roi vers le cimetière de Mushasha. Nous travaillons sur cette version depuis deux ans ».

Il dénonce que des détenteurs de la vérité sur le site où on a jeté le corps du jeune roi ne veulent pas parler : « Malheureusement, certaines personnes qui le savent sont en train de disparaître ».

Sur la question de savoir si la CVR a la capacité d’identifier les personnes à partir des restes humains, Pierre Claver Ndayicariye explique qu’il est difficile d’identifier quelqu’un dans des ossements des centaines de personnes sans savoir où son corps a été jeté.

Selon lui, le test ADN n’est pas facile suite aux raisons techniques et financiers : « Ce test est possible lorsqu’on est sûr du lieu où le corps de la personne a été jetée et si ses ossements sont dans une fosse de deux ou trois personnes ».

Le président de la CVR appelle à la réhabilitation du roi Ntare V comme personnalité politique et symbole de la monarchie burundaise renversée. Pour lui, il figure parmi les personnalités qui ont marqué la vie du pays.

Des faits sur l’assassinat du roi Ntare V

Selon le président de la CVR, Pierre Claver Ndayicariye, le roi Ntare V fut exécuté, le 29 avril 1972, au camp commando de Gitega dirigé par le commandant Jérôme Sinduhije qui n’était pas présent ce jour-là : « Cette exécution fut dirigée par le commandant adjoint, capitaine Onesphore Ntabiraho alias Rwabisazi. Celui-ci acheva Ntare V de trois coups de revolver en plein front. La dépouille mortelle fut déposée dans une brouette et conservée dans un magasin d’armement du camp ».

Pour appuyer cette version, Pierre Claver Ndayicariye présente un témoignage d’une personne N.S., âgée de 90 ans et habitant du quartier Bwoga à Gitega qui décrit les circonstances de l’assassinat de ce monarque.

Ce témoin a confié à la CVR que Ntare V était en résidence surveillée au palais royal de Gitega qui était encerclé par de nombreux militaires : « C’était vers 18h30 que les militaires en provenance du camp de Gitega sont venus le récupérer. On l’a conduit vers le camp militaire de Gitega. Il n’est pas revenu. Depuis ce jour, personne n’a eu de nouvelles de ce monarque. Jusqu’à maintenant, nous ne connaissons pas où se situe la sépulture de ce jeune roi que nous aimions beaucoup ».

Pour le président de la CVR, les écrits de Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier corroborent les déclarations de ce témoin : « Le 29 avril vers 22h 45, le sergent de garde Déo Bizimana, voit arriver une unité dirigée par le lieutenant Charles Nyabenda, qui doit transporter Ntare V sous bonne escorte au camp militaire. Celui-ci y est acheminé en camionnette vers 23h15 et il est amené aussitôt dans le bureau du capitaine Ntabiraho. Celui-ci le fait conduire dans une salle de police. C’est après un appel téléphonique (venu sans doute de Bujumbura), que l’officier constitue une section d’exécution d’une dizaine d’hommes qui, après l’avoir lié, transpercent Ntare V de coups de baïonnette avant que Ntabiraho lui tire six coups de revolver ».

Pour la CVR, la vie et l’assassinat du dernier roi du Burundi Ntare V sont entourés par le véritable mensonge d’Etat. Selon Pierre Claver Ndayicariye, le pouvoir de Michel Micombero a trompé l’opinion que Charles Ndizeye a été tué lorsqu’il tentait de fuir avec les assaillants venus pour le libérer.

La CVR affirme que les responsabilités de cet assassinat sont à rechercher du côté de Michel Micombero (président de la République de l’époque), Arthémon Simbananiye (ministre des Affaires étrangères, qui a négocié l’extradition de Ntare V de l’Ouganda), Cyrille Nzohabonayo (procureur général de la République) et capitaine Onesphore Ntabiraho, entre autres.

De son vrai nom Charles Pierre Michel Eugène Ndizeye, Ntare V est le second fils du Roi Mwambutsa IV Bangiricenge. Né le 2 décembre 1947, il a renversé son père et s’est proclamé nouveau roi du Burundi le 8 juillet 1966. Il a régné jusqu’au 28 novembre la même année quand le capitaine Michel Micombero, à l’époque premier ministre, l’a renversé, a proclamé la République du Burundi dont il est devenu premier président.

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