L’Ouganda Défend Ses Mesures Sécuritaires et la Coupure D’Internet

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L’Ouganda Défend Ses Mesures Sécuritaires et la Coupure D’Internet
L’Ouganda Défend Ses Mesures Sécuritaires et la Coupure D’Internet

Africa-Press. Le gouvernement ougandais a défendu les mesures de sécurité prises à la suite des élections générales, y compris les arrestations et la coupure des services Internet, tout en niant les accusations de répression politique et en affirmant que ces mesures s’inscrivent dans le cadre du maintien de l’ordre public et de la lutte contre ce qu’il a qualifié de « gangs criminels ».

Le ministre ougandais de l’Information, Chris Baryomunsi, a rejeté les accusations selon lesquelles le gouvernement recourrait à la répression contre les opposants politiques. Il a justifié les arrestations et les restrictions imposées à l’espace numérique en les présentant comme faisant partie d’une « guerre contre des gangs criminels » qui, selon lui, se dissimulent derrière l’activité politique pour provoquer des troubles après les élections du 15 janvier.

Baryomunsi a déclaré: « Il ne s’agit pas de répression politique, mais du maintien de l’ordre public face à des gangs », estimant que l’État assume sa responsabilité de prévenir le chaos et de protéger la stabilité. Dans son communiqué, le ministre a salué ce qu’il a décrit comme le « calme du peuple ougandais », tout en faisant état « d’incidents isolés » qui auraient pu menacer l’ordre public sans l’intervention des forces de sécurité.

Dans le même contexte, le communiqué a félicité le président Yoweri Museveni pour sa réélection, ainsi que le parti au pouvoir, le Mouvement de résistance nationale, pour sa « victoire écrasante ». Selon des observateurs, cette démarche vise à réaffirmer la légitimité du processus électoral, alors que les forces de l’opposition contestent les résultats et que les critiques locales et internationales concernant la situation sécuritaire et les droits humains dans le pays se multiplient.

Le gouvernement affirme l’existence de « gangs » opérant sous couvert d’activités politiques, mais l’identité de ces groupes reste controversée. Selon le ministre de l’Information, il s’agirait de groupes criminels « déguisés en militants politiques », mobilisés pour « déstabiliser la sécurité » et provoquer des affrontements avec la police. Des observateurs estiment que le discours officiel brouille délibérément les frontières entre activité politique légitime, incitation et criminalité organisée.

Baryomunsi a affirmé que le gouvernement dispose de preuves, notamment des images, montrant des dirigeants de l’opposition donnant des instructions à leurs partisans sur la manière de « neutraliser » les forces de sécurité. Il a ajouté que les autorités avaient déjà arrêté un certain nombre de suspects et que d’autres arrestations seraient menées « conformément à la loi ».

Dans ce cadre, le gouvernement a directement accusé le parti « National Unity Platform », dirigé par le principal opposant Bobi Wine, d’être à l’origine des violences. Le parti a toutefois rejeté ces accusations, affirmant que les forces de sécurité ciblent systématiquement ses militants et ses partisans.

Le ministre de l’Information n’a pas précisé le nombre de personnes arrêtées ni la nature des charges retenues contre elles. Cependant, d’autres responsables gouvernementaux ont avancé des chiffres controversés ces derniers jours. Le chef d’état-major de l’armée ougandaise, Muhoozi Kainerugaba, fils du président, a déclaré qu’environ 2 000 partisans de l’opposition avaient été arrêtés, faisant également état de la mort de 30 personnes, sans préciser les circonstances de ces décès.

Sur le plan international, les Nations unies, par la voix de leur secrétaire général António Guterres, ont exprimé leur inquiétude face à l’évolution de la situation en Ouganda, appelant les autorités à faire preuve de retenue, à respecter l’état de droit et à honorer les engagements du pays en matière de droits humains.

Concernant les restrictions numériques, le gouvernement a souligné que la décision de suspendre les services Internet visait à prévenir l’incitation à la violence et la manipulation de l’information. Avant les élections, l’Autorité ougandaise des communications (UCC) avait ordonné une suspension temporaire de l’Internet public et de certains services de téléphonie mobile, sur la base des recommandations d’un comité de sécurité interinstitutionnel, afin de limiter la « désinformation », la « fraude électorale » et le risque « d’incitation à la violence ».

Toutefois, des organisations de défense des droits humains ont dénoncé cette mesure, la qualifiant de restriction massive de la liberté d’accès à l’information et d’outil de contrôle politique durant une période électorale sensible.

Pour illustrer ce qu’il a décrit comme le « coût humain » des risques sécuritaires, le ministre de l’Information a cité des événements survenus dans la région de Butambala, au centre du pays, où des violences le jour du scrutin ont fait plusieurs morts. Il a estimé que cet incident confirmait l’existence d’une menace sécuritaire réelle justifiant le déploiement des forces et le durcissement des mesures de sécurité après le vote.

De son côté, l’opposition dénonce ce qu’elle qualifie de « stratégie de criminalisation ». Bobi Wine affirme être poursuivi depuis l’annonce des résultats électoraux et indique vivre dans la clandestinité par crainte d’être arrêté.

Les derniers jours ont été marqués par une nouvelle escalade des tensions après une perquisition au domicile du chef de l’opposition. Bobi Wine a accusé des soldats d’avoir attaqué sa maison et agressé son épouse, Barbara Kyagulanyi, connue sous le nom de « Barbie », qui a déclaré depuis son lit d’hôpital avoir été attaquée par des hommes armés à la recherche de son mari.

Pour sa part, le commandant de l’armée, Muhoozi Kainerugaba, a nié ces accusations, affirmant que l’armée « n’agresse pas les femmes ». Au sein du parti National Unity Platform, certains membres ont exprimé leurs craintes que les opérations de sécurité en cours ne soient également utilisées pour « fabriquer » ou monter de toutes pièces des preuves visant à incriminer les dirigeants du parti — des accusations que le gouvernement rejette catégoriquement.

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