Africa-Press. Des scientifiques ont découvert d’anciens motifs de « structures ondulées » préservés dans des roches jurassiques au Maroc, révélant qu’ils se sont formés dans des eaux profondes, hors de portée de la lumière solaire. Ces résultats montrent que ces structures ne proviennent pas de microbes photosynthétiques, mais d’organismes microscopiques tirant leur énergie de réactions chimiques, ce qui modifie l’interprétation des traces de vie ancienne dans les archives géologiques.
Cette découverte géologique, réalisée dans le Haut Atlas central, a permis aux chercheurs d’identifier des ondulations inhabituelles conservées dans des roches datant du Jurassique inférieur, selon une étude récente publiée dans la revue scientifique Geology.
Les structures ont été mises au jour dans la formation de Tagoudite, près du village de Boumdour. Les roches présentent de petites crêtes et sillons, mesurant de quelques millimètres à quelques centimètres. Leur particularité réside dans le fait qu’elles se sont formées à une profondeur d’environ 200 mètres, dans un environnement dépourvu de lumière.
En raison de cette profondeur, les chercheurs concluent que ces structures ne peuvent pas être attribuées à des communautés microbiennes photosynthétiques, mais à des microbes chimioautotrophes, qui exploitent l’énergie chimique plutôt que la lumière solaire. L’étude précise qu’« en raison de leur profondeur ancienne (~200 m), il est peu probable qu’elles aient été formées par des communautés phototrophes ».
Ces roches remontent à environ 182 millions d’années. À cette époque, des précipitations intenses favorisaient le transport de sédiments et de matière organique vers les profondeurs marines, où ils étaient déposés par des courants sous-marins appelés turbidites.
Pour confirmer l’origine biologique des structures, les chercheurs ont mené des analyses microscopiques et géochimiques, révélant des concentrations élevées de carbone juste sous les surfaces ondulées, ce qui constitue un indice fort d’une activité microbienne ancienne.
Bien que ces ondulations ressemblent à celles observées dans des environnements marins peu profonds, leur profondeur de formation et leur signature chimique racontent une autre histoire. Les chercheurs estiment que les microbes se nourrissaient de composés chimiques libérés lors de la décomposition de la matière organique, notamment des composés soufrés.
Habituellement, les tapis microbiens sont détruits par l’activité animale avant d’être fossilisés. Toutefois, dans ce cas précis, les substances chimiques toxiques issues de la décomposition auraient éloigné les animaux, permettant aux structures de se consolider et de s’inscrire durablement dans le registre géologique.
Cette découverte est jugée particulièrement importante, car elle démontre que les structures ondulées ne sont pas nécessairement des indicateurs d’environnements peu profonds et ensoleillés, mais peuvent également se former dans des milieux marins profonds et obscurs. Les chercheurs considèrent ce phénomène comme un « mode de préservation jusqu’ici négligé », ouvrant de nouvelles perspectives pour l’étude de la vie ancienne.





