Africa-Press. Les autorités militaires du Burkina Faso ont fermé la grande mosquée affiliée au mouvement sunnite dans la capitale Ouagadougou “jusqu’à nouvel ordre”, suite à des manifestations contre l’arrestation de son imam, le prédicateur Mohamed Ishaq Kindo, qui avait critiqué un projet de loi concernant les libertés religieuses.
Le gouverneur de la province du Kadiogo, Abdallah Basinga, a pris un arrêté ordonnant la fermeture de la mosquée située dans la zone des activités commerciales et administratives “Zaka”, au cœur de la capitale, justifiant cette décision par des “risques menaçant l’ordre public”.
La décision est entrée en vigueur immédiatement, et des éléments de la police ont été chargés de son application, selon l’arrêté administratif.
Cette fermeture est survenue après plusieurs jours de tensions suite à l’arrestation de l’imam et prédicateur sunnite Mohamed Ishaq Kindo, connu pour ses critiques à l’égard de certaines politiques du pouvoir militaire en place.
Un certain nombre de partisans de l’imam se sont rassemblés devant la mosquée pour demander sa libération, avant que les forces de sécurité n’interviennent pour disperser les manifestants.
Selon une source sécuritaire, les autorités ont arrêté environ une centaine de partisans de l’imam, les transférant dans un camp des forces de sécurité pour ce que les autorités ont qualifié de “formation civique et citoyenne”.
Le prédicateur Mohamed Ishaq Kindo avait récemment critiqué un projet de loi visant à renforcer le contrôle sur l’exercice des libertés religieuses au Burkina Faso, alors que le pays fait face à une intensification des restrictions politiques et sécuritaires depuis l’arrivée au pouvoir du conseil militaire.
Le débat actuel porte sur un projet de loi approuvé par le conseil des ministres burkinabé le 19 mars dernier, visant à réglementer l’exercice des rites religieux dans les lieux publics, y compris les administrations gouvernementales, les hôpitaux et les casernes militaires.
Ce projet a suscité une large colère, notamment parmi les musulmans sunnites, qui estiment que la loi pourrait restreindre la liberté des employés et des citoyens à prier dans les institutions officielles.
Le prédicateur Mohamed Ishaq Kindo est l’une des voix les plus critiques à l’égard de ce projet, l’ayant vivement dénoncé dans des vidéos circulant sur les réseaux sociaux, où il considère que l’interdiction de prier dans les lieux publics constitue une atteinte à la liberté de culte.
De plus, dans une première réaction officielle des institutions islamiques, l’Union des associations islamiques du Burkina Faso a publié un communiqué confirmant que l’imam Mohamed Ishaq Kindo avait été arrêté mardi après-midi, précisant que les raisons de son arrestation n’avaient pas été officiellement communiquées à l’union au moment de la publication du communiqué.
L’union a déclaré qu’elle avait immédiatement commencé à communiquer avec les autorités compétentes pour obtenir des informations précises et travailler à une “résolution positive” de l’affaire, appelant les musulmans à faire preuve de calme et de retenue et à ne pas diffuser d’informations non vérifiées.
Elle a également exhorté les responsables des coordinations islamiques dans différentes régions à sensibiliser les citoyens à la nécessité de respecter les institutions de l’État et de préserver la paix sociale.
L’arrestation du prédicateur Kindo fait suite à celle d’un autre imam dans la ville de Bobo Dioulasso, nommé Mahmoud Baro, dans des circonstances similaires, et il y a eu le décès de l’activiste électronique Mohamedi Bagouyan après son arrestation par la police en mars dernier.
Ces événements suscitent des inquiétudes croissantes dans le pays quant à l’élargissement des tensions entre les autorités et certaines voix religieuses et activistes, surtout dans un contexte de sensibilité autour des libertés religieuses dans un pays confronté à des défis sécuritaires complexes liés à la lutte contre les groupes armés.
En l’absence d’éclaircissements officiels détaillés de la part du gouvernement concernant les raisons de l’arrestation de l’imam Mohamed Ishaq Kindo, les appels à contenir la crise et à éviter une escalade de la tension se poursuivent au sein des milieux islamiques et politiques.





