Reprise des Combats au Tigré Malgré une Paix Fragile

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Reprise des Combats au Tigré Malgré une Paix Fragile
Reprise des Combats au Tigré Malgré une Paix Fragile

CE Qu’Il Faut Savoir

Trois ans après un accord de paix fragile, le conflit au Tigré en Éthiopie reprend de l’ampleur. Des rapports font état d’une intensification des hostilités, avec des frappes aériennes et des tensions croissantes. Les civils, déjà traumatisés par la guerre précédente, font face à une crise humanitaire alarmante, exacerbée par des pénuries de liquidités et des hausses de prix.

Africa-Press. Après trois ans d’un accord de paix “fragile” qui a mis fin à l’une des guerres les plus atroces du XXIe siècle, le bruit des explosions et le vrombissement des drones remplissent à nouveau le ciel de la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie.

Deux rapports des journaux Libération et La Croix révèlent une escalade militaire inquiétante ces derniers jours, suscitant des craintes d’un effondrement total de l’accord de paix de “Pretoria” et d’un retour de la région à un terrain de règlement de comptes régional.

Entre les frappes de drones visant des “chargements de bananes”, selon La Croix, et les files de civils effrayés devant les banques, les deux journaux dressent un tableau complexe d’une réalité oscillant entre guerre et non-paix.

L’explosion de la crise au Tigré peut être comprise en répondant aux questions suivantes, en s’appuyant sur les informations fournies par les deux journaux:

Premièrement, qu’est-ce qui a soudainement attisé les tensions dans la région?

L’étincelle initiale a été allumée le 26 janvier 2026, avec le déclenchement d’affrontements dans la région contestée de “Tselimti”, riche en or et en ressources agricoles. Selon La Croix, le gouvernement central à Addis-Abeba tente d’imposer des autorités loyales et de modifier la démographie politique de la région avant les élections législatives prévues en juin prochain. Cette escalade a poussé la compagnie “Ethiopian Airlines” à suspendre ses vols vers Mekele (capitale de la région) depuis le 29 janvier, ce qui a été interprété par les observateurs comme un “signe avant-coureur de guerre”.

Deuxièmement, quelle est la nature des opérations militaires récentes et l’ampleur de leurs pertes?

La correspondante de La Croix à Addis-Abeba, Augustin Basile, a rapporté des témoignages terrifiants sur les frappes des drones éthiopiens visant des camions civils et commerciaux. Dans un incident, un drone a détruit un camion transportant des “bananes” dans la région d’Entetcho, tuant immédiatement le conducteur. Le journal cite des chercheurs locaux affirmant que “l’unique objectif de cibler la nourriture est de terroriser et de famer la population”. En revanche, Libération confirme que les forces de défense du Tigré (TDF) ont utilisé des “dispositifs de brouillage” contre les drones fédéraux, rendant l’espace aérien dangereux pour l’aviation civile.

Troisièmement, comment les habitants décrivent-ils la situation humanitaire à l’intérieur de Mekele?

Le journaliste de Libération, Antoine Galindo, décrit un état de “panique collective”. Les habitants, qui ne se sont pas encore remis du choc de la guerre précédente (2020-2022), se précipitent vers les banques pour retirer leurs économies, entraînant une “pénurie aiguë de liquidités et une explosion du marché noir”. Bien que les communications ne soient pas encore coupées, la fermeture de l’espace aérien et les bruits de bombardement rappellent des souvenirs du blocus étouffant qui a causé des centaines de morts par le passé.

Quatrièmement, quel est le rôle des puissances régionales, en particulier de l’Érythrée, dans cette escalade?

Ici, la “lutte des alliances changeantes” se profile. L’Érythrée, qui était un allié d’Abiy Ahmed contre le Tigré en 2020, est désormais suspecte, car Libération évoque des accusations d’Addis-Abeba selon lesquelles Asmara aurait formé une “alliance secrète” avec les Tigréens.

Les analystes estiment qu’Abiy Ahmed cherche à soumettre le Tigré pour en faire une “base arrière” dans une guerre potentielle avec l’Érythrée, dans le but d’accéder à la mer Rouge, qu’il a perdue en 1993.

Cinquièmement, la région a-t-elle atteint un “point de non-retour”?

Après une semaine de nouveaux échanges de tirs, les banques du Tigré souffrent d’une pénurie de liquidités et les prix augmentent fortement, selon un rapport de La Croix, qui précise également que le retrait des forces de défense du Tigré de Tselimti, annoncé le 31 janvier dernier, offre un mince espoir de retour au calme, malgré la poursuite des combats dans le sud. Cependant, la correspondante de La Croix note que le survol des drones a cessé les 1er et 2 février dans la ville de Shire, la troisième plus grande ville de la région.

D’après les informations fournies par les deux journaux, il est possible de dire que “le point de non-retour n’a pas encore été franchi”. Malgré les combats, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) a déclaré sa volonté de dialoguer de manière “constructive” en réponse à l’appel de l’Union africaine, et le chercheur Mahdi Labzaï a déclaré à Libération que la dynamique a changé, car les habitants du Tigré aujourd’hui sont “épuisés et choqués” et n’ont pas l’envie de s’engager dans un nouveau conflit à grande échelle comme en 2020, ce qui pourrait ouvrir une porte étroite à la diplomatie.

Le conflit au Tigré a débuté en novembre 2020, lorsque le gouvernement éthiopien a lancé une offensive militaire contre le Front populaire de libération du Tigré (TPLF). Ce conflit a causé des milliers de morts et des millions de déplacés. En novembre 2022, un accord de paix a été signé, mais les tensions demeurent, notamment avec l’implication de l’Érythrée et des enjeux géopolitiques régionaux. La situation actuelle rappelle les défis persistants de la stabilité en Éthiopie et les conséquences humanitaires désastreuses pour la population civile.

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