Africa-Press. Le chef d’état-major des forces armées de Gambie, le général Mamadou Cham, a présenté sa démission à la fin du week-end dernier, après des semaines d’accusations répétées publiées par des sources locales concernant une corruption présumée et un abus de pouvoir. Le président Adama Barrow a accepté la démission et a nommé le général Ousman Gomez comme chef d’état-major par intérim.
Les racines de la crise remontent au sergent Modou Sine, ancien assistant personnel du général Cham, qui a révélé dans des interviews approfondies une série d’accusations étayées par ce qu’il a décrit comme des documents probants. Selon ce qui a été rapporté, Sine avait des liens étroits avec le chef d’état-major, accomplissant des missions personnelles et officielles pour lui, avant que leur relation ne se détériore après un avertissement reçu par le sergent pour une violation de protocole, ce qui a conduit à une demande de mutation et à une retraite anticipée.
Les accusations les plus marquantes rapportées concernent des bateaux saisis par la marine gambienne à des réseaux de trafic de migrants. Sine a affirmé que Cham avait abusé de ses pouvoirs pour acquérir ces bateaux à des prix très bas lors de ventes aux enchères officielles, puis les avait réenregistrés à son nom auprès de l’autorité maritime et les avait utilisés pour des activités de pêche commerciale privées. Cham a reconnu dans une interview téléphonique posséder un bateau de pêche, affirmant avoir payé environ 250 000 dalasis (environ 3 450 dollars) à un artisan dans la région de Tanji pour sa construction, et qu’il avait acheté un second bateau à la marine dans le cadre d’une transaction commerciale légitime supervisée par un comité sous l’autorité du chef de la marine, tout en admettant qu’il restait 50 000 dalasis (environ 690 dollars) de son prix impayé.
Une autre accusation a été rapportée par une autre source locale, selon laquelle Cham aurait fait venir un tracteur agricole sous une cargaison destinée au quartier général de la défense, puis aurait modifié le nom du destinataire sur le bon de livraison de “forces armées gambiennes” à son propre nom, ce qui a été révélé par un document signé par un officier au nom du chef d’état-major, indiquant que la modification était “nécessaire pour garantir la validité de la réception et du dédouanement”. Cette même source a rapporté que Cham a catégoriquement nié cette accusation.
Sine a également révélé que Cham avait fait inscrire son fils Mohamed, qui avait alors 16 ans, dans un programme de formation pour officiers militaires au Maroc destiné aux recrues qualifiées, en juin 2024, lorsque le Maroc a accordé aux forces armées gambiennes trois places de formation. Sine a affirmé qu’une place pour le “cours de cadre d’officiers” avait été attribuée au fils du chef au lieu d’être donnée à un recrue remplissant les conditions, se basant sur ce qu’il a décrit comme une copie d’une lettre de nomination falsifiée. Cham a répondu que son fils avait passé quatre ans dans une école militaire à Saint-Louis, au Sénégal, ce qui, selon lui, le rendait éligible pour le programme, sans aborder directement l’accusation de falsification.
Une démission au milieu d’une vague de colère populaire
Cette affaire militaire ne se déroule pas dans un vide, car elle coïncide avec une vague de manifestations massives dirigées par une organisation locale, qui a organisé en juillet 2025 l’une des plus grandes manifestations anti-corruption de l’histoire récente de Gambie, soulevant plusieurs dossiers, y compris un contrat de pétrole douteux avec la Russie, le scandale du port de Banjul, et des critiques sur la gestion des actifs de l’ancien président Yahya Jammeh.
Dans sa lettre de démission, Cham a affirmé qu’il était “propre devant la loi” et prêt à coopérer avec toute enquête, ajoutant que sa décision de démissionner était motivée par le souci de préserver sa réputation et celle des forces armées. En revanche, le gouvernement gambien n’a jusqu’à présent émis aucune déclaration officielle concernant l’ouverture d’une enquête sur les accusations portées.
Toutes les accusations, selon les sources mentionnées, restent au stade des allégations et aucun jugement n’a été rendu à leur sujet, tandis que des sources au sein de l’institution militaire ont indiqué que des hauts responsables militaires avaient tenté de convaincre Cham de rester en poste avant qu’il ne prenne sa décision.





