Africa-Press. Lorsque Rigathi Gachagua, l’ancien vice-président kényan, est retourné la semaine dernière sur le banc de la Cour suprême à Nairobi, il ne demandait pas à retrouver le poste qui lui avait été retiré il y a un an et demi. Dans un tournant notable de sa stratégie juridique, son équipe a officiellement abandonné la demande de réintégration au poste de vice-président, la remplaçant par deux demandes apparemment limitées: une compensation financière dépassant 450 millions de shillings (environ 3,5 millions de dollars) et une déclaration judiciaire annulant le processus d’éviction.
Cependant, la lecture de ce changement dans son contexte politique révèle que Gachagua n’est pas retourné devant les tribunaux pour récupérer ce qu’il a perdu, mais pour obtenir deux éléments dont il a besoin dans la bataille électorale de 2027: un jugement annulant l’éviction qui le réhabiliterait politiquement devant ses électeurs, et le maintien de l’affaire ouverte longtemps pour éviter la fermeture légale de la porte à sa candidature à la présidence.
Après son éviction, Gachagua a fondé le parti “Démocratie pour les citoyens” et a rejoint l’alliance “opposition unie” qui regroupe un large éventail de partis d’opposition. Il s’est présenté comme un pilier de cette alliance, capable de rassembler entre sept et huit millions de voix de la région de la montagne du Kenya, riche en voix électorales, qui a tranché les élections de 2022 en faveur de William Ruto.
Recherche de légitimité dans les couloirs des tribunaux
Cependant, cette mobilisation se heurte à un problème symbolique: comment mener la bataille pour “récupérer les voix de la montagne” en portant la tache de l’éviction? C’est ici que se révèle la raison non déclarée de son retour devant les tribunaux. Un jugement en faveur de la compensation – s’il est rendu – nécessiterait logiquement une déclaration implicite ou explicite annulant le processus d’éviction, ce qui donnerait à Gachagua le récit dont il a besoin devant son public: il n’a pas été évincé en raison de violations réelles, mais en raison d’un vice de procédure constitutionnelle. Selon le Daily Nation kényan, il impose à ses partenaires de l’alliance des engagements préalables en échange de leur soutien pour “les voix de la montagne”, ce qui ne peut se faire sans rétablir son honneur légal.
D’autre part, l’article 75 de la constitution empêche Gachagua de revenir à tout poste public, car il interdit à quiconque évincé pour violation des principes d’intégrité d’occuper un poste public. Cependant, l’application de cet article reste sujette à débat juridique, selon ce qu’a observé un site d’information. Les juristes sont divisés en deux courants: l’un estime que l’évincé conserve son droit de se présenter tant qu’aucun jugement définitif n’a été rendu par la Cour suprême. En revanche, l’autre courant soutient que le précédent de l’éviction de l’ancien gouverneur de Nairobi, Mike Sonko, confirmé par la Cour suprême en 2022, qui a déclaré son inéligibilité à tout poste public, ferme la porte à la candidature de Gachagua.
Ici se dessine le second aspect de la stratégie de retour devant le tribunal: tant que l’affaire circule entre les tribunaux et qu’aucun jugement définitif n’a été rendu, Gachagua peut prétendre que “ses recours n’ont pas encore été épuisés”, et ainsi conserver sa capacité théorique à se présenter.
La coalition au pouvoir comble le vide
En parallèle, le président Ruto entre dans la course avec une base élargie grâce à un mémorandum d’accord signé par le parti du mouvement orange dirigé par le défunt Raila Odinga le 7 mars 2025, qui a donné naissance à ce que l’on appelle “le gouvernement élargi”. De plus, Kithure Kindiki, l’actuel vice-président qui a succédé à Gachagua, s’efforce de rassembler les voix de la montagne du Kenya, se présentant comme une alternative “non partisane”.
Cependant, cette position est confrontée à un test interne, car le mouvement orange exige, après le départ d’Odinga, le poste de vice-président dans toute alliance électorale à venir, ce qui met Kindiki et les calculs de la montagne du Kenya sous une pression double.
La Cour suprême reprendra ses sessions les 7 et 8 mai 2026, pour une affaire ancienne sous un nouveau jour, qui ne concerne plus un poste perdu, mais une légitimité politique qui se redéfinit à 13 mois des élections de 2027.





