Sommet de L’Ua 39: Défis Accumulés et Grands ÉChecs

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Sommet de L’Ua 39: Défis Accumulés et Grands ÉChecs
Sommet de L’Ua 39: Défis Accumulés et Grands ÉChecs

Africa-Press. La tenue du 39e sommet de l’Union africaine au niveau des chefs d’État et de gouvernement, les 14 et 15 février, intervient sous le thème de cette année: « Garantir la fourniture et la durabilité des services d’eau et d’assainissement sûrs ! », dans un contexte de défis sans précédent auxquels fait face le continent africain, et en particulier son organisation continentale mère (l’Union africaine). Ces défis vont de la propagation des crises et des conflits, au financement des missions de paix, en passant par des difficultés opérationnelles routinières, alors même que s’aggrave le dilemme du financement international et que la situation culmine dans une crise de réforme et de leadership. Avec l’intensification de ces défis, l’éloignement de l’objectif de « l’Afrique que nous voulons » est devenu plus évident que jamais pour les observateurs.

La crise du leadership africain et la nouvelle direction

Depuis son élection à la présidence de la Commission de l’Union africaine en février de l’année dernière, le Djiboutien Mahmoud Ali Youssouf se retrouve confronté à de lourds défis à la tête de la Commission — le poste le plus élevé au sein de l’organisation et l’organe exécutif chargé de sa gestion quotidienne, ainsi que de l’élaboration et de la mise en œuvre de ses politiques avec l’appui des organes compétents. Il a hérité de la Commission et de l’organisation à un moment de déclin marqué et d’aggravation de la crise de financement. Il n’a pas seulement hérité du déficit financier, de l’inflation structurelle et de l’inefficacité de l’ère précédente, mais aussi de ce qui paralyse l’organisation: corruption, dépendance, et vulnérabilité à l’influence extérieure au lieu de lui résister, notamment avec le recul d’un leadership charismatique et de porteurs de visions innovantes et transformatrices dans les couloirs de l’organisation, et un alignement croissant sur les intérêts d’acteurs extérieurs.

Dans ce contexte, Abdoul Mohammed (chercheur senior à la fondation « Amani Africa » à Addis-Abeba et ancien conseiller principal du « Panel de haut niveau de l’UA pour le Soudan et le Soudan du Sud » – AUHIP) estime que le cœur du problème réside dans la crise actuelle du leadership au sein de l’Union africaine, qu’il décrit comme une « érosion de l’autorité ». Cette crise s’aggrave nettement avec le recul de « l’agence africaine » dans un système international marqué par une crise croissante du multilatéralisme, ce qui a rendu « l’institution multilatérale la plus importante en Afrique » impuissante et incapable d’influencer, exposant le continent au risque d’être victime de cette situation plutôt que d’y être acteur.

La légitimité accumulée par l’organisation — depuis la création de l’Organisation de l’unité africaine jusqu’à l’Union africaine — est aujourd’hui en recul de manière inquiétante. Les principes d’unité africaine, de souveraineté, d’unité, de solidarité et d’action collective sont désormais violés par les États membres eux-mêmes avant même les acteurs extérieurs.

L’échec du projet de réforme et la déception

L’échec du projet de réforme conduit par une équipe présidée par le président rwandais Paul Kagame en 2017 a engendré une déception chez les partenaires, ainsi que parmi les peuples africains et leurs élites. Cet échec a représenté une véritable occasion manquée, et la performance actuelle, jugée décevante, reflète cette désillusion.

En conséquence, l’écart ne cesse de se creuser ces dernières années entre l’Union africaine et les aspirations des peuples, et même entre l’organisation et certains États membres. L’Union est devenue soit soumise aux diktats de certains États membres plutôt qu’aux valeurs et principes africains, soit un fardeau pour d’autres États en raison de ses positions faibles et hésitantes.

De plus, malgré la « division du travail » entre l’Union africaine, les « communautés économiques régionales » (RECs) et les « mécanismes régionaux » (REMs), l’efficacité ainsi que la capacité d’initiative et de leadership reculent, ce qui entretient la contradiction, la concurrence et l’absence de volonté dans la gestion des dossiers de conflits actuels sur le continent, comme c’est le cas au Soudan et en République démocratique du Congo, entre autres.

Dans ce contexte, deux experts de premier plan des affaires de l’Union africaine et des dossiers de paix, de sécurité, de médiation et de résolution des conflits — Saïd Djinnit et El Qassem Wane — ont récemment examiné (dans un rapport de la fondation « Amani Africa », février 2024) la manière dont l’Union africaine a géré la crise soudanaise, considérée comme l’une des crises africaines les plus marquantes et les plus dangereuses. Selon eux, la performance de l’Union africaine depuis le déclenchement de la guerre au Soudan en avril 2023 a été décevante et s’est inscrite, comme souvent, dans une logique d’échec et d’impuissance, malgré le fait que l’implication de l’organisation dans le dossier du Darfour après 2003 avait constitué un véritable test de sa capacité à traduire en actes les slogans et principes du continent en matière de paix et de sécurité — et avait permis d’obtenir des succès notables du point de vue du leadership africain.

Sur cette base, un rapport de recherche publié par l’Institut « Pan-African Agenda Institute » (PAAI) le 10 février courant pose une question déterminante: l’Union africaine est-elle adaptée à la mission qui lui est confiée? Le rapport reflète, dans ses conclusions, la déception des élites — en particulier de groupes d’élites qui ont côtoyé l’Union africaine de près: soit parce qu’ils ont travaillé au sein de ses institutions, soit parce qu’ils ont œuvré avec des cercles de conseil et de recherche ayant étudié les performances et les programmes de l’Union africaine ainsi que ceux d’institutions régionales analogues dans le monde, soit parce qu’ils continuent de croire aux valeurs africaines fédératrices sur lesquelles l’Union a été fondée.

Selon ces groupes, l’esprit et les principes du « panafricanisme », tels qu’ils ont été incarnés par les pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine et par les courants d’« unité panafricaine » qui portaient les slogans de l’indépendance, de la renaissance, de la souveraineté et de la prospérité du continent, s’érodent aujourd’hui de manière inquiétante, remplacés par leur remise en cause au sein même du continent.

D’une manière générale, il apparaît clairement que l’Union africaine, sous la direction actuelle, n’est pas en mesure — ou n’est pas disposée — à définir la nature des conflits sensibles que connaissent plusieurs États du continent, afin de se décharger de la responsabilité. Les crises et conflits, comme ceux du Soudan et de la Somalie, montrent clairement que certains États membres n’agissent pas seulement directement contre d’autres États membres, parfois en coopération avec des acteurs extérieurs, mais qu’ils œuvrent aussi à affaiblir l’Union africaine elle-même et à saper ses institutions.

« Les orphelins du panafricanisme »

Un sentiment de déception, de colère et de frustration envers l’organisation africaine et sa direction s’est installé depuis les deux mandats de Moussa Faki Mahamat à la tête de la Commission de l’Union africaine, qui se sont étendus de mars 2017 à février 2025. Les deux mandats de Moussa Faki ont été marqués par un recul important par rapport à l’héritage que l’organisation avait construit presque depuis sa création, ce qui est devenu un point de consensus au sein des cercles d’élites africaines préoccupées par les grandes causes du continent.

La dernière de ces initiatives ayant cherché à améliorer la performance des organes et institutions de l’Union a été le « Groupe Mbeki », qui réunissait d’anciens présidents et responsables, ainsi que des experts internationaux et africains. Ce groupe s’est constitué autour de Thabo Mbeki, ancien président sud-africain et l’un des derniers porteurs du panafricanisme et des rêves de son projet, dont les partisans en viennent à se sentir étrangers et « orphelins ». Aujourd’hui, ce groupe se montre encore plus pessimiste quant à la réalité et à l’avenir de l’Union africaine.

Comparée au déclin actuel de l’Union africaine, la « Commission de haut niveau de l’Union africaine pour le Soudan et le Soudan du Sud » (AUHIP), créée en juillet 2008, est considérée comme l’une des expériences les plus réussies et les plus inspirantes de ses institutions dans la gestion des crises, des conflits et de leurs solutions sur le continent africain. Elle a incarné le sens de « l’agence africaine », en combinant, d’une part, leadership africain et engagement envers les principes africains, et, d’autre part, capacité d’initiative, respect des partenaires internationaux et soutien des institutions internationales à ces dossiers.

Dans ce cadre, Thabo Mbeki, à travers sa présidence de l’AUHIP, a cherché à transformer l’action politique africaine et à jouer des rôles actifs au sein de ses organes. Il a pris en charge des dossiers d’une importance majeure pour le continent: des conflits tels que la crise du Darfour en 2003 et le conflit entre le Soudan et le Soudan du Sud avant et après la séparation de 2011, jusqu’aux flux financiers illicites en Afrique, en passant par l’espace de la mer Rouge, où il a également présidé le Comité de haut niveau de l’Union africaine sur les arrangements régionaux en mer Rouge. Jusqu’en mars 2022, ce comité a mené des efforts de gouvernance de la mer Rouge afin de faire de l’Union africaine un acteur central. Bien que l’initiative relative à la mer Rouge ait été étouffée, les évolutions actuelles autour de cette question démontrent la capacité de l’équipe à mettre sur la table des enjeux vitaux avec une vision anticipatrice, dans une perspective africaine innovante.

Mais, malheureusement, l’équipe de l’AUHIP a rencontré des obstacles internes et externes à l’organisation, ce qui a conduit à son éviction progressive, puis au gel et à la dissolution du comité de haut niveau dans les couloirs de l’Union, remplacé par des mécanismes et des personnalités faibles, ou facilement négociables, prêtes à renoncer aux principes et valeurs continentales, ou soumises à la volonté des États plutôt qu’aux objectifs supérieurs et aux principes de l’organisation. Cette orientation apparaît clairement dans la manière dont sont constitués plusieurs comités de haut niveau sur diverses questions.

De la même manière, le même sentiment de déception et d’espoir dissipé quant à la performance de l’Union africaine domine à la fois El Qassem Wane, ancien haut responsable africain ayant travaillé au sein de la Commission de l’Union africaine, et Saïd Djinnit, premier commissaire à la paix et à la sécurité entre 2003 et 2008. Djinnit est considéré comme le père spirituel du Conseil et de l’architecture africaine de paix et de sécurité. Il est actuellement membre du Panel des Sages africains et figure également parmi les dirigeants les plus en vue des comités africains de haut niveau sur le continent.

Militarisation et coups d’État: un défi continental pour l’UA

Ces dernières années, le phénomène de la militarisation s’est imposé comme une dynamique dominante, à travers l’accélération du rythme des coups d’État et de la prise de pouvoir par des militaires dans plusieurs régions du continent, en particulier dans le Grand Sahel et en Afrique de l’Ouest.

Face à cela, la manière dont l’Union africaine a abordé le phénomène des putschs n’a pas été seulement traditionnelle: elle s’est révélée aussi disproportionnée par rapport à la nature réelle de la tendance. En effet, réduire la militarisation à la seule « prise du pouvoir par l’institution militaire » — selon une définition classique du régime militaire — constitue une approche insuffisante. Ce qui se produit reflète surtout l’échec et l’inertie des systèmes politiques, l’accumulation de colère et de frustration, l’incapacité des régimes en place à respecter les principes d’une gouvernance démocratique et responsable soumise à la reddition de comptes — y compris vis-à-vis de l’Union elle-même — ainsi que l’échec manifeste de l’UA à appliquer ses instruments pertinents et à faire face à la tendance de certains dirigeants à modifier les constitutions pour se maintenir au pouvoir au-delà des mandats prévus, par exemple.

L’absence de renouvellement de la légitimité des régimes, le déficit démocratique et l’échec à instaurer un système national de gouvernance capable de produire la prospérité économique ont créé un environnement propice à l’institution militaire, qui peut être tentée de s’emparer du pouvoir, d’autant qu’elle est souvent peu ou pas redevable devant des gouvernements civils légitimes, efficaces, stables et prospères.

Dans le contexte de cette dynamique, on observe, d’une part, une contradiction manifeste entre la volonté populaire — puisque tous les coups d’État survenus en Afrique ont bénéficié, à des degrés divers, d’un soutien populaire visible — et, d’autre part, les positions et politiques de l’Union africaine.

Dans ce cadre, l’émergence de « l’Alliance des États du Sahel » a constitué un autre signe du recul de la performance de l’Union africaine au niveau continental. L’échec à saisir les dimensions de la nouvelle militarisation ne s’est pas seulement traduit par l’élargissement de la zone des troubles et de l’instabilité politique dans plusieurs pays partageant des conditions similaires à celles du Sahel, ce qui a étendu la « ceinture des coups d’État » ; il a aussi eu un impact négatif sur la cohésion du système régional et de ses mécanismes sous-régionaux.

En conséquence, la création de l’Union « AES » — ou Confédération des États du Sahel — en tant qu’entité régionale distincte après la sortie de ses membres de la CEDEAO, qui était l’un des groupements économiques régionaux les plus performants du continent et un modèle efficace de division du travail entre communautés économiques régionales et mécanismes régionaux en matière de paix, de sécurité, de gestion des crises politiques et d’intervention.

Afin de reconnaître l’insuffisance des mécanismes actuels face aux pressions de cette nouvelle vague de coups d’État — notamment avec l’augmentation du nombre d’États sanctionnés par la suspension de leur adhésion — la mise en place de canaux de consultation informels pour organiser la communication entre les organes de l’organisation et les États issus de coups d’État est devenue une option incontournable, compte tenu des limites des politiques en la matière.

Échec de l’UA en paix et sécurité: critiques souverainistes

Les formes d’échec dans la performance de l’Union africaine sont multiples, selon les perceptions de larges segments relevant de ce que l’on peut appeler le « nouveau courant de la souveraineté africaine ». Ce courant, composé d’experts, de penseurs, de responsables politiques et d’activistes, réclame l’arrêt du recul et de l’exposition de la vulnérabilité à travers le continent, et appelle à un changement radical dans la performance des institutions africaines afin d’atteindre les objectifs supérieurs d’unité et de solidarité, sur la base des valeurs du panafricanisme — au premier rang desquelles l’Union africaine, dont la création a été présentée comme l’incarnation de ces objectifs et ambitions.

Récemment, comme le souligne le rapport de recherche de l’Institut « Pan-African Agenda Institute » (PAAI), publié le 10 février, l’Union africaine aurait échoué dans le domaine le plus essentiel de son mandat sur le continent: la prévention des conflits, leur gestion et leur résolution.

Plus grave encore, ces conflits meurtriers comportent des éléments pouvant relever du génocide et du nettoyage ethnique. Pourtant, l’Union africaine demeure incapable d’agir et d’intervenir de manière appropriée avant que la catastrophe ne survienne. Dans des crises comme celles du Soudan, de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud, l’Union africaine a continué d’ignorer des indicateurs alarmants, malgré les coûts humains et humanitaires élevés liés à la poursuite et à l’escalade de ces conflits. Ces crises comportent aussi de nouvelles dimensions liées à la souveraineté et à l’intégrité territoriale des États, ainsi qu’à l’augmentation des ingérences extérieures et à leur rôle décisif dans l’alimentation et la prolongation des conflits, dimensions qui sont néanmoins souvent passées sous silence.

Fort de son expérience de la politique africaine, du travail régional, des transformations de l’ordre international et des crises du multilatéralisme — ainsi que de sa lecture des défis internes au continent et de la nature du leadership africain actuel — le Dr Abdoul Mohammed soutient que l’Union africaine fait aujourd’hui face au « plus grand test » pour redéfinir son rôle, au milieu des dynamiques du système international, des défis structurels et institutionnels, et des crises et conflits internes qui confrontent l’organisation.

Les échecs de l’UA: Soudan, Somalie et RDC

Les conflits se sont accumulés et leur intensité s’est accrue à travers le continent, et les cas du Soudan, de la Somalie et de la République démocratique du Congo (RDC) en constituent aujourd’hui des exemples marquants.

L’Union africaine a déployé sa première mission de paix sous sa propre direction en Somalie en 2007. Depuis, trois missions successives s’y sont relayées (AMISOM, ATMIS et AUSSOM), faisant de ce dossier un véritable test de la capacité de l’Union à se hisser au niveau de défis similaires. La Somalie, qui sortait à peine d’une guerre civile après la chute du régime de Siad Barré et l’effondrement de l’État en 1991, puis la montée des tribunaux islamiques avant leur renversement en 2006 à la suite d’une intervention extérieure, et enfin l’attention internationale portée à la reconstruction de l’État, constituait un cas idéal pour illustrer la manière dont le continent pouvait prendre en charge des enjeux majeurs comme ceux auxquels la Somalie a été — et demeure — confrontée.

La reconnaissance récente par Israël du Somaliland a, elle aussi, mis en évidence un autre volet de l’échec de l’Union africaine à répondre comme il se doit aux crises et conflits complexes, notamment ceux de nature politique liés à la construction de l’État sur le continent.

Dans ce contexte, l’Union africaine a tenté, à travers son intervention en Somalie, d’établir un modèle africain de conduite des opérations de paix dans des situations de crise de l’État national. Pourtant, elle a abouti à un échec retentissant, en raison de son incapacité à acquérir l’indépendance financière qui lui permettrait de porter de tels dossiers sans dépendre totalement des partenaires internationaux — et donc de subir leurs agendas.

De même, la RDC, pays en proie à des conflits dans son Est depuis l’indépendance, incarne un autre visage de l’échec. L’Union africaine demeure incapable de réaliser une percée sérieuse et tangible pour mettre fin à un conflit qui menace la stabilité de la région des Grands Lacs depuis des décennies, en raison d’enchevêtrements communautaires et de l’héritage colonial toxique qui continue de peser sur les sociétés de la région, alimentant les violences et l’instabilité, avec leurs conséquences humanitaires catastrophiques.

L’Union africaine a certes montré une grande capacité à créer des comités, des mécanismes et des formats autour de la crise de l’Est de la RDC, mais sans s’attaquer à ses causes profondes telles qu’elles se manifestent aujourd’hui: la rivalité rwando-congolaise et les crises liées aux communautés Banyamulenge (ou Tutsis rwandophones), considérées comme l’un des principaux symptômes des racines de cette crise persistante.

Les institutions du continent et des dirigeants d’organisations comme l’Union africaine évitent de proposer leur propre lecture de ce conflit, par crainte de menacer les intérêts de puissances étrangères si le conflit devait être résolu, ou de susciter la colère de certains États de la région. S’y ajoute l’échec à convaincre la direction congolaise et à contester ses récits sur la nature du conflit.

En conséquence, l’Union africaine s’est retrouvée engluée dans l’échec face à ce dossier: soit par soumission et dépendance vis-à-vis de l’extérieur, soit par soumission aux volontés et intérêts de certains États régionaux, qui cherchent à neutraliser les mécanismes de l’Union, y compris en recourant à des soutiens extérieurs.

Quant au Soudan, il représente, pour l’organisation, la forme la plus grave et la plus dangereuse de l’échec. Comme l’ont décrit El Qassem Wane et Saïd Djinnit, « la crise du Soudan est une crise pour l’Afrique » ; sa résolution, selon des principes africains, devrait donc constituer « un engagement moral et stratégique ».

Depuis la chute d’Omar el-Béchir le 11 avril 2019, le pays a glissé vers le chaos et l’instabilité politique, tandis que l’Union, tantôt observatrice, tantôt en retrait laissant la place à des acteurs extérieurs au continent, a contribué à l’échec de la transition et au basculement du pays dans une guerre dévastatrice qui a failli anéantir l’État et sa population. Cela est attribué à l’incapacité de l’Union africaine à activer efficacement les mécanismes d’alerte précoce et de diplomatie préventive face aux évolutions dans le pays.

En raison de son échec à analyser et à lire les dynamiques des événements au Soudan, l’Union africaine n’a pas seulement assisté à l’afflux de mercenaires et d’armes létales, aux déplacements forcés, à la famine et aux sièges imposés à de larges segments de la population ; elle a aussi échoué à reconnaître la nature du conflit comme une agression extérieure instrumentalisant des forces locales — ce qui pourrait entraîner la dislocation et l’effondrement de l’État si ce projet devait atteindre ses objectifs.

À ce sujet, Wane et Djinnit affirment: « Les choix faits aujourd’hui (concernant le conflit au Soudan) ne détermineront pas seulement le destin du peuple soudanais, mais aussi la crédibilité et la capacité de l’Union africaine elle-même. » Ils estiment que « le continent doit être à la hauteur de ce moment — pleinement, clairement et fermement. »

L’adhésion au G20: une lueur d’espoir sous conditions

Au milieu du recul que connaît actuellement l’Union africaine, parler d’une représentation équitable de l’Afrique dans le cadre de la réforme du Conseil de sécurité ou d’autres plateformes multilatérales internationales reste un discours vain, tant que l’Union africaine elle-même n’est pas d’abord réformée, afin de revenir aux standards de « l’âge d’or » qu’elle connaissait il y a quelques années au moins, lorsqu’il existait un minimum d’efficacité institutionnelle fondée sur des principes africains.

L’annonce de l’adhésion de l’Union africaine au « Groupe des Vingt » (G20) en tant que membre à part entière à compter du 9 septembre 2023 a été largement saluée et a suscité un certain enthousiasme sur le continent, en particulier parmi les élites et les milieux intellectuels qui aspirent à voir l’Afrique et ses institutions occuper la place qui leur revient parmi les nations.

Si l’adhésion de l’Union africaine au G20 constitue un gain politique important, l’Union est toutefois restée, dans les faits, davantage un « invité » qu’un membre « pleinement à part entière ». Cela étant, l’intégration au G20 représente un test de la capacité de l’Union africaine à incarner concrètement, dans la pratique, le concept d’« agence africaine »: c’est-à-dire la capacité des institutions du continent à formuler un agenda propre et indépendant, loin de toute dépendance ou influence extérieure, et à imposer leur volonté face aux puissances mondiales ou aux intérêts externes.

Mais, malheureusement, alors que l’Union africaine cherche encore ses repères et des modèles pour exercer son rôle au sein du G20, un différend a éclaté entre l’administration Trump et l’Afrique du Sud — qui était l’unique membre africain du groupe. Comme à son habitude, l’Union africaine s’est contentée de publier un communiqué exprimant sa solidarité avec ce seul pays africain du G20 face aux politiques agressives du président Trump, ce qui a poussé Pretoria à geler sa participation après que les États-Unis ont récemment pris la présidence du groupe.

Malgré l’ambition du slogan « une Afrique qui parle d’une seule voix », les institutions du continent traversent l’une des périodes les plus marquées par la fragmentation et la dispersion des positions, y compris sur des questions propres au continent, dans lesquelles interviennent des acteurs extérieurs. Dès lors, renforcer la présence de l’Afrique dans l’ordre international apparaît, jusqu’à présent, comme un rêve difficilement atteignable.

Conclusion

Les tendances actuelles du débat indiquent que le projet de réforme de l’Union africaine, conduit par une équipe présidée par le président rwandais Paul Kagame et dont le rapport a été publié en 2017, s’est soldé par un échec retentissant, et que les difficultés actuelles de l’organisation en sont, en grande partie, une conséquence.

En conséquence, le sommet annuel de l’Union africaine tend à se réduire à des cérémonies protocolaires ternes. L’enjeu ne réside ni dans des communiqués routiniers répétitifs ni dans la récitation annuelle de slogans convenus, mais dans la restauration du rôle, de l’efficacité et du statut — et, avant tout, dans l’indépendance de la volonté et de la décision vis-à-vis de l’influence extérieure, ainsi que dans l’affirmation d’un partenariat plutôt que d’une relation de dépendance.

Pour conclure, l’Afrique aborde l’année 2026 accablée par les crises. Comme le soutiennent Abdoul Mohammed et Selmon Derso, le continent est effectivement entré dans une nouvelle phase d’instabilité, d’insécurité et de compétition géopolitique, dans un contexte d’affaiblissement de l’esprit d’action collective, de fragilité des institutions continentales et de crise du leadership. Dès lors, les dynamiques et indicateurs du conflit au Soudan — au regard des transformations qu’ils révèlent dans la nature des conflits observés sur le continent au cours des dernières décennies, en particulier les interventions extérieures — détermineront, dans une large mesure, l’avenir de l’Union africaine.

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