Africa. Le gouvernement nigérian a suscité une vaste controverse en supprimant la politique d’enseignement dans les langues nationales et en rétablissant l’anglais comme langue officielle d’instruction à tous les niveaux scolaires.
Le ministre de l’Éducation, Tunji Alausa, a déclaré:
« L’adoption des langues nationales n’a pas donné les résultats escomptés après trois ans d’expérimentation ; l’anglais sera désormais la langue d’enseignement au Nigeria. »
Le choix du Nigeria n’est pas isolé: d’autres pays africains ont pris des décisions similaires. Cependant, l’usage de l’anglais dans l’enseignement dépasse le simple cadre linguistique ; il touche aux dimensions culturelle, identitaire, politique et éducative, car il influence l’identité nationale, la souveraineté du savoir et la cohésion sociale.
La langue, socle de l’identité et de la cohésion
La langue n’est pas seulement un moyen de communication, mais aussi un réservoir de mémoire et de valeurs. Le Nigeria est riche de nombreuses langues locales: le haoussa, l’igbo et le yoruba dominent l’espace culturel, tandis que l’arabe garde une présence spirituelle et éducative en raison de la majorité musulmane du pays.
L’introduction de l’anglais sous la colonisation britannique a établi une hiérarchie culturelle et politique, renforçant la dépendance et la perte progressive des repères identitaires locaux.
Les expériences africaines montrent que l’exclusion des langues nationales du système éducatif conduit à leur disparition lente, privant les peuples d’une partie de leur patrimoine immatériel.
Le haoussa, notamment, constitue un vecteur culturel majeur de l’Afrique de l’Ouest ; son retrait de l’enseignement est perçu comme un recul stratégique, comparable à ce qu’auraient représenté la disparition du swahili en Tanzanie ou de l’amharique en Éthiopie.
Langue et apprentissage
L’ancien ministre de l’Éducation, Adamu Adamu, a critiqué la décision:
« Les élèves comprennent mieux lorsqu’ils apprennent dans leur langue maternelle ; trois ans ne suffisent pas pour juger de l’efficacité d’une telle réforme. »
Des éducateurs ont qualifié la mesure de précipitée, soulignant que l’enseignement dans la langue maternelle favorise la compréhension, la pensée critique et réduit l’échec scolaire. L’abandon du programme résulterait plus d’un manque de ressources que d’un échec du modèle.
Souveraineté culturelle et sécurité linguistique
La politique linguistique reflète la souveraineté d’un État et son indépendance culturelle. Une domination totale de l’anglais engendre une dépendance cognitive et limite la production de savoirs enracinés dans les réalités locales.
Les pays dotés d’une langue nationale forte disposent d’un atout stratégique: l’unité du discours et la stabilité éducative, à l’image de la Tanzanie avec le swahili ou de l’Éthiopie avec l’amharique.
Adopter le haoussa comme langue nationale principale, et l’arabe et l’anglais comme langues officielles secondaires, offrirait au Nigeria une identité culturelle équilibrée, tout en:
– consolidant l’unité linguistique nationale ;
– préservant les autres langues locales ;
– renforçant l’influence régionale du Nigeria en Afrique de l’Ouest.
Le véritable défi du Nigeria est désormais de protéger son identité et sa souveraineté culturelle à travers une politique linguistique qui valorise ses racines, tout en assurant son rayonnement africain et mondial.





