CE Qu’Il Faut Savoir
Le président burundais Evariste Ndayishimiye a rencontré son homologue burkinabé à Ouagadougou pour discuter du retour de Burkina Faso à l’Union africaine. Cette visite vise à renforcer les liens entre l’UA et le Burkina Faso, suspendu depuis le coup d’État de janvier 2022, et à explorer des moyens de coopération avec le G5 Sahel.
Africa-Press – Burundi. Le président burundais Évariste Ndayishimiye – président en exercice de l’Union africaine – s’est engagé à soumettre un rapport « objectif » à ses homologues africains afin de renforcer la coopération avec les pays du G5 Sahel, à l’issue d’une visite à Ouagadougou qui a débuté lundi dernier. Au cours de cette visite, il a eu des discussions avec le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice du G5 Sahel, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
La rencontre entre les deux présidents a permis d’explorer des moyens de construire un « pont solide » pour reconnecter le peuple et les institutions burkinabés à l’Union africaine, tout en redéfinissant la relation avec le G5 Sahel, selon un communiqué de la présidence burkinabé. Ndayishimiye a salué la « cohésion de la société burkinabé » et son soutien aux autorités dans la lutte contre le terrorisme.
Cette visite, officiellement qualifiée de « d’amitié et de travail », va au-delà de son aspect protocolaire pour toucher à un effort de rétablissement des liens entre l’Union africaine et le Burkina Faso, interrompus depuis la suspension de son adhésion suite au coup d’État de janvier 2022.
De la suspension à la tentative d’intégration
L’Union africaine avait suspendu la participation du Burkina Faso à ses activités début 2022, après l’éviction du président Roch Marc Christian Kaboré, conditionnant le rétablissement à un retour à l’ordre constitutionnel. La rupture s’est approfondie avec le coup d’État de septembre qui a porté Traoré au pouvoir, suivi du retrait de Ouagadougou – avec Bamako et Niamey – de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et de la création du G5 Sahel.
Malgré des tentatives antérieures, les canaux diplomatiques sont restés presque gelés. L’ancien président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki, avait visité Ouagadougou en février 2023 pour explorer une feuille de route vers le retour à l’ordre constitutionnel, et l’Union avait envoyé son émissaire Antonio Tete en mission d’exploration en 2025, mais sans percée significative.
Messages à multiples facettes
La visite prend une signification supplémentaire, car Ndayishimiye occupe également le poste d’envoyé spécial pour la région du Sahel depuis 2025, lui conférant un mandat double entre la présidence de l’Union et la mission de médiation.
Des observateurs – selon des informations relayées par un site spécialisé dans les affaires ouest-africaines – estiment que son initiative personnelle reflète la volonté de l’Union de s’engager directement avec le G5 Sahel, plutôt que de laisser le dossier exclusivement aux institutions régionales occidentales qui ont pratiquement rompu leurs relations avec le Burkina Faso.
Cependant, un fossé demeure entre le discours de « réhabilitation » et la décision de lever la suspension, car la charte constitutive de l’Union exige un retour à l’ordre constitutionnel, tandis que les autorités de transition à Ouagadougou misent sur un parcours souverain qui priorise la sécurité face aux groupes armés et redéfinit les partenariats extérieurs en dehors des considérations traditionnelles de la CEDEAO.
Un enjeu ouvert
L’enjeu dépendra de ce que Ndayishimiye apportera au prochain sommet africain, et de sa capacité à transformer le langage d’ouverture qu’il a exprimé à Ouagadougou en décisions institutionnelles qui mettraient fin à l’isolement du Burkina Faso, et peut-être du Mali et du Niger par la suite.
Cependant, ce parcours se heurte à un héritage de sanctions dont des études menées par l’Institut d’études de sécurité (basé en Afrique du Sud) ont démontré l’efficacité limitée, car la suspension de l’adhésion depuis 2019 n’a pas empêché la répétition des coups d’État au Soudan, au Mali et au Burkina Faso lui-même, ce qui rend l’approche de « reconnaître la réalité du terrain » proposée par le président burundais comme une option potentiellement plus réaliste pour reconstruire des ponts, même si son impact institutionnel pourrait prendre du temps.
L’Union africaine a suspendu la participation du Burkina Faso à ses activités en début 2022, suite à l’éviction de son président, conditionnant le rétablissement à un retour à l’ordre constitutionnel. Depuis, les relations diplomatiques sont restées tendues, malgré des tentatives de médiation. La visite de Ndayishimiye représente un effort pour rétablir ces liens, alors que le Burkina Faso cherche à redéfinir ses partenariats régionaux et internationaux, notamment face à la menace terroriste dans la région du Sahel.





