CE Qu’Il Faut Savoir
Le Royaume-Uni a reporté la révision d’un projet de loi sur la restitution des îles Chagos à Maurice, initialement prévue pour le 23 février. Ce report, influencé par des pressions américaines, complique davantage la situation géopolitique, alors que Maurice se retrouve dans une position délicate face à des enjeux militaires et diplomatiques.
Africa-Press. Le Royaume-Uni a surpris en reportant la révision prévue du projet de loi sur la restitution des îles Chagos à Maurice, qui devait être présentée le lundi 23 février devant la Chambre des Lords avant d’être soumise à la Chambre des communes pour approbation finale.
Ce report, qui n’a pas de date fixée, fait suite à une nouvelle pression du président américain Donald Trump, qui a explicitement demandé à Londres de ne pas abandonner Diego Garcia, l’île la plus stratégique de l’archipel, abritant une base militaire anglo-américaine considérée comme un point névralgique de l’influence militaire dans l’océan Indien.
Parallèlement à ce retournement inattendu, une délégation américaine, qui devait se rendre à Maurice le lundi pour discuter des arrangements de sécurité liés à la base, a annulé sa visite, ce qui indique clairement que la position américaine est devenue un facteur de pression dans cette affaire.
À Port-Louis, les autorités mauriciennes ont confirmé que le processus de restitution de la souveraineté pourrait entrer dans une phase d’attente prolongée. Le procureur général Gavin Glover, équivalent du ministre de la Justice, a déclaré qu'”il est impossible de prédire ce qui se passera dans les semaines à venir”, soulignant que son pays est devenu “une victime collatérale dans un contexte géopolitique très complexe”.
Il a ajouté que Maurice n’a reçu “aucun indice” sur la date à laquelle l’accord de transfert de souveraineté serait à nouveau inscrit à l’ordre du jour du Parlement britannique. La base de Diego Garcia revêt une importance centrale pour les États-Unis, notamment en ce qui concerne leurs opérations militaires vers le Golfe Persique.
L’avocat mauricien Parvez Dookhy, spécialisé dans le dossier Chagos, affirme que la base — contrairement aux bases américaines au Qatar ou à Bahreïn — offre à Washington “une plus grande liberté d’action” car elle est située sur “un territoire entièrement britannique”, ce qui explique le désir de Trump de maintenir le statu quo et de ne pas transférer la souveraineté à Maurice.
La position de Trump a connu plusieurs revers au cours des dernières semaines, compliquant encore la situation. Le 20 janvier, il a qualifié le transfert proposé de souveraineté de “folie absolue”, avant de revenir plus tard pour louer l’accord négocié, le considérant comme “le meilleur possible”, car il garantit le fonctionnement continu de la base sous un contrat de location de 99 ans.
Cependant, ses dernières déclarations du 18 février étaient totalement opposées, déclarant qu'”il ne faut pas céder Diego Garcia”, ce qui a de nouveau plongé le dossier dans l’incertitude.
Entre les pressions américaines, l’hésitation britannique et les revendications mauriciennes, la question de l’archipel des Chagos demeure prisonnière de calculs géopolitiques complexes qui pourraient retarder longtemps le rêve de Maurice de retrouver sa pleine souveraineté sur les îles.
L’archipel des Chagos, dont Diego Garcia est la plus connue, a été un point de tension entre le Royaume-Uni et Maurice depuis des décennies. En 1965, le Royaume-Uni a séparé les Chagos de Maurice pour établir une base militaire américaine, ce qui a conduit à l’expulsion des habitants. Depuis lors, Maurice a revendiqué la souveraineté sur ces îles, mais les enjeux géopolitiques, notamment la présence militaire américaine, compliquent la situation. La question de la restitution des Chagos reste un sujet de débat international.





