Le Groupe Boko Haram Réimpose‐t‐il Sa Présence au Nigeria?

19
Le Groupe Boko Haram Réimpose‐t‐il Sa Présence au Nigeria?
Le Groupe Boko Haram Réimpose‐t‐il Sa Présence au Nigeria?

Africa-Press. Une vague d’attentats-suicides a ravivé le spectre de la guerre ouverte à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno dans le nord-est du Nigeria, après des années de calme relatif qui en avait fait un symbole du recul de l’influence de Boko Haram dans son bastion historique.

Les trois attaques simultanées qui ont frappé la ville en mars dernier, faisant 23 morts et plus d’une centaine de blessés, selon un communiqué de la police locale, marquent un tournant qui remet les groupes armés du bassin du lac Tchad au premier plan de la scène sécuritaire africaine, alors que des attaques de plus petite envergure se poursuivent dans les zones rurales environnantes et que les avertissements officiels sur la répétition du scénario se multiplient.

Aucune entité n’a revendiqué les opérations qui ont frappé les environs de l’hôpital universitaire, du marché central et de la zone du bureau de poste, selon une source locale, mais l’armée nigériane les a qualifiées de tentatives coordonnées par des combattants soupçonnés d’appartenir à Boko Haram, visant à infliger de lourdes pertes humaines.

Guerre des factions et déséquilibre des forces

Maiduguri a longtemps été considérée comme une “oasis de calme relatif” après des années de pic de violence au milieu de la dernière décennie, le dernier grand attentat sur la ville remontant à 2021, lorsque des combattants de Boko Haram ont tiré des obus de mortier, tuant dix personnes, selon une source locale.

Cependant, décembre 2025 a marqué le début de la rupture de ce calme, lorsqu’une explosion – non revendiquée par une entité connue – a ciblé l’une des mosquées de la ville, faisant au moins sept morts, selon la même source. Les données de l’organisation américaine ACLED sur les conflits classent les attaques de mars dans la catégorie de la cinquième vague d’attentats-suicides depuis le début de 2026.

Pour comprendre le retour des attentats-suicides précisément à ce moment, il est nécessaire de revenir à la scission qui a divisé le mouvement “djihadiste” dans le bassin du lac Tchad en 2016 en deux factions: “le groupe des gens de la sunna pour la prédication et le djihad” connu sous le nom de Boko Haram, dirigé par Abubakar Shekau, et “l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest” affiliée à l’État islamique.

Selon une analyse d’un groupe de crise international, les deux factions ont construit des modèles de gouvernance contradictoires: un modèle bureaucratique plus discipliné qui évite de cibler les musulmans non-combattants chez l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest, contre un modèle offensif violent qui ne fait pas de distinction entre les civils chez Boko Haram.

Depuis la mort de Shekau en mai 2021 lors d’une attaque menée par l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest dans la forêt de Sambisa, cette dernière semblait renforcer sa domination. Cependant, l’équation a basculé entre le 5 et le 8 novembre 2025, lorsque des combattants de Boko Haram – selon la documentation d’un magazine spécialisé dans les affaires militaires africaines – ont mené une invasion maritime sur les bases de l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest dans les îles du lac Tchad, faisant près de deux cents morts parmi ses membres.

Dans ce contexte, les analystes interprètent le retour des attentats-suicides dans les centres urbains. Alors que l’aile issue de Shekau, dirigée aujourd’hui par Ibrahim Bakura Doro selon un document de recherche d’un institut allemand des affaires internationales et de sécurité, est restée incapable de réaliser une percée civile dans les grandes villes où l’armée nigériane mène sa campagne dans le cadre de l’opération Hadin Kai.

Dans une analyse publiée par une plateforme spécialisée, des experts décrivent les récentes attaques comme des “actes de désespoir” de la part de Boko Haram pour prouver sa continuité face à un concurrent qui le surpasse structurellement et organisationnellement.

L’analyste Confidence Mkahari d’un centre de renseignement a déclaré dans une interview que l’armée s’est concentrée ces derniers mois sur la traque de l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest, permettant ainsi aux cellules de Boko Haram dans les environs de Maiduguri de se repositionner, ajoutant que la ville est restée vulnérable malgré le calme apparent, car les attaques dans les zones rurales environnantes n’ont jamais cessé.

Une dimension régionale à ne pas négliger

Ces développements interviennent alors que Washington a commencé à déployer environ 200 soldats au Nigeria en février 2026 pour fournir un soutien technique et de formation aux forces locales. Ils coïncident également avec des rapports indiquant que l’organisation de la province de l’Afrique de l’Ouest utilise des techniques avancées, y compris l’intelligence artificielle et des drones, dans ses opérations médiatiques et militaires.

Il semble que l’équation dans le bassin du lac Tchad ne repose plus sur “un État contre une organisation”, mais sur trois parties qui se disputent le contrôle de l’espace, des ressources et de la légitimité locale. Dans cette compétition triangulaire, les civils à Maiduguri et dans ses villages environnants restent le maillon le plus faible, payant le prix des tactiques qui refont surface chaque fois que l’équilibre des forces est rompu.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici