Le Niger renforce ces capacités face à la crise malienne et à la menace terroriste

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Le Niger renforce ces capacités face à la crise malienne et à la menace terroriste
Le Niger renforce ces capacités face à la crise malienne et à la menace terroriste

Africa-Press – Niger. La position du Niger dans la crise malienne est connue pour avoir été à la fois constante et agressive à l’égard des rebelles touarègues du MNLA et des groupes armés qui les ont supplantés et évincés des principales villes du nord prises depuis 2012.

Ces groupes ont été considérés en haut lieu comme des «bandits et des narcotrafiquants» qui ne sont nullement représentatifs des populations touarègues. Cette fermeté est considérée aujourd’hui par certains milieux, notamment d’opposition, comme la cause des actes terroristes qui frappent le pays.

Dans le contexte géopolitique, après la chute du régime Kadhafi en Libye, le Niger partagerait de grandes similitudes avec le Mali. Mieux encore, si les groupes armés ont fini par s’installer au Mali, c’est faute d’avoir pu le faire au Niger, pays frontalier de la Libye contrairement au Mali, mais où l’armée a réussi à désarmer ou neutraliser les colonnes entrées sur son territoire.

En outre, historiquement, les rébellions au Mali ont toujours eu un effet de contagion au Niger et inversement. Or avec la prise du nord Mali, l’intégralité des huit cent vingt et un kilomètres de la frontière séparant les deux pays passait sous le contrôle de groupes criminels dans une région où, par ailleurs, les frontières sont poreuses et incontrôlées.

C’est d’ailleurs pourquoi, que d’un point de vue stratégique, on comprend ainsi parfaitement la position du Niger qui ne s’est gardé d’une intervention unilatérale au Mali que faute de moyens et face au risque de heurter sa propre communauté touarègue. On comprend aussi pourquoi le Niger a été un des premiers pays à annoncer l’envoi de cinq cent militaires au Mali en soutien à l’opération Serval, à l’époque.

Si les éléments armés d’Al-Qaïda au Maghreb et du Mujao en particulier ont menacé le Niger suite à ses prises de position diplomatiques, l’envoi de troupes sur le terrain en a fait à leurs yeux une cible, au même titre que le Mali.

Dans ce contexte, le ministre nigérien de la Défense nationale Alkassoum Indatou a déclaré récemment qu’environ sept cent (700) civils et cinq cent (500) militaires ont été tués dans des « attaques terroristes » au Niger, depuis 2013, selon un rapport rendu public par l’Agence officielle nigérienne de presse (ANP).

« Les Nigériens font face à une guerre qui leur est imposée depuis plus d’une dizaine d’années », a confié le ministre de la Défense nationale du Niger.

Il a ajouté également que « Ce terrorisme a un coup social énorme avec des milliers de déplacés, la famine, l’aggravation de la pauvreté, la privation des droits du déplacement (aller et venir), nous amenant à des prorogations récurrentes d’états d’urgence et aussi à des classifications de nos routiers verts en axes dits conditionnés et déclarés rouges ».

La situation s’est particulièrement dégradée à partir de 2015 avec les premières attaques de Boko Haram à Diffa, dans le sud-est du Niger, près de la frontière avec le Nigeria.

Et en 2017 les régions de Tahoua et Tillaberi, frontalières du Mali, ont basculé dans l’insécurité avec des attaques attribuées à des « groupes armés » opérant dans le nord du Mali.

Néanmoins, compte tenu de la faiblesse des moyens militaires et financiers de l’État nigérien, on peut se demander si ce ne sont pas là les prémisses d’une déstabilisation d’un pays qui a déjoué jusqu’ici les prédictions de ceux qui le donnaient perdu car cerné par une Libye en déliquescence, un Mali occupé, un nord Nigérian hanté par les groupes de Boko Haram et un sud Algérien parcouru par les restes des groupes armés, notamment Al-Qaïda et les Signataires par le sang.

Vous constaterez d’ailleurs que nos articles publiés sur la situation au Niger ont mis en exergue les plus importants évènements qui s’étaient déroulés dans ce pays.

Mais il importe de noter que la situation du Niger est cependant différente pour plusieurs raisons, parmi lesquelles deux en particulier méritent d’être relevées.

• Tout d’abord et contrairement au Mali, la question touarègue, qui est en toile de fond de toute cette instabilité, est sinon résolue du moins largement apaisée grâce à la mise en œuvre d’une politique dont la portée est reconnue même par les leaders des anciennes rébellions.

En premier lieu, la politique de réinsertion des anciens combattants à tous les niveaux de l’État (forces de sécurité, administration, corps paramilitaires) et dans le secteur privé (BTP, transport, hydrocarbures) a donné naissance à une vraie bourgeoisie touarègue qui n’est guère incitée à faire la guerre puisqu’elle constate qu’elle peut mieux se réaliser dans un contexte de paix.

• La seconde raison pour laquelle la situation est différente de celle du Mali tient au fait qu’au Niger l’État est plus fort, du moins pas déliquescent.

Même avant la crise malienne, il n’a ni dégarni le nord, ni été complaisant à l’égard des groupes armés. Alors que le Mali a signé parfois de mauvais accords, le Niger a souvent été intransigeant.

Les efforts conjugués par les dirigeants nigériens se sont poursuivis, permettant au pays de moderniser sa petite aviation, tout en consolidant sa force terrestre et le maillage de son territoire. Des efforts auxquels sont venus s’ajouter à une certaine période la présence de forces et systèmes de surveillance (notamment les drones) français et américains.

En quelque sorte, le Niger est ainsi relativement immunisé contre une déstabilisation de l’envergure de celle qui a frappé le Mali.

Le défi reste colossal pour autant

Le Président nigérien Mohamed Bazoum, qui a pris le taureau par les cornes, tout juste après son élection à la présidence de la République, en avril 2021, s’est penché sur le cas des « jeunes recrues » approchées par les groupes armés, et a déclaré à ce sujet :

« Depuis que je suis venu à la tête de l’État, je me suis dit : “ces jeunes gens là qui sont dans le terrorisme qu’est-ce qu’ils veulent ?”. J’ai décidé de les aborder, j’ai cherché le parent biologique de chacun d’entre eux (…) et je leur ai envoyé des émissaires ».

Il a même dit avoir « parlé avec certains » et en a « reçu d’autres » et avoir constaté « une légère accalmie » dans les attaques meurtrières des groupes armés, particulièrement dans le sud-est.

Bazoum n’a pas caché son insistance sur l’importance de l’appui de leurs alliés européens et américains contre les groupes armés : « Nous n’avons pas les moyens de garder tous nos villages. Mes militaires sont 12.000 dans des opérations, ils font quatre mois (sur le terrain) si à côté d’eux je peux placer 600, 700 Européens qui ont des hélicoptères qui vont travailler avec eux (…) c’est ça l’esprit de Takuba », la force européenne qui pourrait être redéployée dans la zone nigérienne de Tillabéri après son retrait du Mali.

C’est ainsi que le Niger a autorisé, législativement, de « nouvelles implantations » de forces spéciales françaises et européennes sur son territoire

Pourquoi l’armée française irait au Niger ?

En annonçant en février le retrait de leurs forces du Mali, la France et ses partenaires européens avaient souhaité rester engagés dans la région sahélienne et « étendre leur soutien aux pays voisins du golfe de Guinée et d’Afrique de l’Ouest » pour contenir la menace des groupes armés.

Nous invitons nos fidèles lecteurs à consulter nos articles ci-après sélectionnés pour eux et dans lesquels ils découvriront d’importantes informations sur la situation au Niger.

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