du Cap à Dakar, la goélette Tara prend le pouls de l’Atlantique Sud

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du Cap à Dakar, la goélette Tara prend le pouls de l’Atlantique Sud
du Cap à Dakar, la goélette Tara prend le pouls de l’Atlantique Sud

Africa-Press – Burundi. Le navire-laboratoire longe les côtes africaines pour y mener des expériences scientifiques essentielles. Notamment la Mission Microbiomes.

Au large du cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, les eaux froides du courant de Benguela rencontrent celles du courant des Aiguilles, puis remontent le long des côtes de Namibie et d’Angola pour former l’une des plus importantes zones d’upwelling au monde. Venues des profondeurs, des eaux chargées de nutriments remontent à la surface, favorisant le développement du phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire.

À la fin du mois d’avril 2022, la goélette Tara, voilier français de 36 mètres de long conçu en 1989, a atteint les côtes d’Afrique du Sud pour entamer la dernière partie de sa Mission Microbiomes.

Une fois achevée, celle-ci lui aura permis d’étudier trois des principales zones mondiales d’upwelling : le courant de Humboldt au large du Chili, le Benguela au large de l’Afrique du sud-ouest et l’upwelling du Sénégal. Et d’y mesurer les conséquences du réchauffement climatique et de la pollution plastique.

Comprendre le climat et ses évolutions

La Mission Microbiomes consiste à parcourir quelque 70 000 kilomètres dans l’Atlantique Sud afin de prélever des échantillons de micro-organismes contenus dans l’eau de mer : il y en a entre 10 et 100 milliards par litre !

Le site de la Fondation Tara, reconnue d’utilité publique, précise : « Ils représentent plus des deux tiers de la biomasse marine. Ils constituent le premier maillon d’une immense chaîne alimentaire, nourrissant à l’autre bout une bonne partie de l’humanité. Véritables fournisseurs de services, ces micro-algues et bactéries photosynthétiques captent aussi le dioxyde de carbone atmosphérique et délivrent en retour la moitié de l’oxygène que nous respirons chaque jour. »

L’analyse du microbiome et de son évolution devrait permettre de comprendre plus finement son fonctionnement et sa vulnérabilité face à la pollution et au changement climatique.

Pour Romain Troublé, directeur de la Fondation Tara Océan, cette mission est d’autant plus importante que « le microbiome de la côte sud-ouest africaine n’a jamais été vraiment étudié ».

La goélette fera escale dans sept pays : l’Afrique du Sud, la Namibie, l’Angola, la République démocratique du Congo, la République du Congo, la Gambie et le Sénégal.

Au-delà du microbiome, les scientifiques embarqués à bord tenteront d’évaluer l’influence humaine sur l’Atlantique Sud, en mesurant notamment la quantité de microplastiques contenus dans les eaux marines.

« Nous allons remonter le fleuve Congo et le fleuve Sénégal, comme nous l’avons fait avec l’Amazone, pour effectuer des prélèvements et tenter d’évaluer la pollution qui se déverse dans l’océan, poursuit Romain Troublé. Nous voulions aussi remonter le fleuve Orange, mais on ne peut pas y entrer avec Tara. Quoiqu’il en soit, l’idée est aussi de comparer avec la pollution des fleuves européens. »

Coopération entre pays

La mission ne consiste pas seulement à s’intéresser à des micro-organismes ne mesurant parfois pas plus de 0,01 micromètres, mais aussi à bâtir un réseau de scientifiques et à informer sur les enjeux de la protection de l’océan. Conçue en partenariat avec le programme AtlantECO de l’Union européenne et des institutions scientifiques (CNRS, CEA, EMBL), la mission dans son ensemble implique 42 structures de recherches à travers le monde.

En Afrique du Sud, par exemple, l’université du Cap, l’université de Pretoria et le Council of Scientific & Industrial Research sont parties prenantes du projet.

« Il n’existe guère de coopération autour du courant de Benguela entre l’Afrique du Sud, la Namibie et l’Angola, explique Romain Troublé. En embarquant des chercheurs et des doctorants de ces trois pays, nous espérons créer des relations personnelles qui permettent un travail sur le long terme. C’est ce que fait Tara depuis des années et certains se retrouvent depuis dix ans ! »

Quand la goélette atteindra le fleuve Congo, c’est un chercheur de RDC qui montera à bord jusqu’à Matadi. Ce n’est pas toujours simple, les autorités observant d’un œil soupçonneux la présence d’un bateau métallique à la peinture orange dans leurs eaux territoriales.

C’est parfois même impossible : la présence de pirates dans le golfe de Guinée et les recommandations insistantes du Quai d’Orsay contraignent l’équipe à passer bien au large du delta du Niger. Certains n’ont pas oublié la mort du navigateur Sir Peter Blake, assassiné par des pirates dans l’estuaire de l’Amazone en 2001, à bord de ce même bateau qui s’appelait alors le Seamaster…

Escales pédagogiques

Malgré ces contraintes, l’équipe contacte des chercheurs à chaque escale, des ONG locales de protection de l’environnement et, plus généralement, les milieux scolaires, afin d’expliquer sa démarche. À Cape Town, ce sont quelque 800 enfants qui sont montés sur le bateau (conçu pour embarquer 14 personnes !). Au Sénégal, une très longue escale est prévue en septembre qui permettra d’organiser expositions, rencontres, conférences…

Dotée d’un budget annuel de 4 millions d’euros, employant 25 salariés, la Fondation Tara Océan a été créée en 2003 par Agnès Troublé, plus connue sous son nom de styliste Agnès b., et son fils Étienne Bourgois.

« Il a fallu faire notre trou, confie son neveu Romain Troublé. Une styliste de mode qui achète un bateau, ce n’est pas toujours considéré comme quelque chose de sérieux par la communauté scientifique, ça remet en question les modèles établis. Mais le choix de partenariats public-privé s’est montré relativement efficace ces dernières années. Nous sommes à l’origine de quelque 250 publications scientifiques, dont 15 dans Nature, Science ou Cell. »

Au cours de la Mission Microbiomes, les échantillons sont envoyés tous les trois mois en Europe pour analyse. Il faudra sans doute près de deux ans pour en tirer des conclusions.

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