Africa-Press. L’Union européenne a exprimé une “grande inquiétude” concernant les récents développements dans la région du Tigré (nord de l’Éthiopie), appelant toutes les parties à désamorcer immédiatement la situation et à éviter toute mesure pouvant compromettre l’accord de paix fragile signé en 2022.
Dans une déclaration faite par le porte-parole des affaires étrangères, l’Union a appelé à la retenue, soulignant la nécessité de maintenir l’accord de cessez-le-feu permanent conclu à Pretoria en novembre 2022.
Elle a également averti contre toute action pouvant menacer l’accord de paix, insistant sur le fait qu’empêcher un retour au conflit est “impératif”.
L’Union européenne a souligné la nécessité de résoudre les différends entre les parties par le dialogue politique, affirmant que le renouvellement du conflit aurait des conséquences dévastatrices sur une région qui peine encore à se remettre d’une guerre de deux ans qui s’est terminée par la signature de l’accord de Pretoria.
Cette déclaration intervient alors que les tensions renaissent et que les craintes d’instabilité dans le nord de l’Éthiopie s’intensifient, les récents événements suscitant des inquiétudes quant à la durabilité du processus de paix et aux risques de glissement vers une nouvelle escalade.
La région du Tigré entre dans une nouvelle phase de tensions politiques, avec une intensification des différends entre le gouvernement fédéral et le Front de libération du peuple du Tigré concernant l’avenir de l’administration intérimaire de la région, mettant ainsi l’accord de paix à l’épreuve.
La crise ne se limite pas à la relation entre Mekele (capitale de la région du Tigré) et Addis-Abeba, mais s’étend également à l’intérieur même du Tigré. Des critiques croissantes se font entendre à l’encontre du front pour son monopole sur le pouvoir et son refus d’inclure d’autres forces politiques dans le processus de transition.
Plus de trois ans après la signature de l’accord de Pretoria en novembre 2022, qui a mis fin à la guerre civile sanglante dans le nord de l’Éthiopie, les arrangements de paix demeurent fragiles et susceptibles de s’effondrer sous la pression de la compétition pour le pouvoir régional, avec des interprétations divergentes des termes de l’accord.
Les racines de la crise actuelle remontent à la décision du gouvernement fédéral de prolonger d’un an le mandat de l’administration intérimaire dirigée par le général Tadesse Worede, prise le 8 avril dernier.
À ce moment-là, le bureau du Premier ministre Abiy Ahmed a annoncé que le mandat du général Tadesse Worede en tant que chef de l’administration intérimaire du Tigré était prolongé d’un an, à compter du 9 avril 2026.
Tadesse avait été nommé pour la première fois le 8 avril 2025, succédant à Getachew Reda.
Bien que cette décision repose sur des cadres juridiques constitutionnels, le Front de libération du peuple du Tigré l’a considérée comme une mesure unilatérale contraire à l’esprit et au texte de l’accord de Pretoria, qui stipule que la gestion de la transition doit se faire par consensus entre les parties concernées.
Le front estime que le maintien de l’administration intérimaire sans élections ni restructuration réelle reflète une tentative de l’exclure politiquement, surtout en l’absence d’une voie claire vers un retour à un gouvernement civil complet dans la région.
Il a clairement exprimé cette position dans plusieurs déclarations, affirmant que le conseil régional élu avant la guerre reste la source légitime du pouvoir, appelant à sa réactivation. Pendant ce temps, des rapports indiquent que le front a déjà soutenu son leader Debretsion Gebremichael pour diriger l’administration régionale.
Cependant, le front montre un intérêt croissant à reprendre le contrôle de la région fertile du Tigré occidental, adjacente à l’Érythrée et au Soudan.
Dans une nouvelle escalade, le front a annoncé le 19 avril dernier la réactivation du conseil régional d’avant-guerre, ce qui constitue un défi direct à l’autorité fédérale et compromet effectivement la légitimité de l’administration intérimaire.
Cette mesure ne reflète pas seulement un rejet politique, mais indique également une tentative de restaurer le contrôle institutionnel sur la région et de reproduire le système politique précédent.
Cette action porte des significations plus profondes, car elle reflète une perte de confiance dans le processus de transition et la conviction du front que le gouvernement fédéral n’a pas l’intention de mettre pleinement en œuvre l’accord, notamment en ce qui concerne le partage du pouvoir, le redéploiement des troupes et la résolution des conflits régionaux.
Pour sa part, Tadesse a rejeté l’opposition du front à la prolongation, laissant l’administration intérimaire dans une situation contestée, comme cela avait été le cas sous son prédécesseur Getachew Reda.
Le leader militaire a affirmé qu’il n’avait pas l’intention de quitter la région malgré le rejet du front de sa présidence, mais l’évolution des événements au cours des jours et des semaines à venir reste incertaine.
Selon des rapports, la guerre civile qui a eu lieu entre 2020 et 2022 entre les forces dirigées par le Front de libération du peuple du Tigré et l’armée nationale éthiopienne a entraîné la mort de centaines de milliers de personnes en raison de la violence directe, de l’effondrement des soins de santé et de la famine.
La guerre a éclaté suite à l’effondrement des relations entre le Front de libération du peuple du Tigré, un mouvement armé devenu parti politique qui a dominé la vie politique éthiopienne pendant près de trois décennies, et Abiy Ahmed, qui a mis fin à son mandat de Premier ministre en 2018, mettant fin à la domination du front.





