Tigré au Bord de la Guerre: qui Pousse?

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Tigré au Bord de la Guerre: qui Pousse?
Tigré au Bord de la Guerre: qui Pousse?

Africa-Press. La visite surprise de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, représentant spécial de l’Union africaine pour la région de la Corne de l’Afrique, dans la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie, a de nouveau mis en lumière le fragile dossier de la paix dans le pays, au milieu d’avertissements croissants sur la possibilité d’un effondrement de l’accord de Pretoria et d’un retour à la guerre qui a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes en deux ans et a laissé une crise humanitaire majeure.

Obasanjo est arrivé dans la ville de Mekele, capitale de la région du Tigré, à la tête d’une délégation internationale comprenant des émissaires d’Australie et du Royaume-Uni, dans une visite qui semblait être une tentative urgente de contenir les tensions croissantes entre le gouvernement fédéral éthiopien et le Front de libération du peuple du Tigré, après plus de deux ans depuis la signature de l’accord de paix qui a officiellement mis fin à la guerre en novembre 2022.

Obasanjo a rencontré le président du Front de libération du peuple du Tigré, Debretsion Gebremichael, où les discussions se sont concentrées sur deux principaux dossiers: empêcher le retour au conflit armé et évaluer le degré d’engagement des parties à mettre en œuvre l’accord de Pretoria, qui avait été décrit à l’époque comme un tournant historique pour mettre fin à l’une des guerres les plus violentes en Afrique au cours de la dernière décennie.

Cependant, le calme relatif observé dans la région au cours des derniers mois commence à être mis à l’épreuve, avec une augmentation des accusations mutuelles entre Addis-Abeba et la direction du Tigré concernant le blocage de la mise en œuvre de l’accord, ainsi que des indicateurs sur le terrain que les observateurs estiment alarmants et annonciateurs d’une reprise des hostilités.

Une frappe de drone ravive les craintes

La visite d’Obasanjo a coïncidé avec une montée des tensions sécuritaires, après des rapports locaux faisant état d’une frappe par drone près de la ville de Shiraro, au nord-ouest du Tigré, la semaine dernière, ciblant une zone connue sous le nom de “Tikemati”. Les autorités de la région ont accusé le gouvernement fédéral d’être responsable de l’attaque, affirmant qu’elle avait entraîné des morts et des blessés parmi les forces du Tigré et des dommages matériels, la qualifiant de violation directe de l’accord de Pretoria et d’un message politique et militaire porteur de signaux inquiétants.

Bien qu’aucune confirmation officielle n’ait été émise par le gouvernement éthiopien concernant l’attaque, l’incident a rappelé l’utilisation de drones pendant la guerre précédente, lorsque les frappes aériennes ont joué un rôle crucial dans le changement des rapports de force en faveur de l’armée fédérale, soutenue par une aide militaire extérieure.

Les habitants de la région craignent que ces développements ne soient le prélude à un nouveau cycle de guerre, d’autant plus que de vastes parties du Tigré souffrent encore des conséquences du conflit précédent, tant au niveau des infrastructures que des services essentiels ou de la situation des déplacés.

Accusations mutuelles et préparatifs militaires

Quelques jours avant la visite d’Obasanjo, le Front de libération du peuple du Tigré a adressé un message à l’Union africaine et aux missions diplomatiques internationales, appelant à une intervention urgente pour résoudre ses différends avec le gouvernement fédéral, accusant Addis-Abeba de ne pas respecter des clauses essentielles de l’accord de paix.

Le porte-parole du front, Mikail Asgedom, a affirmé que les restrictions imposées sur le carburant, le commerce et les fournitures essentielles avaient aggravé la crise économique et humanitaire dans la région, considérant que le gouvernement utilisait les pressions économiques comme moyen de pression politique.

En revanche, le gouvernement éthiopien a intensifié son discours à l’égard du front. Le directeur du renseignement et de la sécurité nationale éthiopien, Ridwan Hussein, et le conseiller du Premier ministre pour les affaires de l’Afrique de l’Est, Getachew Reda, ont publié un article commun sur un site d’information, accusant le Front de Tigré de préparer une nouvelle attaque contre les forces fédérales.

L’article a souligné l’existence de réunions et de mouvements régionaux à Asmara, Mekele et au Soudan visant, selon les auteurs, à coordonner des efforts politiques et militaires incluant le recrutement, la formation et l’armement, avec des accusations directes à l’égard de l’Érythrée de fournir un soutien logistique à ces mouvements.

Ces accusations reflètent la persistance d’un manque de confiance entre les deux parties, malgré l’accord signé il y a deux ans, et indiquent que le dossier du Tigré reste imbriqué dans des calculs régionaux plus larges, incluant la rivalité éthiopienne-érythréenne, les tensions frontalières et les intérêts des puissances internationales dans la région de la Corne de l’Afrique.

L’accord de Pretoria: une paix inachevée

Bien que l’accord de Pretoria ait réussi à mettre fin aux opérations militaires à grande échelle, il n’a pas pu résoudre complètement les racines de la crise. L’accord prévoyait le désarmement progressif des forces du Tigré, le retour des institutions fédérales, le rétablissement des services essentiels et la préparation des conditions pour le retour des déplacés, ainsi que la création d’une administration transitoire dans la région.

Cependant, la mise en œuvre de ces clauses a rencontré de multiples obstacles, notamment la persistance des conflits frontaliers, en particulier dans les zones de l’ouest du Tigré contrôlées par des forces de la région Amhara, ainsi que la lenteur de la reconstruction et la poursuite des désaccords concernant le partage du pouvoir et l’administration locale.

De plus, le dossier de la justice transitionnelle et de la responsabilité pour les violations massives pendant la guerre reste un point de friction sensible, au milieu d’accusations mutuelles de crimes de guerre et de violations des droits des civils.

Crise de gouvernance et élections reportées

La visite d’Obasanjo intervient également dans un contexte de crise politique interne liée à la légitimité du gouvernement au Tigré. La région a été absente des élections éthiopiennes qui se sont tenues début juin, ce qui reflète la profondeur de la crise politique entre Mekele et Addis-Abeba.

Debretsion Gebremichael avait déclaré en mai dernier que les conditions de sécurité et politiques ne permettaient pas de tenir des élections dans la région, soulignant que de vastes parties du Tigré demeurent hors du contrôle de l’administration locale en raison des conflits frontaliers persistants.

La crise s’est compliquée davantage après que Debretsion a prêté serment en tant que président de la région suite à la réactivation du Conseil du Tigré, une démarche non reconnue par le gouvernement fédéral qui considère toujours l’administration intérimaire prévue par l’accord de Pretoria comme le seul cadre légitime pour gérer la région.

Les observateurs estiment que cette imbrication entre légitimité politique et administrative pourrait devenir un facteur supplémentaire d’aggravation de la crise, surtout si elle s’accompagne d’une escalade militaire ou d’interventions régionales.

La Corne de l’Afrique face à un nouveau test

Après ses réunions avec les dirigeants de la région, Obasanjo a qualifié les discussions de “constructives”, affirmant l’engagement de l’Union africaine à maintenir la paix et la stabilité dans le nord de l’Éthiopie. Il a également souligné que la paix durable est une condition essentielle pour la stabilité et la croissance économique du pays, indiquant que la délégation poursuivra ses consultations avec des responsables fédéraux à Addis-Abeba.

Cependant, le succès de ces efforts dépendra de la capacité de l’Union africaine et des partenaires internationaux à passer d’une phase de médiation symbolique à une pression réelle sur les deux parties pour qu’elles respectent les engagements convenus, notamment en ce qui concerne la protection des civils, le retour des déplacés et l’arrêt des discours belliqueux.

Dans un contexte de fragilité de la situation intérieure éthiopienne et de multiples foyers de tensions sécuritaires dans le pays, beaucoup craignent qu’un effondrement de l’accord de Pretoria n’entraîne une nouvelle vague de violence, dont les conséquences ne se limiteraient pas au Tigré, mais pourraient s’étendre à l’ensemble de la région de la Corne de l’Afrique, déjà marquée par des rivalités régionales et des crises imbriquées.

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