Horreur à Nyarumanga : Kelsey, 5 ans, violée et tuée

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Horreur à Nyarumanga : Kelsey, 5 ans, violée et tuée
Horreur à Nyarumanga : Kelsey, 5 ans, violée et tuée

Africa-Press – Burundi. Le mal s’est incrusté jusque dans la moelle osseuse de la société burundaise. Sinon, une fillette de 5 ans n’aurait jamais été violée et tuée dans une indifférence presque criminelle. Cet acte ignoble aurait dû soulever l’indignation dans l’opinion. Kelsey, puisque c’est d’elle dont il s’agit, a été inhumée à la hâte parce que sa famille vit dans la précarité la plus totale. Il n’y aura même pas de deuil pour pleurer sa mort. La terre l’a engloutie, comme si elle n’avait jamais existé. Tout Burundais qui va lire ces lignes devrait se sentir concerné par cette barbarie sans nom qui se banalise de plus en plus.

« Un bout de bois de dieu » s’en est allé, dirait sans doute Ousmane Sembène. L’effroi s’est abattu sur Nyarumanga, un quartier de la zone Buterere. Une fillette a été retrouvée sans vie derrière une maison en construction. Elle a été violée avant d’être tuée, ont lapidairement rapporté quelques médias locaux. Même pas un nom, juste un post envoyé rapidement, avant de passer à autre chose. Sauf que la petite avait un nom, une famille, une histoire. De quoi se poser la question sur ce qui reste d’humain à notre société.

Sommes-nous arrivés à un degré d’insensibilité, de froideur et de cruauté au point que la mort d’une petite fille ne nous arrache même pas une larme de crocodile ? A Nyarumanga, tout est redevenu normal, comme si la petite n’avait jamais existé, comme si elle avait été effacée des vivants parce qu’elle ne méritait pas de vivre parmi eux. Ailleurs, quand cela arrive, c’est toute la ville qui s’émeut, certains médias font même des éditions spéciales pour dénoncer l’infanticide et la criminalité, chiffres à l’appui. Les criminologues se relaient sur les plateaux télé pour expliquer ce qui se passe. Mais hélas, Kelsey ne connaîtra même pas cette compassion posthume. Nous sommes déjà passés à autre chose.

Le forfait Elle s’appelait Kelsey Iteriteka, elle était âgée de 5 ans seulement. Elle était la 5ème d’une fratrie de 6 enfants. Elle avait passé sa journée à la maison, comme à l’accoutumée. Elle aimait jouer près de la maison familiale avec d’autres enfants, et c’est ce qu’elle avait fait toute la journée. Diane Izacahinyeretse est la maman de Kelsey.

Elle raconte : « Ce dimanche, je suis allée au travail très tôt le matin à Sabe où on repique le riz dans les champs. Mon enfant était bien portant. Le soir, vers 18h, je suis revenue du travail, je ne l’ai pas trouvée à la maison, ni chez les voisins. J’ai eu un mauvais pressentiment. Je l’ai cherchée partout, en vain. Il y a une fille amie de la famille qui l’amenait souvent à Kiyange pour y passer la nuit. J’ai gardé l’espoir que c’est cette fille qui est venue la prendre sans m’avertir, à mon absence. Le matin, une voisine est venue me dire qu’on a découvert une fille morte à quelques encablures de chez-nous. Mon cœur a failli s’arrêter. Je suis allée voir et j’ai découvert malheureusement que c’est ma fille »

De la résignation à la place de l’émotionL’histoire est terrible, mais Diane la raconte avec une voix impersonnelle qui fait froid dans le dos. Pas une once d’émotion dans la voix. On dirait que toute cette douleur glisse sur elle pour s’évaporer ensuite. Je parviens à mettre un mot sur ce qu’elle vit : la résignation. « Son père était décédé, il y a 3 ans. Il me reste 5 enfants à nourrir. Qu’est-ce qui pourrait encore m’arriver ? Hier, on a collecté ‘’umusada’’ pour moi. C’est comme ça que j’ai pu enterrer mon enfant à Mpanda. Il me reste quelques sous pour nourrir les enfants pendant deux ou trois jours. Après, il faudra que je retourne bosser. La vie est dure ».

Quand nous lui demandons comment était le corps, elle répète comme un automate : « Elle a été étranglée et on lui a enfoncé le visage dans la boue. Je pense qu’elle a été violée dans un autre lieu et qu’on est venue la tuer là où on l’a trouvée ».

La petite maison de Diane est entourée d’une mare d’eau. Nous nous étonnons qu’il n’y ait pas de gens en train de faire le deuil. Nous lui posons la question. « Vous rigolez, j’espère ! Où voulez-vous que je trouve des moyens pour organiser le deuil ? ». Nous avons honte d’avoir posé la question. Elle enchaîne : « Je n’avais pas d’argent pour payer la morgue. J’ai demandé la permission aux enquêteurs pour enterrer directement ma Kelsey ».

Vous l’aurez compris, le corps de Kelsey a quitté la scène du crime pour le cimetière. Il n’y a pas eu de cérémonies funéraires, ni de deuil. Comme si elle n’avait jamais existé, la maman ne possède même pas une photo de sa fille. Elles lui ont été dérobées.

Contacté, le chef de la zone Buterere a fait savoir que les enquêtes sont en cours, comme souvent dans pareilles circonstances. Au moins 3 suspects auraient déjà été arrêtés.

Repose en paix chère petite Kelsey. Les hommes ont été cruels envers toi. Puisse la terre t’être légère, au moins !

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