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À soixante kilomètres de Zawa, cinq localités de la préfecture de l’Ombella-Mpoko agonisent lentement sous les déchets toxiques déversés par les exploitants d’or venus de Chine.
La préfecture de l’Ombella-Mpoko compte parmi ses zones les plus riches en ressources minières. Zoué, Donmbourou, Quand Bangui, Carrefour et Gbabé forment un chapelet de villages installés à soixante kilomètres de Zawa. Ces localités de la deuxième circonscription de Yaloké attirent depuis plusieurs années des entreprises chinoises venues chercher l’or.
Les coopératives chinoises ont progressivement investi le territoire avec l’aval des autorités. Leur arrivée promettait du développement et des emplois pour les habitants. La réalité s’est vite montrée bien différente de ces belles promesses initiales.
Le député de la deuxième circonscription de Yaloké 2, élu sans interruption depuis 2016 et reconduit en 2020 puis en 2025, joue un rôle central dans cette affaire. Avec dix années de mandat à son actif, il contrôle entièrement la distribution des terres aux compagnies minières. Trois coopératives chinoises travaillent directement pour son compte personnel.
Cet élu se présente comme l’héritier légitime de ces villages. Il affirme qu’un de ses parents a découvert ces terres, ce qui lui donnerait tous les droits sur leur exploitation. Cette logique familiale lui permet de tracer les frontières des concessions et d’attribuer les parcelles sans consulter personne.
Le maire de la zone partage cette vision des choses. Il se trouve que le maire n’est autre que l’oncle paternel du député. Cette parenté solidifie un système où les décisions se prennent au sein d’un cercle restreint, loin des préoccupations de la population.
Les premières victimes de l’exploitation aurifère ont été les rivières. Les mineurs chinois y ont déversé des produits chimiques pour extraire le précieux métal. L’eau potable a rapidement disparu de ces cinq villages, remplacée par un liquide contaminé impropre à toute consommation.
Une fois les cours d’eau épuisés, les exploitants se sont tournés vers les carrières terrestres. Ils ont commencé à creuser directement dans les champs cultivés par les villageois. Les terres agricoles ont été englouties les unes après les autres sans que quiconque puisse s’y opposer.
Les routes ont suivi le même chemin que les champs. Un axe praticable un jour devient le lendemain un gouffre béant rempli de déchets toxiques. Les habitants ne peuvent plus circuler normalement entre les hameaux ni rejoindre leurs cultures restantes.
Ces excavations creusent des fosses profondes qui jalonnent désormais le paysage. Plusieurs personnes y sont tombées et certaines n’en sont jamais ressorties vivantes. Un Pasteur a récemment failli y laisser la vie lors d’une chute accidentelle dans l’un de ces trous.
Des riverains ont réussi à l’extraire de justesse avant de le transporter d’urgence à l’hôpital. Cette histoire confirme le danger quotidien auquel sont exposés les villageois dans leurs propres localités. Chaque déplacement devient une épreuve périlleuse où la mort rôde à chaque coin de chemin.
Les paysans qui tentent de protester essuient des refus catégoriques. Lorsqu’un habitant interpelle un responsable chinois sur la confiscation de son champ, ce dernier brandit son autorisation gouvernementale. Certains exploitants renvoient même les plaignants directement vers le député pour régler le différend.
Les villageois ont tenté de rencontrer leur représentant à l’Assemblée. La réponse du parlementaire a glacé tout le monde: cette affaire ne les regarde pas. Le maire, interrogé à son tour, a tenu exactement le même discours que son neveu.
Privés d’eau potable, les habitants ont frôlé la catastrophe sanitaire. Un commerçant arrivé il y a cinq mois dans la région a pris l’initiative de creuser des forages. Quatre puits ont été installés dans différents points des villages concernés.
Ces installations permettent enfin aux populations d’accéder à de l’eau non contaminée. Sans cette intervention d’un particulier, les cinq mille âmes de ces localités n’auraient eu d’autre choix que de boire l’eau empoisonnée. L’État n’a jamais levé le petit doigt pour résoudre ce problème pourtant vital.
Le député et les exploitants chinois ont promis la construction de ponts en échange de l’acceptation locale. Des sommes rondelettes ont changé de mains entre les autorités et les compagnies minières. Les ouvrages annoncés n’ont jamais vu le jour malgré les engagements répétés.
À Gaga, un pont récemment inauguré a mystérieusement pris feu quelques semaines après son ouverture. Les responsables ont d’abord parlé d’une structure en béton armé moderne et solide. Puis le discours a changé pour évoquer des matériaux en bois qui auraient alimenté l’incendie.
Le gouvernement délivre des permis d’exploitation sans jamais vérifier ce qui se passe ensuite sur le terrain. Les compagnies étrangères reçoivent leurs autorisations puis agissent en toute liberté. Aucun contrôle, aucune inspection, aucune mesure de protection pour les riverains n’accompagne ces concessions minières.
Les enfants de Zoué, Donmbourou, Quand Bangui, Carrefour et Gbabe grandissent dans un environnement saturé de poussières chimiques. Les maladies respiratoires se multiplient chez les plus jeunes comme chez les anciens. Les femmes enceintes mettent au monde des bébés fragiles dont certains ne survivent pas aux premiers mois.
Les autorités locales et nationales ont vendu la santé de leurs concitoyens contre quelques liasses de billets. Cette transaction mortifère se poursuit chaque jour sous les yeux d’une population impuissante. L’or part vers d’autres continents pendant que les villages se vident de leur substance
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