Africa-Press. Le Fonds Aga Khan pour le développement économique a mis fin à une période de six décennies en vendant sa participation de 54,08 % dans le groupe kényan Nation Media, la plus grande entreprise médiatique indépendante d’Afrique de l’Est, à l’homme d’affaires tanzanien Rostam Aziz.
Cette transaction donne au milliardaire tanzanien le contrôle total du groupe et ouvre la voie à une nouvelle phase dans l’histoire des médias kényans et régionaux, dans l’attente de l’approbation des autorités de régulation au cours des prochains mois.
Signification de ce tournant
Selon un rapport du site spécialisé dans les technologies africaines TechCabal, la décision de vendre reflète la prise de conscience par l’Aga Khan de la difficulté de maintenir le modèle traditionnel des médias face à la transformation numérique, notamment avec la baisse des revenus publicitaires de la presse écrite et la montée en puissance des plateformes numériques.
Le média tanzanien The Chanzo a indiqué que Rostam Aziz s’est engagé à ne pas réduire la taille du groupe mais plutôt à l’élargir, affirmant que sa stratégie repose sur l’investissement dans les contenus numériques et le renforcement de la présence régionale.
Dans une analyse publiée par le journaliste kényan Moses Kemibaro sur la plateforme Medium, l’opération a été décrite comme le résultat de « paris stratégiques erronés » faits par le groupe au cours de la dernière décennie, notamment un investissement massif dans des imprimeries modernes en 2015 au lieu de se concentrer sur la transformation numérique, ce qui a accéléré son déclin face à la concurrence mondiale sur le marché publicitaire.
Les défis rencontrés par Nation Media
Le groupe a affronté une série de défis qui ont affaibli sa position dominante. L’introduction de la taxe sur la valeur ajoutée en 2013 a entraîné une hausse des prix des journaux d’environ 20 %, provoquant une baisse notable de la diffusion. Malgré l’annonce d’une transformation vers une « entreprise de contenu numérique », la direction a continué de considérer l’impression comme « le cœur de l’activité », créant un décalage stratégique entre les ambitions et la réalité.
Par ailleurs, des plateformes mondiales comme Facebook et Google ont capté une part croissante du marché publicitaire, réduisant la capacité des journaux traditionnels au Kenya à concurrencer. En outre, la domination persistante d’une ancienne génération de dirigeants a ralenti les décisions de transformation numérique.
L’avenir du groupe sous la direction d’Aziz
Le nouveau propriétaire a affirmé que sa stratégie repose sur l’expansion régionale et sur le renforcement de la présence du groupe en Afrique de l’Est, notamment en Tanzanie, en Ouganda et au Rwanda. D’importants investissements devraient être orientés vers les plateformes numériques, conformément aux transformations mondiales du secteur des médias.
Il a également précisé qu’il ne prévoit ni licenciements massifs ni fermeture de journaux, mais qu’il cherche plutôt à restructurer le modèle économique du groupe afin d’assurer sa durabilité.
Ainsi, l’accord entre l’Aga Khan et Rostam Aziz ne représente pas seulement un transfert de propriété, mais aussi la fin d’un modèle médiatique traditionnel et le début d’une nouvelle phase susceptible de redéfinir l’avenir des médias indépendants en Afrique de l’Est. Le succès d’Aziz dépendra de sa capacité à réinventer le groupe à l’ère numérique tout en préservant son héritage journalistique.





