Le Temps: les Africains Face À Trump

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Le Temps: les Africains Face À Trump
Le Temps: les Africains Face À Trump

Africa-Press. La Maison-Blanche ne considère plus l’Afrique comme un partenaire de la transition démocratique ni comme un espace de développement humain. Sous l’administration du président Donald Trump, le continent est désormais perçu comme un « réservoir de ressources » et un théâtre de trocs commerciaux brutaux, selon les conclusions d’un rapport publié par le quotidien suisse Le Temps.

Le rapport — rédigé par Catherine Moran, envoyée spéciale du journal à Abidjan, capitale économique de la Côte d’Ivoire — dresse un tableau sombre de l’avenir des relations afro-américaines en 2026. La « puissance douce » de Washington est en recul, laissant un large champ à l’expansion chinoise et russe, affirme-t-elle.

L’auteure explique que Trump ne manifeste que peu d’intérêt pour le continent africain, comme en témoigne sa profonde méconnaissance de ses pays. Lors de son premier mandat, il avait qualifié les pays africains de « pays de merde », une expression restée gravée dans la mémoire collective, selon Moran.

La politique des mines

Depuis son retour au pouvoir, Trump n’a montré aucun intérêt à visiter les pays du continent qu’il avait auparavant qualifiés de termes méprisants, et ne s’y est toujours pas rendu. Il préfère convoquer les dirigeants africains à Washington en fonction des « richesses du sous-sol » de leurs pays.

L’objectif moteur de l’administration actuelle est de sécuriser les minerais stratégiques nécessaires aux industries technologiques de pointe afin de barrer la route au « dragon chinois ». Dans ce contexte, les tentatives de médiation de Washington entre le Rwanda et la République démocratique du Congo ne visent pas à protéger les civils, mais à garantir l’accès des entreprises américaines aux mines de cuivre et de cobalt. Gilles Yabi, fondateur et directeur du centre de recherche WATHI, basé à Dakar, a averti que Trump « ne croit qu’à la loi du plus fort et ne se soucie que des intérêts étroits et à court terme des États-Unis ».

L’humiliation des alliés

La « diplomatie de la rudesse » s’est illustrée de manière flagrante avec l’Afrique du Sud, lorsque Trump a accusé Pretoria de mener un « génocide contre la minorité blanche », une déclaration analysée par les observateurs comme une sanction politique en représailles à la plainte déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice.

Cette tension a poussé l’Afrique du Sud à annoncer son retrait temporaire du G20 durant la présidence américaine, une décision qualifiée de courageuse par l’universitaire Kofi Kwako, qui affirme que « Trump ne considère pas les Africains comme des partenaires respectables, mais humilie les dirigeants pour les contraindre à se soumettre ».

Le Nigeria n’a pas échappé à cette approche. Trump a invoqué la « persécution des chrétiens » pour justifier des frappes de drones dans des zones ne connaissant pas d’activité terroriste manifeste, un geste interprété comme une démonstration de force destinée à satisfaire sa base évangélique.

Un cadeau pour Pékin et Moscou

En l’espace d’un an, l’administration Trump a porté des coups sévères au multilatéralisme en Afrique à travers:

– La fin de l’aide: la fermeture définitive de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), qui constituait une bouée de sauvetage pour des millions d’Africains depuis 1961.

– L’isolement diplomatique: lors d’un « appel téléphonique » la veille de Noël, 15 ambassadeurs américains en Afrique ont été démis de leurs fonctions, laissant des ambassades sans représentants.

– La guerre commerciale: Trump a mis fin à l’accord AGOA, qui accordait des exemptions douanières aux pays africains, et l’a remplacé par des droits de douane « fantaisistes » atteignant 30 % contre l’Afrique du Sud.

Ce repli américain a entraîné un basculement massif de l’Afrique vers l’Est. La Chine s’est empressée de supprimer les droits de douane pour presque tous les pays africains, tandis que l’influence russe, turque et saoudienne s’est engouffrée dans le vide laissé par Washington.

Le pire est-il à venir?

Les observateurs estiment que le monde entre dans une phase inquiétante de « recul démocratique ». La présence à la Maison-Blanche d’un dirigeant qui transgresse les règles internationales encourage les régimes autoritaires africains à intensifier la répression. Avec le durcissement des restrictions de visas visant 25 pays africains, Washington semble ériger un mur, non seulement contre les migrants, mais contre un continent entier qui fut jadis un allié stratégique.

En conclusion, une question demeure: Washington réalise-t-elle que troquer les valeurs contre les minerais peut lui garantir aujourd’hui le cuivre et le cobalt, mais lui faire perdre à jamais le continent africain au profit de ses rivaux internationaux?

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