Africa-Press. Les sessions du Parlement africain se poursuivent à Midrand, en Afrique du Sud, pour leur deuxième jour dans le cadre de la session extraordinaire, consacrée à la finalisation des structures organisationnelles, à l’élection d’un nouveau bureau et à l’élection du président du Parlement africain, conformément au principe de rotation géographique. Cette fois-ci, la présidence revient à l’Afrique du Nord.
Les sessions discutent également des moyens de renforcer le rôle de surveillance du Parlement sur les institutions de l’Union africaine et examinent les rapports des commissions permanentes concernant la sécurité, la paix et l’intégration économique continentale.
Un nouveau leadership pour le Parlement devrait être élu demain par vote secret, ce qui reflétera les contours de la prochaine phase dans le parcours du Parlement africain au cours des trois prochaines années.
Le nouveau président succédera à Fortune Charumbira, qui a dirigé le Parlement en tant que représentant de la région du Sud jusqu’en février 2026, à un moment crucial où le Parlement cherche à consolider sa position au sein de l’Union et à renforcer sa présence politique.
Vers une nouvelle phase
Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssef, a déclaré lors de la séance d’ouverture que la Commission a une vision institutionnelle future visant à permettre au Parlement de retrouver pleinement son rôle en tant qu’un des principaux organes de l’Union.
Ali Youssef a reconnu que l’historique des relations entre la Commission et le Parlement a été marqué par des tensions, et il s’attend à un nouveau départ de coopération, soulignant qu’il existe une réelle volonté politique au sein de la nouvelle Commission d’améliorer la coordination avec le Parlement. Il a précisé que cette amélioration dépendra principalement du leadership parlementaire qui sera élu et de la coopération de la direction de la Commission avec celui-ci.
Quatre noms se distinguent dans la course à la présidence:
L’égyptien Sherif El-Gabaly, président de la Commission des affaires africaines à la Chambre des députés, actif dans les dossiers de coopération économique.
L’algérien Fethi Bouatba, l’un des visages actifs au sein du Parlement africain.
Le marocain Lahcen Haddad, ancien ministre qui a occupé le portefeuille du tourisme entre 2013 et 2016, avant de continuer à s’impliquer dans le travail parlementaire et diplomatique.
Le libyen Youssef Al-Fakhri, soutenu officiellement par le Conseil des députés libyens dans le cadre de la tentative de son pays de retrouver sa place au sein des institutions continentales.
Le Parlement africain est composé de membres choisis parmi les parlements nationaux, avec cinq députés par pays, tout en exigeant la présence d’au moins une femme dans chaque délégation, garantissant ainsi une représentation féminine dans la composition, même si cela ne s’étend pas au niveau de la direction. Tous les candidats à la présidence sont en effet des députés nationaux dans leurs parlements respectifs, après avoir satisfait aux conditions légales et prêté serment.
Le bureau du Parlement africain est composé d’un président et de quatre vice-présidents représentant les cinq régions, avec l’exclusion de la région qui remporte la présidence du poste de vice-président durant la même session. Les quatre vice-présidents sont choisis par consensus au sein de leurs régions ou par vote interne, avant d’être validés lors de la séance plénière.
Mécanismes de consensus régional
Bien que les candidats soient nombreux, les règles de fonctionnement au sein du Parlement limitent l’impact de la concurrence publique, car la région des États du Nord africain doit présenter un seul candidat à la séance plénière. Cette question est tranchée dans ce que l’on appelle les coulisses régionales, où des consultations intensives ont lieu ou un vote interne est organisé en cas d’absence de consensus, faisant des coulisses le véritable théâtre de la décision, et non la salle de vote.
Ce mécanisme rappelle ce qui s’est passé lors des élections de 2024, lorsque la région du Sud n’a pas réussi à s’accorder sur un candidat unique, ce qui l’a amenée à recourir à un vote interne entre des candidats du Zimbabwe et de la Zambie, se soldant par le choix d’un candidat zimbabwéen qui a ensuite été présenté comme candidat unique et élu sans véritable concurrence. C’est un modèle qui reflète un schéma stable où la séance plénière devient une étape pour valider un résultat déjà formulé au sein de la région.
Parallèlement aux regroupements régionaux, le caucus féminin émerge comme une coalition de femmes députées qui œuvre à renforcer la présence des femmes et à promouvoir leur représentation dans les postes de décision. Cependant, son influence reste davantage politique que légale, car il n’a pas le pouvoir d’imposer des candidates ou de déterminer les résultats des élections.
Les indicateurs actuels ne montrent pas de tendance organisée au sein de la région du Nord pour proposer une candidate à la présidence, et le processus électoral n’est soumis à aucun principe obligeant à alterner entre un homme et une femme au poste de président ou de vice-présidents, comme cela se produit dans les élections du président de la Commission de l’Union et de son vice-président ainsi que de six commissaires. Les critères régissant les élections du Parlement africain reposent sur des équilibres régionaux et des consensus politiques.
La bataille pour la présidence du Parlement africain
Selon la nature des élections au sein du Parlement africain, l’équation ne se résout pas par le nombre de noms proposés, mais par la capacité de chaque candidat à trancher dans les coulisses de la région du Nord, c’est-à-dire le bloc régional qui a le dernier mot avant d’arriver à la séance de vote à Midrand.
La région de l’Afrique du Nord au sein de l’Union africaine est composée de sept pays, représentant environ 35 députés (cinq députés par pays) au sein du Parlement, un chiffre qui façonne l’équation décisive au sein de la région.
Cependant, le scénario le plus probable jusqu’à présent ne laisse pas présager de consensus rapide, mais plutôt des négociations complexes entre quatre pays principaux de la région: l’Égypte, l’Algérie, le Maroc et la Libye, tandis que les voix des autres pèseront dans la balance des concurrents.
Selon les observateurs, la clé de la victoire ne réside pas dans la séance plénière du Parlement, mais dans la capacité à obtenir une majorité au sein des 35 députés de la région du Nord, puis à se rendre au Parlement africain qui tranchera le choix par vote secret. Dans ce contexte, les élections à la présidence du Parlement africain semblent être plus qu’une simple course entre des noms, mais un test de la capacité de la région du Nord à produire un consensus politique interne au milieu de fortes polarités et divisions.
Bien que la concurrence entre les pays arabes d’Afrique du Nord soit intense, il est certain que la présidence du Parlement panafricain sera arabe et sera occupée par un parlementaire arabe, après que la présidence de la Commission de l’Union africaine ait été confiée à Mahmoud Ali Youssef de la région de l’Afrique de l’Est, qui est également le premier arabe à diriger la Commission africaine.
Le Parlement africain a été établi en 2004 en tant qu’un des organes de l’Union africaine, et il tient deux sessions ordinaires par an, en plus des sessions extraordinaires si nécessaire. Son siège permanent est à Midrand, en Afrique du Sud, où se déroule également le vote officiel.





