Africa-Press. Plus de 30 dirigeants africains ont ouvert un sommet avec le président français Emmanuel Macron au Kenya, dans une tentative de Paris de conclure de nouveaux accords et partenariats, alors que son influence dans certaines de ses anciennes colonies sur le continent semble diminuer.
Ce sommet s’inscrit dans le cadre d’une tournée africaine de Macron, qui a débuté à Alexandrie avec l’inauguration du nouveau campus de l’Université Senghor francophone en présence du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, et se terminera à Addis-Abeba par une rencontre avec le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, ainsi qu’une visite au siège de l’Union africaine en présence du secrétaire général des Nations Unies António Guterres, selon un communiqué de l’Élysée.
Le Washington Post a rapporté que la France cherche, à travers ce sommet, à élargir son influence géostratégique en Afrique après son retrait du Sahel, et à renforcer ses alliances en dehors de ses anciennes colonies.
Le site officiel du sommet indique que les sujets abordés incluent: le financement durable et la réforme du système financier international, la transition énergétique et l’industrialisation verte, l’économie bleue et les infrastructures, la transformation numérique et l’intelligence artificielle, l’agriculture durable, la sécurité alimentaire et la santé, ainsi que la paix et la sécurité.
Selon la plateforme de recherche spécialisée dans les affaires africaines “Africa Trends”, le choix de Nairobi a une double signification: d’une part, il reconnaît que les centres de gravité économique en Afrique ne sont plus confinés à l’espace francophone, et d’autre part, il s’agit d’une tentative de se positionner en Afrique de l’Est anglophone, plus liée à l’investissement, aux services logistiques et à l’économie numérique, dans un contexte de concurrence internationale croissante impliquant la Chine, la Russie, la Turquie et les États-Unis.
Le sommet “L’Afrique en avant” est le premier organisé par la France dans un pays anglophone, et il fait suite à une série de revers en Afrique de l’Ouest, où certains dirigeants francophones ont réduit leurs relations sécuritaires et commerciales avec la France.
Lors d’une table ronde avec de jeunes entrepreneurs sur la technologie et l’intelligence artificielle, aux côtés du président kenyan William Ruto, Macron a déclaré que l’Afrique et la France sont des partenaires égaux ayant des objectifs communs.
Il a ajouté: “Beaucoup de solutions sont créées aux États-Unis ou en Chine. Je pense que nous avons une lutte commune… qui est de construire notre indépendance stratégique pour l’Europe et l’Afrique, et si nous la construisons ensemble, nous serons beaucoup plus forts.”
Le plus riche homme d’Afrique, l’industriel nigérian Aliko Dangote, est présent, ainsi que plus de 30 présidents, vice-présidents et premiers ministres africains, ainsi que des dirigeants d’entreprises françaises de premier plan comme TotalEnergies et Orange.
Dimanche, lors d’une visite d’État entre Macron et Ruto, des accords d’une valeur de plus d’un milliard de dollars ont été annoncés, dont des projets du groupe de transport français CMA CGM pour investir 700 millions d’euros (823 millions de dollars) dans la modernisation d’un terminal au port de Mombasa au Kenya. D’autres investissements dans les énergies renouvelables, l’intelligence artificielle et d’autres domaines devraient également être annoncés.
La France, qui organise des événements similaires dans les pays francophones depuis les années 1970, a toujours promu la croissance de son commerce avec les pays africains, bien qu’elle ait également connu des déceptions.
L’année dernière, le gouvernement de Ruto a annulé un contrat d’extension d’une autoroute d’une valeur de 1,5 milliard de dollars avec un consortium dirigé par l’entreprise française Vinci, le transférant à des entreprises chinoises après que les autorités kenyanes aient déclaré que cela comportait des risques importants.
Le Kenya espère tirer parti de ce sommet pour attirer des investisseurs français désireux de profiter de la zone de libre-échange africaine (AfCFTA), et pour renforcer les discussions visant à rendre le système financier mondial plus équitable pour les pays africains lourdement endettés.
Le président kenyan assistera le mois prochain au sommet du G7 à Évian, sur invitation de la France, qui assure la présidence tournante du groupe. Le ministre des Affaires étrangères kenyan Musalia Mudavadi a déclaré: “Nous pensons qu’il est bon d’inclure les résultats cruciaux de cette réunion comme points essentiels à l’ordre du jour du G7.”
La France a toujours entretenu des relations étroites avec l’Afrique, notamment dans ses anciennes colonies d’Afrique de l’Ouest et du Centre, mais elle fait face à une montée des sentiments anti-français.
Depuis 2020, des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont porté des militaires au pouvoir, qui ont expulsé les troupes françaises. De plus, la France a remis le contrôle de sa dernière base militaire majeure au Sénégal en juillet dernier, après que le président sénégalais Macky Sall a déclaré que les bases françaises étaient en contradiction avec la souveraineté du pays.





