Gatumba : les habitants se protègent avec les moyens de bords

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Gatumba : les habitants se protègent avec les moyens de bords
Gatumba : les habitants se protègent avec les moyens de bords

Africa-Press – Burundi. C’est avec des moyens rudimentaires que les habitants de Gatumba essayent de bloquer les eaux de la rivière Rusizi, sources des inondations répétitives dans cette zone. Et ce, après que le Premier ministre ait annoncé qu’il n’y aura pas de digues. Ces installations ne vont pas tenir longtemps, alerte toutefois un expert en construction.

« Que voulez-vous qu’on fasse ? Quand celui qui devait te protéger te délaisse, tu n’as qu’à prendre les choses en main avec les moyens dont tu disposes. », confie un habitant de Gatumba, rencontré non loin de la Rusizi. Avec d’autres gens de la localité, ils remplissent des sacs de sable comme protection contre la montée de la Rusizi. Des hommes, des femmes, des jeunes, participent tous à ces travaux qui, désormais, se déroulent chaque jeudi et samedi de la semaine.

« Avant, ces journées étaient réservées aux travaux communautaires dans le parc de la Rusizi pour sa protection. On déblayait les sentiers et on en traçait d’autres. Mais, aujourd’hui, il est temps de penser à notre propre protection », confie Edmond Kubwimana, un des participants. Wilson, 19 ans, un des jeunes très impliqués dans ses travaux, déplore le fait que la promesse de construction des digues n’ait pas été honorée : « C’est vraiment décevant. Nous avions espoir que les maisons de nos parents, les champs, etc. seront protégés. Nous avons été étonnés d’entendre de la bouche d’une haute autorité que ces travaux ne seront pas faits. Et là, on n’a pas d’autres choix que de se débrouiller.»

Ce jeune homme est convaincu qu’avec ces sacs remplis de sable, il y aura un léger mieux. Déterminés, les habitants se répartissent en plusieurs groupes. Les uns rassemblent le sable tandis que les autres les remplissent dans des sacs, et le dernier groupe les rangent pour former un mur de protection. « Nous comptons faire un mur d’environ 2 mètres de hauteur. Si Dieu nous prête la force, nous comptons le faire dans chaque endroit où l’eau passe pour envahir nos maisons », raconte un autre jeune. Pour rassembler les gens, il signale que même les associations locales sont impliquées.

La délocalisation, l’option qui ne passe pas Le 7 octobre 2023, à Gitega, lors de l’émission publique des membres du gouvernement, Gervais Ndirakobuca, Premier ministre a déclaré que la solution durable pour Gatumba est la délocalisation. Une idée qui n’est pas du tout partagée par la population : « Où veulent-ils nous emmener ? Nous venons de passer des années et des années ici à Gatumba, et ils parlent de nous délocaliser ? Nous n’irons nulle part. Qu’ils nous aident d’ici », réagit un octogénaire de Gatumba, qui, selon lui, la construction des digues était l’unique solution. Il évoque aussi des habitudes alimentaires : « Les gens de Gatumba sont habitués au poisson, ils vivent pour la plupart de la pêche. Je sais très bien que c’est difficile de s’habituer à d’autres aliments », note cet ancien de Gatumba.

K.B, abonde dans le même sens : « En tout cas, c’est par la force que nous quitterons ici. Pourquoi ne pas nous protéger étant ici ? Que veulent-ils de Gatumba ? On parle de la délocalisation, mais entretemps, on voit des stations-services, des hôtels, des maisons en dur pousser comme des champignons, que visent-ils ? » En plus des digues, il propose le curage de la rivière Rusizi.

Interrogé sur la durabilité de ces travaux que les habitants sont en train d’exécuter, un ingénieur en construction donne sa lecture de faits : « Honnêtement, si la Rusizi venait à déborder, ces sacs de sables ne vont pas résister. Je me rappelle qu’on avait même installé de grosses pierres pour bloquer les eaux, mais, aujourd’hui, elles ne sont plus visibles. Des alluvions les ont enfouies. »

S’exprimant sous couvert d’anonymat, il souligne que « c’est peine perdue ». Pour lui, dans ce contexte des inondations, des pluies torrentielles, la délocalisation est la seule option durable. Seulement, il demande au gouvernement d’être pragmatique : « S’il faut délocaliser ces gens, il faut préparer la zone de délocalisation et le faire vite. Et il faut rassurer ces populations qu’une fois délocalisée, on ne va pas voir d’autres gens s’y installer soi-disant qu’ils sont capables de construire des maisons en durs. Il faut que ça soit par exemple une zone agricole. »

Rappelons qu’une somme de 350 mille dollars avait déjà été collectée pour la construction d’une digue de 2 km de part et d’autre de cette rivière avec une hauteur de 2 m et une largeur de 6 m.

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