Vivre avec 100 mille BIF : une gymnastique périlleuse

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Vivre avec 100 mille BIF : une gymnastique périlleuse
Vivre avec 100 mille BIF : une gymnastique périlleuse

Africa-Press – Burundi. Certains enseignants redoutent la fin des vacances, car ils doivent faire face à un effectif pléthorique d’élèves à gérer. Cependant, pour d’autres, notamment les enseignants volontaires, c’est un soulagement, car cela signifie qu’ils vont enfin percevoir à nouveau leur salaire. En effet, ces derniers ne sont pas rémunérés pendant les vacances. Plongeons dans le portefeuille de Joselyne*

« Finies les vacances. Avec le début d’octobre, je pourrai enfin acheter du lait pour mes enfants », soupire Joselyne*, enseignante volontaire dans une école fondamentale de la commune de Muha. Désemparée, cette mère ne peut retenir ses larmes.

Après un long silence, la brave femme se ressaisit et raconte son calvaire : « Après neuf ans de chômage, l’année dernière, j’ai enfin décroché un poste d’enseignante volontaire, mais cette opportunité ne m’offre qu’une somme dérisoire de 100 000 BIF par mois, sans aucune couverture médicale ni pension de retraite. Même les vacances ne sont pas rémunérées. »

Ce couple vit au-dessus de ses moyens Selon cette femme et mère de trois enfants, ce salaire ne lui permet pas de joindre les deux bouts du mois. « Je ne peux acheter que les couches de mon enfant, du lait et payer la nounou ».

Son mari, Egide* est également enseignant et le seul soutien financier de la famille, mais son salaire mensuel de 200 mille BIF est loin d’être suffisant pour subvenir à tous leurs besoins : « Toutes les charges reposent sur les épaules de mon mari. Regardez, nous habitons dans une maison dépourvue d’eau et d’électricité, faute de revenus suffisants pour payer le loyer », renchérit Joselyne*.

Avec un loyer mensuel de 70 mille BIF à payer, en plus des frais de déplacement, ce couple se retrouve rapidement dans le rouge avant le 20. Son ratio de dépenses dépasse 200 000 BIF, ce qui l’enfonce dans une spirale de découvert.

Pour essayer d’échapper à cette réalité stressante, son mari a développé une habitude peu coûteuse, mais réconfortante : boire deux bières le week-end et discuter avec ses amis. C’est sa façon de se détendre et d’oublier temporairement les soucis financiers qui pèsent sur lui. « Nous sommes pris dans un cercle vicieux de découverts, où nous sommes constamment confrontés à des factures impayées, des dettes accumulées et des dépenses inévitables de la vie quotidienne. Malheureusement, nous ne disposons d’aucune solution miraculeuse pour nous en sortir », confie Joselyne*.

La relation conjugale dans la souffranceMalheureusement, la spirale de difficultés financières perturbe fortement ce couple d’enseignants. Non seulement leur bien-être matériel est en jeu, mais leur équilibre émotionnel et leur relation en tant que couple sont également affectés. « Parfois, les problèmes familiaux nous submergent. On se querelle, on se dispute », déplore Joselyne.

Un jour, Joselyne, pleine d’ambition, décide de se lancer dans le commerce de bananes mûres, pour améliorer leur situation financière. Convaincue que cela pourrait leur apporter un revenu supplémentaire, elle partage son projet avec Egide. Mais ce dernier, préoccupé par le fardeau que cela représenterait pour sa femme, exprime des réserves, craignant que ce commerce épuisant ne porte pas ses fruits et n’ajoute qu’un stress supplémentaire à leur vie déjà difficile. « Il a refusé de me donner le capital nécessaire pour démarrer le commerce.», se remémore-t-elle.

La confiance qui s’érodeDu coup, la tension est montée rapidement entre les deux époux. Joselyne se sentait frustrée, pensant que son idée était la solution tant attendue pour sortir de la précarité. Elle ne comprenait pas pourquoi Egide ne pouvait pas lui faire confiance et lui donner une chance.

De son côté, Joselyne poursuit, son mari était inquiet. « Il voulait me protéger d’éventuels échecs et de difficultés supplémentaires. Il ne voulait pas me voir épuisée et déçue, si le commerce ne fonctionnait pas comme prévu ». Chacun campait sur ses positions, sans trouver de compromis. Leur relation en souffrait de plus en plus.

Finalement, après des jours de silence et de réflexion, Joselyne décida de céder. « J’ai compris que pour améliorer les conditions de vie de notre famille, je devais trouver une autre solution ».

Quel est l’avenir de cette famille ?Une question troublante qui préoccupe cette jeune femme. Après un silence pesant, Joselyne répond avec calme : « Nous nous sentons piégés dans un cercle vicieux, où les dépenses augmentent tandis que nos revenus stagnent. Nous avons des enfants à prendre en charge. Bref, nous sommes coincés. Et nous ne pouvons pas faire marche arrière ».

Joselyne est toujours inquiète de sa capacité à nourrir ses enfants et à assurer leur éducation. « Cela nous empêche de planifier l’avenir et nous enfonce dans le désespoir et la frustration.» Malgré les obstacles auxquels cette famille est confrontée, cette femme est déterminée à lutter pour améliorer sa situation. Elle recherche activement d’autres sources de revenus, tout en essayant de réduire les dépenses au maximum. « Nous espérons que des jours meilleurs viendront et que nous sortirons enfin de cette précarité qui nous secoue tant. »

En attendant, Joselyne et sa famille persistent dans leur combat, unis dans leur quête pour surmonter les épreuves qui les accablent et bâtir un avenir plus prometteur. « Je n’ai pas cédé et je ne céderai jamais. Depuis 2015, je suis des formations pédagogiques. Ma détermination m’incite à avancer, à chercher des opportunités pour sortir de ce calvaire.»

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