Emmanuel Macron Entame une Tournée Africaine

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Emmanuel Macron Entame une Tournée Africaine
Emmanuel Macron Entame une Tournée Africaine

Africa-Press – Burundi. Le président français Emmanuel Macron entame aujourd’hui, samedi, une tournée africaine qui comprend l’Égypte, le Kenya et l’Éthiopie, dans un mouvement qui reflète les efforts de Paris pour se repositionner sur le continent africain, après le déclin continu de son influence dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest ces dernières années.

Cette tournée a des dimensions politiques, économiques et sécuritaires, coïncidant avec l’intensification de la concurrence internationale pour l’influence sur le continent, face à l’expansion de la présence chinoise, russe et du Golfe, et au recul du rôle traditionnel français dans des régions qui étaient considérées pendant des décennies comme faisant partie de la sphère d’influence politique et militaire de Paris.

Macron commence sa tournée par une visite en Égypte, où il rencontrera son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi pour des discussions axées sur le renforcement des relations bilatérales et les développements régionaux, notamment la crise croissante au Moyen-Orient.

Le palais de l’Élysée a déclaré que la rencontre vise à « renforcer les relations bilatérales solides entre la France et l’Égypte », en plus de discuter des questions régionales, notamment les développements de la guerre au Moyen-Orient et la sécurité de la navigation maritime.

Les deux présidents doivent également inaugurer le nouveau campus de l’Université Senghor francophone à Borg el-Arab, près d’Alexandrie, une institution académique spécialisée dans le développement africain, fondée en 1990 à l’initiative de l’Organisation internationale de la francophonie.

L’université se consacre à la formation de compétences et de leaders africains dans les domaines du développement, de la gestion et des politiques publiques, et constitue l’un des principaux outils de la présence culturelle et linguistique française sur le continent.

La visite inclura également une visite des deux présidents au château de Qaitbay, une forteresse historique à Alexandrie, construite au XVe siècle sur les ruines du phare d’Alexandrie, avant de tenir un dîner de travail officiel.

La visite de Macron en Égypte intervient à un moment où Paris intensifie ses efforts diplomatiques liés à la sécurité de la navigation internationale, en particulier dans la mer Rouge et le détroit d’Ormuz.

La France, en collaboration avec le Royaume-Uni, cherche à former une « coalition maritime » comprenant des pays non directement impliqués dans le conflit, afin de garantir le passage sûr des navires commerciaux et de rouvrir les voies maritimes vitales.

Ce dossier revêt une importance particulière pour l’Égypte et la France, compte tenu de l’impact direct de toute perturbation maritime sur le commerce mondial et l’énergie, ainsi que de ses répercussions économiques sur le canal de Suez.

Après sa visite en Égypte, Macron se rendra dimanche à Nairobi, la capitale kenyane, où il rencontrera le président William Ruto, avant le début du sommet franco-africain intitulé « L’Afrique en avant ».

Ce sommet est le premier du genre à se tenir dans un pays anglophone, et c’est également le premier sommet franco-africain à se tenir dans un pays qui a été sous domination britannique.

Le sommet, qui se tiendra lundi et mardi, verra la participation de chefs d’État, de responsables gouvernementaux et de présidents de banques de développement multilatérales, ainsi que de représentants du secteur privé.

Il se concentrera sur des questions d’investissement, d’énergie propre, d’intelligence artificielle, d’infrastructure et d’éducation, ainsi que sur des questions de sécurité et de coopération économique.

Macron et Ruto devraient signer une série d’accords bilatéraux couvrant des domaines économiques, commerciaux et de défense, ainsi que des accords entre des entreprises des deux pays.

Ce sommet intervient à un moment où la France tente de redéfinir sa relation avec le continent africain, après une série de revers politiques et militaires qu’elle a subis dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Depuis 2020, les pays du Sahel ont connu une série de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, entraînant l’arrivée de nouveaux régimes qui ont expulsé les forces françaises et réduit l’influence occidentale, tout en renforçant la coopération militaire avec la Russie.

De plus, la France a mis fin l’année dernière à sa présence militaire dans sa dernière base principale au Sénégal, après une montée du discours appelant à renforcer la souveraineté nationale et à réduire la présence militaire étrangère.

Macron, qui a un an avant la fin de son mandat présidentiel, cherche à proposer une nouvelle vision des relations franco-africaines, basée sur ce que Paris appelle « un partenariat renouvelé », loin de l’héritage traditionnel connu sous le nom de « Françafrique ».

Le terme « Françafrique » fait référence à un réseau de relations politiques, économiques et sécuritaires non officielles qui ont lié la France à ses anciennes colonies pendant des décennies, et qui ont été largement critiquées pour des accusations de soutien à des régimes autoritaires et d’ingérence dans les affaires intérieures des pays africains.

Des observateurs estiment que les récentes initiatives françaises reflètent un changement dans les priorités de Paris sur le continent, passant d’un accent traditionnel sur les anciennes colonies francophones à la construction de partenariats plus larges avec des pays ayant un poids économique et politique croissant.

Beverly Ochieng, analyste senior chez un cabinet de conseil, a déclaré que ce qui se passe « semble être un repositionnement de la manière dont la France se présente sur le continent ».

Elle a ajouté que Paris « s’éloigne progressivement de certains de ses partenaires traditionnels dans les anciennes colonies et se dirige vers des pays avec lesquels elle entretient des relations différentes, avec des dimensions économiques et culturelles plus larges ».

De son côté, Alain Antil, responsable du programme Afrique subsaharienne à un institut de relations internationales, a déclaré que la nouvelle politique a inclus des tentatives de réduire les tensions historiques avec des pays comme le Rwanda et l’Algérie, ainsi que d’élargir le dialogue avec les sociétés civiles et la jeunesse africaine.

Parallèlement aux initiatives politiques, la France cherche à renforcer sa présence économique sur le continent africain, face à une concurrence croissante de la Chine, des pays du Golfe, de la Turquie et de la Russie.

Selon les données du Centre du commerce international, les importations de la France en provenance d’Afrique ont augmenté d’environ 25 % entre 2021 et 2024.

De plus, Paris et le Nigeria ont signé en 2024 un accord d’investissement de 300 millions d’euros pour soutenir des projets d’infrastructure, de santé, de transport et d’énergie renouvelable.

Il est prévu que Macron se concentre lors de sa tournée actuelle sur le renforcement des investissements français dans les domaines de l’énergie propre, de l’intelligence artificielle, de l’éducation et de la technologie.

En même temps, la France a renforcé sa coopération sécuritaire avec de nouveaux partenaires, dont le Kenya, qui a signé avec Paris en octobre dernier un accord de défense incluant l’échange d’informations de renseignement et la coopération en matière de sécurité maritime et d’opérations de maintien de la paix.

Malgré ces initiatives, la France fait face à des défis croissants pour maintenir son influence traditionnelle en Afrique.

Au Kenya, le gouvernement du président William Ruto a annulé l’année dernière un contrat avec un consortium dirigé par une entreprise française pour un projet d’extension d’une autoroute de 1,5 milliard de dollars, avant de transférer le projet à des entreprises chinoises, après que les autorités kenyannes ont contesté les conditions financières du contrat.

La Chine continue également d’élargir ses investissements dans les infrastructures, l’énergie et l’exploitation minière sur le continent, profitant d’une forte présence économique et de relations étendues avec de nombreux gouvernements africains.

En revanche, la France tente de se présenter comme un partenaire soutenant les réformes économiques et le développement durable, surtout face à la crise de la dette qui touche plusieurs pays africains.

Il est prévu que le président kényan William Ruto plaide lors du sommet pour une réforme du système financier mondial et un allègement de la dette des pays africains, une orientation que la France a annoncée soutenir.

Macron conclura sa tournée africaine mercredi par une visite à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, où il rencontrera le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.

Il est prévu que le président français visite le siège de l’Union africaine en présence du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, pour participer à une réunion axée sur « le renforcement des réponses communes aux questions de paix et de sécurité », selon ce qu’a annoncé le palais de l’Élysée.

Cette visite intervient à un moment où la région de la Corne de l’Afrique fait face à des défis sécuritaires et humanitaires croissants, notamment des conflits internes, des crises économiques et des tensions régionales.

Des observateurs estiment que la tournée africaine de Macron représente une tentative française de rétablir sa présence politique, économique et diplomatique sur le continent, à travers des partenariats économiques, culturels et sécuritaires, dans un environnement africain en rapide mutation et une concurrence internationale croissante pour l’influence et les ressources.

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