Traoré et Israël se Rapprochent à un Moment Clé

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Traoré et Israël se Rapprochent à un Moment Clé
Traoré et Israël se Rapprochent à un Moment Clé

Africa-Press. La réception du président de la transition au Burkina Faso, Ibrahim Traoré, par le nouvel ambassadeur israélien Simon Seroussi, intervient à un moment politique et sécuritaire extrêmement sensible, coïncidant avec une intensification sans précédent de la politique des autorités envers les institutions et personnalités islamiques sous le prétexte de lutter contre “l’islam radical”. Bien qu’il n’existe aucune preuve publique reliant les deux événements, cette coïncidence met en lumière un intérêt croissant entre le besoin de Ouagadougou d’avoir de nouveaux partenaires en matière de sécurité et la volonté d’Israël d’élargir sa présence dans la région du Sahel, qui connaît une compétition internationale croissante.

Contexte politique

Il est impossible d’examiner la nomination de l’ambassadeur israélien sans tenir compte des transformations que connaît le Burkina Faso depuis l’arrivée de Traoré au pouvoir après le coup d’État de septembre 2022. La nouvelle direction a adopté une politique visant à redéfinir les alliances extérieures, réduire l’influence française et rechercher des partenaires capables d’offrir un soutien sécuritaire et technique pour faire face à la rébellion armée qui menace l’État.

Nomination au-delà du protocole

La commission des nominations du ministère des Affaires étrangères israélien a choisi le diplomate Simon Seroussi comme ambassadeur dans quatre pays d’Afrique de l’Ouest: la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Bénin et le Togo, dans le cadre d’un ensemble de nominations approuvé par la commission sous la présidence du ministre des Affaires étrangères Gidon Saar avant d’être soumis au gouvernement pour approbation. Seroussi ne réside pas à Ouagadougou, mais gère ses fonctions depuis l’ambassade israélienne à Abidjan, un modèle diplomatique qu’Israël adopte dans plusieurs pays africains où il n’a pas de missions indépendantes.

Le parcours professionnel de Seroussi montre que son choix n’était pas arbitraire ; il a rejoint le ministère des Affaires étrangères israélien en 2018, a été vice-ambassadeur au Cameroun et a traité des dossiers économiques, culturels et politiques, en plus de posséder une expérience dans le développement des affaires agricoles et commerciales et l’analyse des conflits africains.

Cette expérience s’aligne avec l’approche israélienne en Afrique, qui combine des outils de “soft power” tels que l’agriculture, la gestion de l’eau et la technologie, avec des outils de coopération sécuritaire et de renseignement, permettant ainsi de construire une influence progressive dans les pays confrontés à des crises internes. Ainsi, la nomination de Seroussi semble faire partie d’une stratégie plus large visant à renforcer la présence israélienne en Afrique de l’Ouest, et non simplement une mesure administrative liée à la couverture de la représentation diplomatique.

Une campagne interne contre “l’islam radical”

La présentation des lettres de créance de l’ambassadeur israélien coïncide avec une intensification claire de la politique de l’autorité de transition envers les institutions islamiques. Ibrahim Traoré a déclaré le 21 juillet 2026 que ce qu’il a qualifié de “l’islam radical” n’aurait pas sa place dans le pays, menaçant les prédicateurs que les autorités accusent d’extrémisme en affirmant que “la bataille a commencé”, et a menacé de suspendre les activités des imams dont les discours sont jugés comme promouvant des idées extrêmes.

L’autorité a adopté une nouvelle loi sur les libertés religieuses, affirmant qu’elle vise à renforcer la laïcité de l’État et à renforcer le contrôle sur le financement extérieur des institutions religieuses, tout en soumettant le discours religieux à un contrôle accru. Ces mesures ont été précédées d’une campagne de sécurité qui a vu l’arrestation de plusieurs imams et la fermeture de la plus grande mosquée de la capitale Ouagadougou après des manifestations demandant la libération de l’imam Mohamed Issak Kindo.

Les mesures ne se limitent pas à la surveillance des mosquées, mais s’étendent également à l’éducation religieuse, Traoré ayant annoncé un plan pour rapatrier les étudiants qui étudient les sciences religieuses dans plusieurs pays arabes, prétendant que des centaines de milliers de jeunes reçoivent une éducation religieuse à l’étranger sans acquérir les compétences professionnelles nécessaires sur le marché du travail, menaçant de mesures pouvant affecter la nationalité de ceux qui refusent de revenir.

Ces étapes reflètent un passage de la politique de surveillance du discours religieux à une tentative de remodeler le domaine religieux et éducatif de manière plus soumise à l’État, dans un contexte de lien croissant entre certaines formes d’activité religieuse et les menaces sécuritaires.

Une crise sécuritaire persistante

Ces mesures interviennent alors que le Burkina Faso continue de faire face à l’une des crises sécuritaires les plus complexes d’Afrique. Depuis 2015, les groupes liés à “Daech” et à “Al-Qaïda” se sont étendus à l’intérieur du pays, profitant de la fragilité de l’État, de la faiblesse du contrôle sur les zones rurales et des frontières poreuses avec le Mali et le Niger.

Ces développements ont entraîné la mort de milliers de personnes et le déplacement de plus de deux millions de citoyens, tandis que le gouvernement a perdu le contrôle total sur de vastes étendues de territoire, rendant la question sécuritaire le plus grand défi pour tous les gouvernements successifs.

Bien que Traoré soit arrivé au pouvoir en promettant de rétablir la sécurité dans un court laps de temps, les rapports internationaux continuent d’indiquer que les attaques armées persistent et que l’activité des groupes extrémistes s’étend dans différentes parties du pays.

Dans ce contexte, le journaliste israélien Zeev Abraham, dans un article publié par un média local, a décrit le Burkina Faso comme l’un des pays les plus dangereux du monde, considérant que l’image de Traoré comme “le sauveur africain” ne correspond pas à la réalité sur le terrain, où les groupes armés continuent d’étendre leur influence, parallèlement à un recul des manifestations de la vie démocratique.

Le média a également signalé l’existence d’une large campagne de propagande numérique utilisant des techniques d’intelligence artificielle pour présenter Traoré comme un leader révolutionnaire jouissant d’une grande popularité en Afrique et au-delà, alors que le gouvernement n’a pas réalisé les résultats sécuritaires promis.

Recherche d’alternatives après la France

Depuis le coup d’État militaire, Traoré a fait de la fin de l’influence française l’un de ses principaux slogans politiques. Cette politique a conduit au retrait des troupes françaises du pays, une étape que les autorités considèrent comme une affirmation de l’indépendance de la décision nationale, mais qui a en revanche soulevé une question plus complexe: qui remplira le vide sécuritaire?

Dans un premier temps, Ouagadougou s’est tournée vers le renforcement de la coopération avec la Russie, à l’instar du Mali et du Niger, où Moscou est devenu un partenaire sécuritaire alternatif dans la région du Sahel. Cependant, la poursuite de la détérioration sécuritaire a poussé la direction burkinabé à adopter une politique plus pragmatique, visant à diversifier ses partenaires au lieu de s’appuyer sur un seul.

Dans ce contexte, des rapports médiatiques israéliens ont évoqué le désir des autorités burkinabées de bénéficier de l’expertise israélienne dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, de la surveillance technique, du renseignement et des drones.

Pourquoi Israël s’intéresse-t-il au Sahel?

Israël considère l’Afrique comme l’un des terrains importants pour renforcer sa présence diplomatique et sécuritaire, et ses relations avec plusieurs pays africains ont connu une expansion notable au cours de la dernière décennie. L’Institut des études de sécurité nationale israélien estime que la dimension sécuritaire est devenue le principal moteur des relations israélo-africaines, même lorsque ces relations commencent sous des prétextes civils tels que l’agriculture, la gestion de l’eau ou la santé.

Le chercheur Yaron Salman souligne qu’Israël s’est appuyé sur la formation militaire, le développement des capacités de renseignement et le transfert de technologies de sécurité pour renforcer sa présence dans les pays confrontés à des rébellions armées ou à des menaces terroristes. En retour, les cercles israéliens estiment que l’expansion des groupes extrémistes armés en Afrique crée une opportunité de construire des partenariats à long terme avec les gouvernements locaux, ouvrant ainsi la voie à une coopération sécuritaire et économique simultanée.

L’importance de la région du Sahel pour Israël ne se limite pas à la lutte contre le terrorisme, mais s’étend à la compétition géopolitique croissante sur le continent, où les rôles de la Russie, de la Turquie, de l’Iran et de la Chine se développent, tandis que l’influence traditionnelle des puissances occidentales, notamment la France, recule.

Dans une étude sur la compétition internationale en Afrique, le chercheur Denis Citrinovich a considéré que le Burkina Faso est devenu l’un des terrains d’influence russe, ce qui pousse Israël à rechercher un point d’ancrage lui permettant de maintenir sa présence dans une région en pleine redéfinition des rapports de force.

Convergence d’intérêts, pas d’alliance déclarée

Bien qu’il existe des indicateurs montrant un rapprochement croissant entre les deux parties, il n’existe jusqu’à présent aucun document officiel révélant des accords de sécurité ou de renseignement directs entre Israël et le Burkina Faso. Il n’y a pas non plus de preuve reliant la campagne de Traoré contre les institutions islamiques à une coordination avec Tel Aviv, ce qui rend difficile l’affirmation d’une relation causale directe.

Cependant, ce qui peut être observé est une convergence claire des intérêts. Le gouvernement burkinabé recherche des outils techniques et sécuritaires pour l’aider à reprendre le contrôle du pays et souhaite diversifier ses partenaires après les résultats limités des paris français et russes.

En retour, Israël voit le Burkina Faso comme une porte d’entrée appropriée pour renforcer sa présence dans la région du Sahel, en se présentant comme un partenaire dans les domaines de la sécurité, de la technologie, de l’agriculture et du développement, des outils qui lui confèrent un pouvoir politique dépassant les limites de la coopération économique traditionnelle.

Ainsi, la nomination de l’ambassadeur israélien peut être comprise comme une étape reflétant le passage des relations d’un niveau de communications limité à un niveau plus public et organisé, sans que cela ne signifie nécessairement l’établissement d’une alliance stratégique complète.

Avenir des relations

L’avenir des relations entre les deux parties sera probablement déterminé par l’évolution de la situation sécuritaire au Burkina Faso. Si les groupes armés continuent d’étendre leur influence, il est prévu que Ouagadougou ait un besoin accru de technologies de sécurité et de partenariats en matière de renseignement, ce qui pourrait ouvrir la voie à une coopération plus large avec Israël.

En revanche, Israël continuera de veiller à offrir sa coopération dans un cadre de développement et économique, en plus de la dimension sécuritaire, conscient de la sensibilité de l’opinion publique africaine qui rejette toute implication ou présence militaire israélienne sur leur sol, ainsi que pour éviter de susciter des réactions de la part de puissances régionales concurrentes comme l’Algérie.

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