Les Projets de Ruto Vont-Ils ÉChouer aux ÉLections?

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Les Projets de Ruto Vont-Ils ÉChouer aux ÉLections?
Les Projets de Ruto Vont-Ils ÉChouer aux ÉLections?

Africa-Press. Les élections partielles qui se sont tenues la semaine dernière dans l’une des circonscriptions de la région du Mont Kenya ont redessiné le paysage politique du pays, après que le parti au pouvoir, dirigé par William Ruto, a subi une lourde défaite face au parti « Démocratie pour le peuple ». L’importance de ce résultat ne réside pas seulement dans la perte d’un siège parlementaire, mais aussi dans le fait qu’il s’est produit dans la région qui représente le principal réservoir électoral du président, à un moment où les forces politiques commencent à tester les rapports de force avant les élections générales prévues en 2027.

Cette issue soulève une question qui dépasse les limites de la circonscription électorale: la stratégie du gouvernement, fondée sur l’intensification des projets de développement et la présentation d’un bilan de réalisations, est-elle encore capable de convaincre l’électeur kényan, ou les pressions économiques sont-elles devenues le facteur le plus influent dans ses choix?

La commission électorale indépendante a annoncé la victoire du candidat du parti « Démocratie pour le peuple » avec 35 440 voix, soit plus de 80 % des suffrages, contre seulement 5 450 voix pour le candidat du parti au pouvoir, un résultat qui reflète un écart considérable difficile à expliquer uniquement par des facteurs locaux ou organisationnels, mais qui ouvre la porte à une lecture plus large des tendances de l’humeur générale.

Le pari du gouvernement: l’accomplissement avant les promesses

Depuis l’arrivée de William Ruto au pouvoir, son gouvernement a tenté d’ancrer un discours selon lequel le critère de gouvernance devrait être le volume des projets réalisés plutôt que la densité des promesses électorales. Cette vision repose sur l’idée que l’électeur récompensera le gouvernement s’il constate une amélioration des infrastructures et des services publics, même si les résultats de ces projets mettent du temps à se traduire par une amélioration du niveau de vie.

Dans ce contexte, un site d’information a souligné que le gouvernement considère les nouvelles routes, les marchés, les projets de logement, l’électrification, les réseaux d’eau, les hôpitaux et les nouvelles salles de classe comme un capital politique, pouvant servir de preuve de l’engagement pris lors de la précédente campagne électorale.

Cela explique la présence intensive des responsables gouvernementaux dans les zones où se déroulent des élections partielles, ces élections devenant un test pratique de la capacité du gouvernement à transformer son bilan en voix électorales.

Une campagne gouvernementale intense… et un résultat inverse

Cependant, ce qui s’est passé dans cette circonscription a révélé les limites de ce pari.

Selon un quotidien, la région a connu, au cours des deux mois précédant le scrutin, un afflux notable de projets et de dons gouvernementaux. Plusieurs hauts responsables, dont des ministres, l’ont visitée, et des bateaux de pêche, des bouteilles de gaz subventionnées et des matelas ont été distribués, parallèlement au lancement de projets de routes, de marchés, d’électricité et d’eau.

D’un point de vue politique, il est difficile de dissocier cette activité gouvernementale de l’atmosphère électorale, même si un responsable de la commission électorale a affirmé que ces initiatives ne s’apparentaient pas légalement à de la corruption électorale, une déclaration qualifiée de controversée par le quotidien.

Ce débat reflète un problème récurrent dans les démocraties émergentes, où il devient difficile de distinguer entre le droit du gouvernement à réaliser des projets de développement et l’utilisation de leur timing à des fins électorales.

Il est paradoxal que cette stratégie ait aidé le parti au pouvoir à remporter d’autres élections partielles en novembre 2025, ce qui signifie que cet outil ne produit plus les mêmes résultats, ou que les conditions politiques et économiques qui l’entourent ont clairement changé.

L’économie rivalise avec l’infrastructure

Malgré l’importance des projets gouvernementaux, ils font face à un concurrent plus présent dans l’esprit de l’électeur, à savoir les conditions de vie quotidiennes.

Un site d’information estime que l’infrastructure seule pourrait ne pas être le facteur déterminant lors des prochaines élections, car une large part des Kényans continue de faire face à la hausse du coût de la vie, à l’augmentation des charges fiscales, à des taux de chômage élevés et à une baisse du revenu réel.

C’est ici que se dessine le paradoxe fondamental auquel la campagne de Ruto pourrait être confrontée. Le gouvernement présente des réalisations à long terme, tandis que le citoyen évalue sa performance selon des indicateurs à court terme touchant à sa vie quotidienne, tels que les prix des denrées alimentaires et des combustibles, sa capacité à payer les frais de scolarité et son niveau de revenu par rapport au coût de la vie.

Cette divergence entre la perspective du gouvernement et celle de l’électeur pourrait devenir l’un des principaux axes du conflit électoral en 2027.

Alors que le pouvoir cherchera à présenter les projets comme un investissement dans l’avenir du pays, l’opposition s’efforcera de redéfinir le concept de réalisation, en affirmant qu’aucune nouvelle route, aucun projet de logement ou aucune centrale électrique n’aura de valeur politique si le citoyen reste incapable d’acheter ses besoins essentiels.

Ainsi, la compétition entre le gouvernement et l’opposition ne se limite pas à une simple comparaison de programmes électoraux, mais devient une confrontation entre deux récits différents pour évaluer la performance gouvernementale.

Le discours de Ruto… ancrage du récit officiel

Un jour après l’annonce des résultats des élections, William Ruto semblait soucieux de ne pas transformer la défaite en crise politique.

Il a appelé les dirigeants à se concentrer sur le travail après les élections, affirmant que l’essentiel est d’améliorer la vie des citoyens, et que les politiciens seront jugés en 2027 sur leur bilan et l’impact qu’ils ont eu sur la vie des gens.

Ce discours reflète l’attachement du président au récit adopté par son gouvernement depuis le début de son mandat, selon lequel la performance exécutive restera le facteur déterminant lors des prochaines élections, et que l’électeur, en fin de compte, comparera ce qui a été réellement accompli aux promesses de l’opposition.

Cependant, le résultat des élections partielles indique que ce pari nécessite plus que la simple finalisation des projets, si le citoyen ne ressent pas leur impact direct sur son niveau de vie.

Pourquoi le Mont Kenya est-il important?

L’importance de ce résultat augmente si l’on considère le poids politique de la région du Mont Kenya.

Cette région représente le plus grand bloc de vote individuel du pays, ayant voté pour le candidat présidentiel gagnant lors de cinq des sept élections présidentielles depuis 1992, et elle a également accordé à William Ruto plus de 40 % du total des voix qu’il a obtenues lors des élections de 2022.

C’est pourquoi les politiciens au Kenya considèrent tout changement dans l’humeur électorale au sein de la région comme un indicateur précoce qui pourrait se refléter lors des élections générales.

Un quotidien indique que l’humeur anti-Ruto semble plus évidente dans les provinces occidentales de la région, tandis que cette tendance a légèrement diminué dans les provinces orientales après la nomination de Kithuri Kindiki comme vice-président, ce qui reflète l’influence continue des équilibres locaux et tribaux dans la formation de la carte électorale.

Cela signifie que le gouvernement ne fait pas face à un rejet uniforme au sein de la région, mais en même temps, il ne bénéficie plus du consensus qui a donné à Ruto un fort élan lors des élections de 2022.

L’opposition tire parti du résultat

En revanche, ces élections donnent un coup de pouce politique important à Rigathi Gachagua, l’ancien vice-président qui a été destitué en 2024 et qui dirige actuellement le parti vainqueur des élections partielles.

Bien que Gachagua ne soit toujours pas éligible pour se présenter à la présidence à moins que les tribunaux n’annulent sa destitution, la victoire de son parti renforce sa position au sein de l’opposition et augmente ses chances de jouer un rôle de « faiseur de rois » en influençant le choix d’un candidat unifié de l’opposition.

Il est frappant de noter que Gachagua avait tenté avant le scrutin de minimiser l’importance des élections, les qualifiant de simples élections partielles, mais le résultat lui a conféré un poids politique bien plus important que prévu, car il est devenu un indicateur de la capacité de l’opposition à pénétrer l’un des bastions électoraux les plus importants du président.

Le résultat représente-t-il un véritable indicateur?

Malgré l’élan politique qui a accompagné les élections, l’interprétation de leurs résultats nécessite une certaine prudence.

Un quotidien a noté que le taux de participation était de 57 %, inférieur à celui des élections générales de 2022 qui était de 65,4 %, mais supérieur d’environ 16 points de pourcentage à la moyenne de participation lors des dix élections partielles précédentes.

Cela signifie que l’affluence était élevée par rapport aux élections partielles habituelles, ce qui confère au résultat une plus grande crédibilité en tant qu’indicateur politique, mais cela ne le rend pas nécessairement une version miniature des élections générales, qui diffèrent par la nature de la compétition, le niveau de mobilisation, les alliances et les questions soulevées.

De plus, les électeurs lors des élections partielles utilisent souvent leur vote pour adresser des messages de protestation au gouvernement, sans que cela signifie nécessairement qu’ils voteront de la même manière lorsqu’il s’agit de choisir un président.

Un test précoce pour la bataille de 2027

En somme, les élections partielles au Mont Kenya semblent être plus qu’une simple compétition pour un siège parlementaire, car elles ont constitué un test précoce de la stratégie sur laquelle compte le président William Ruto en vue des élections de 2027.

Le résultat a montré que les projets gouvernementaux, bien qu’importants, ne suffisent pas à garantir le soutien populaire si les pressions économiques continuent d’affecter la vie des citoyens. Il a également révélé que l’opposition commence à disposer d’outils plus efficaces pour tirer parti du mécontentement populaire, notamment dans des zones qui étaient considérées jusqu’à récemment comme des bastions solides du président.

Ainsi, la question principale lors des prochaines élections pourrait ne pas être le volume des réalisations du gouvernement en matière de routes, de marchés et de projets, mais plutôt la capacité de ces réalisations à convaincre l’électeur que sa vie s’est réellement améliorée. Si l’écart persiste entre les indicateurs de développement présentés par le gouvernement et les perceptions économiques vécues quotidiennement par le citoyen, le pouvoir pourrait se retrouver face à une bataille électorale beaucoup plus difficile que prévu avant ces élections partielles.

Source: Africa Press

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