Pétrole : pourquoi les pays producteurs africains ressortent les projets de raffineries des cartons

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Pétrole : pourquoi les pays producteurs africains ressortent les projets de raffineries des cartons
Pétrole : pourquoi les pays producteurs africains ressortent les projets de raffineries des cartons

Africa-Press – Côte d’Ivoire. Pays producteur depuis le milieu des années 1990 après la découverte d’importants gisements d’hydrocarbures, la Guinée équatoriale vient d’annoncer son intention de mettre en place les installations de raffinage. Associée aux chinois CRCC et CIRDL, la compagnie nationale équato-guinéenne de pétrole (Gepetrol) a signé, à la mi-août, un accord-cadre pour le financement et la construction d’une raffinerie « aux standards internationaux ».

C’est dans « les plus brefs délais » que devrait démarrer la construction de cette infrastructure, qui sera financée par Gepetrol (44 %) et ses partenaires chinois (56 %) et transformera 20 000 barils de brut par jour. En Guinée équatoriale où la consommation interne en 2020 était comprise entre 5 000 et 10 000 barils/jour, les autorités entendent répondre localement à la hausse de la demande en produits raffinés.

Dépendance aux importations de carburants
En Afrique, les pays producteurs, à l’image du Nigeria – leader sur le continent –, du Cameroun ou encore du Ghana, importent les carburants qu’ils consomment. Une opération très coûteuse, notamment dans le contexte actuel, qui connaît et la volatilité des cours du pétrole et la flambée des frais du fret maritime.

Très dépendant de l’importation des carburants, l’État camerounais est désormais lui aussi à la recherche de nouveaux partenaires pour relancer la Société nationale de raffinage (Sonara), unique raffinerie du pays. À l’arrêt depuis que ses différentes unités ont été ravagées par un incendie en mai 2019, à Limbé, la Sonara fait l’objet d’un plan prioritaire de réhabilitation, de restructuration et de modernisation dans le cadre d’un partenariat public-privé pour la transformation du brut lourd camerounais.

Engagé dans un projet de raffinerie à Soyo, l’Angola, troisième producteur de brut sur le continent, a, quant à lui, inauguré en juillet dernier une nouvelle unité de production pour quadrupler les capacités de sa seule raffinerie, située à Luanda. Au Congo, en attendant la visite en septembre du nouveau secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), Haitham Al-Ghais, les autorités étudient, avec le responsable koweïtien, le développement de raffineries plus performantes et le renforcement de stockage de produits raffinés.

« Exporter du brut représente une option intéressante au vu de la volatilité des cours. Néanmoins, la présence d’une raffinerie élargirait évidemment les options », souligne l’expert pétrolier Francis Perrin. De fait, un peu partout sur le continent, les chantiers se multiplient pour les mêmes raisons : limiter le risque de pénurie de carburants à la pompe – comme cela a été le cas ces derniers mois dans plusieurs pays – et mieux contrôler les dépenses publiques dans ce domaine.

Trop-plein de subventions
Au Cameroun, où la facture de subvention des produits pétroliers est passée de 265 milliards à 625 milliards de F CFA (de 400 millions à 945 millions d’euros) lors de l’adoption de la loi de finances rectificative en juin, le Fonds monétaire international (FMI), très critique des politiques de subventions aux dérivés pétroliers, tire la sonnette d’alarme. L’institution de Bretton Woods déplore une situation « inquiétante » dans plusieurs pays africains. Ainsi, au Gabon, cinquième producteur pétrolier en Afrique subsaharienne, le FMI, après avoir exigé l’audit des installations de la Société gabonaise de raffinage (Sogara), seule raffinerie du pays, a remis la suppression de l’enveloppe des subventions des hydrocarbures sur la table des négociations.

« Les États africains, auparavant majoritairement sourds aux recommandations du FMI, finiront par accepter de baisser, voire d’arrêter les subventions des hydrocarbures en raison du contexte pétrolier mondial », estime Honore Justin Monomode, expert camerounais en intelligence économique, selon qui « seuls le mix énergétique et les installations pétrolières capables de transformer le brut local pourraient éviter une inflation galopante ou encore une paralysie des économies africaines ».

Au moment où la guerre menée par la Russie en Ukraine fait valser les cours des produits pétroliers et où les institutions financières internationales se montrent inquiètes en raison de l’impact de cette situation sur les finances publiques, le raffinage de l’or noir en terres africaines constitue une démarche « stratégique ». Cette opération permettra aux États producteurs d’atteindre un triple objectif, explique à Jeune Afrique Fouad Douiri, ancien ministre marocain de l’Énergie et des Mines : « Améliorer les recettes budgétaires, alléger le coût des dépenses énergétiques, mais surtout, sécuriser l’approvisionnement en hydrocarbures et subvenir aux besoins en produits dérivés. »

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