Chine : Xi Jinping, « grand leader du tiers-monde »

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Chine : Xi Jinping, « grand leader du tiers-monde »
Chine : Xi Jinping, « grand leader du tiers-monde »

Africa-Press – Côte d’Ivoire. C’est à la mi-octobre 2022 que, sauf énorme coup de théâtre, le Parti communiste chinois (PCC) va, à l’occasion de son congrès quinquennal, reconduire son secrétaire général, qui est également président de la République populaire de Chine. Xi Jinping entamera alors son troisième mandat à la tête du Parti et du pays, événement jusque-là inédit mais rendu possible par la réforme constitutionnelle de 2018, qui a supprimé toute limitation du nombre de mandats.

La procédure, toutefois, reste complexe, et toutes les règles ne sont pas forcément écrites, comme l’explique Jacques Gravereau, spécialiste de la Chine et président d’honneur de l’Institut HEC Eurasia : « Il faut bien distinguer entre le Parti et la présidence. Pour cette dernière, le verrou des deux mandats a sauté, mais le titre ne fait pas tout. Deng Xiaoping, par exemple, n’a jamais été président officiellement. Il n’était “que” président de la commission militaire du comité central du PCC. »

Pour ce qui est du Parti, poursuit Jacques Gravereau, « une jurisprudence voulait que le “Grand leader” fasse deux mandats puis s’efface à l’âge de 68 ans. Hu Jintao et Jiang Zemin s’y sont conformés, mais, depuis, tout a changé. Grâce à sa grande campagne anti-corruption, Xi Jinping a mis la main sur tous les leviers, il a eu 69 ans en juin et reste au pouvoir. Il faudra observer la composition du comité central, qui sera désigné lors du congrès, et surtout voir qui seront les sept membres du Comité permanent. »

Raidissement
Si la reconduction de Xi Jinping au sommet du PCC doit avoir lieu en octobre, ce n’est qu’en mars prochain qu’il sera théoriquement réélu pour un troisième mandat de président, même si, dans les faits, une fonction ne va pas sans l’autre. La logique des deux reconductions est d’ailleurs la même : elles parachèvent et officialisent un raidissement du régime sans équivalent depuis l’ère Mao. Ce n’est pas un hasard si, en plus de supprimer la limitation du nombre de mandats, la révision de 2018 a fait entrer « la pensée de Xi Jinping » dans la Constitution.

Il n’empêche : derrière cette apparente stabilité politique et institutionnelle, la Chine traverse des turbulences dont le président devra tenir compte. L’époque où le PIB croissait de 8% à 10% par an semble loin. De nombreux secteurs d’activité donnent d’inquiétants signes d’essoufflement, à commencer par l’immobilier : Evergrande, l’un des principaux groupes, accumule près de 300 milliards de dollars de dettes et est au bord de la faillite depuis des mois. Longtemps florissant, le secteur technologique a été miné par des réglementations de plus en plus strictes et par des mises en garde du pouvoir à l’égard de ses dirigeants.

« Loups combattants »
Sur le plan diplomatique, les deux premiers mandats de Xi Jinping ont été marqués par l’expression de prétentions nouvelles en mer de Chine ou à l’égard de Taïwan, par une volonté affichée de prendre pied sur d’autres continents – l’Afrique en particulier – et par une certaine agressivité, symbolisée par la fameuse génération des « loups combattants », ces jeunes diplomates chargés de faire valoir plus fermement le point de vue de Pékin.

Sur tous ces fronts, la Chine est néanmoins confrontée à des obstacles. Au moment où les difficultés de la Russie en Ukraine démontrent qu’aucune guerre n’est facile à mener, aussi déséquilibré que soit le rapport des forces, elle se heurte au soutien sans faille de Washington à Taïwan. Aux Nations unies, un récent rapport sur le traitement que Pékin réserve à sa minorité ouïghoure évoque de « possibles crimes contre l’humanité » et écorne l’image de la deuxième puissance mondiale, tout comme l’avait fait, par ailleurs, sa gestion peu concluante de la pandémie de Covid-19. Le projet des « nouvelles routes de la soie », enfin, porté par Xi Jinping en personne et censé symboliser les ambitions planétaires de la Chine, n’est plus omniprésent dans les discours officiels et semble marquer le pas.

AVEC L’AFRIQUE, AFFLEURE UN DÉBUT DE DÉSENCHANTEMENT

En Afrique aussi, la position de Pékin paraît moins affirmée qu’il y a cinq ou dix ans. Bien sûr, lors du sommet sino-africain (Focac) organisé à Dakar, à la fin de 2021, l’heure était encore aux grandes déclarations. Xi Jinping – qui se considère comme le « grand leader du tiers-monde » – y proclamait l’ « amitié indéfectible dans la lutte contre le colonialisme », la « solidarité à toute épreuve » et la « communauté d’avenir partagée » entre le continent et la Chine. Le président sénégalais Macky Sall, hôte de l’événement, renchérissait en saluant « une longue tradition d’amitié cordiale », tandis que le Congolais Félix Tshisekedi, alors président en exercice de l’UA, vantait « un partenariat exemplaire à maints égards ».

Derrière les formules diplomatiques, pourtant, affleurait ce qui ressemble à un début de désenchantement. Côté africain, on demandait avec insistance une plus grande ouverture du marché chinois aux produits du continent et une gestion plus sérieuse des prêts afin d’éviter d’ultérieurs problèmes de surendettement. Côté chinois, l’heure était clairement à un passage de témoin aux entreprises privées, les pouvoirs publics estimant que l’effort financier consenti lors des précédents Focac avait été plus que substantiel. « Dernier problème qu’il ne faut pas minimiser, note un diplomate : la porte d’entrée des Chinois en Afrique a longtemps été l’Éthiopie. Et, compte tenu des événements qui s’y déroulent, cela devient très compliqué pour eux. »

Effacement de dettes africaines
Plusieurs annonces récentes prouvent cependant que le lien reste fort. Durant ces derniers mois, trois hauts responsables de la diplomatie chinoise ont sillonné le continent, visitant 14 pays, tandis que deux conférences Chine-Afrique portant sur les questions de paix et de sécurité étaient organisées. Le 18 août, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères, a renoncé à demander le remboursement de 23 prêts octroyés à 17 États africains. Il a par ailleurs annoncé la redirection vers le continent de droits de tirage spéciaux (DTS) pour un montant de 10 milliards de dollars. Quelques jours plus tôt, les taxes douanières sur les importations en provenance de neuf pays du continent avaient été supprimées.

Sur le plan diplomatique, l’Afrique reste en effet un enjeu majeur pour Pékin, qui espère pouvoir, au sein des instances internationales, compter sur le soutien d’un maximum de pays. Aux déclarations de capitales africaines soulignant leur attachement au « principe d’une seule Chine » – c’est-à-dire au rattachement de Taïwan –, les autorités chinoises répondent donc par des appels à donner à l’Afrique un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies et une place au G20.

C’est aussi à cette aune qu’il faudra observer la composition du Comité central permanent qui sortira du congrès du PCC. Faucons ou colombes ? Apparatchiks ou diplomates ? « Xi est dur et dogmatique, mais il est conscient de la situation. Maintenant qu’il a la mainmise sur le parti, je parierais plutôt sur la nomination de personnalités plus pragmatiques », prédit Jacques Gravereau.

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