Concurrence Russie – France en Afrique de l’Ouest : Le malheur de l’un fait le bonheur de l’autre

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Concurrence Russie – France en Afrique de l’Ouest : Le malheur de l’un fait le bonheur de l’autre
Concurrence Russie – France en Afrique de l’Ouest : Le malheur de l’un fait le bonheur de l’autre

Anouar CHENNOUFI

Africa-Press – Benin. Les raisons de l’hostilité croissante à la France dans les pays d’Afrique de l’Ouest sont liées à trois facteurs fondamentaux : le facteur historique, puisque le passé colonial de la France la présente encore comme la première puissance impérialiste pour les pays de la région, et la présence militaire française, largement décriée par l’opinion publique africaine, comme un élément aggravant de la région plutôt qu’un facteur de sa stabilité, à côté d’un facteur externe influent représenté dans la contre-propagande russe.

On doit reconnaître que l’opinion internationale est consciente que la France est en concurrence principalement avec la Russie en Afrique de l’Ouest, pour tenter de maintenir militairement et économiquement son influence en Afrique, que ce soit en fournissant des services de sécurité pour stopper l’expansion des groupes armés (dont les résultats ont été toujours contestés), ou en établissant des projets d’infrastructures dans des pays classés comme pauvres, ou économiquement modestes, car elle dépend beaucoup du soutien dont elle bénéficie de leur part, compte tenu de la concurrence internationale sur ses capacités naturelles et les méthodes commerciales stratégiques qu’elle adopte.

L’année 2021 fût témoin d’une compétition internationale effrénée pour conclure des accords avec les pays africains, menée par la montée de l’influence de la Russie dans la région, accompagnée d’un rôle chinois, en particulier dans les régions de la Corne africaine et du Sahel, sans négliger le rôle américain quant à l’importance de s’y repositionner et de comprendre les fluctuations géopolitiques qui sont venues régir ces accords militaires et économiques, dans un contexte de recul du rôle de la France, affectée par son passé colonial et ses interventions politiques et militaires dans la région.

De même, le rejet africaine croissant contre l’ingérence occidentale dans ses affaires, ces dernières années, confirme la volonté africaine d’indépendance d’opinion, et de bénéficier désormais des richesses locales, avec la conviction que les ambitions pour les biens du continent sont soumises à la concurrence des puissances économiques occidentales et asiatiques, qui jettent une ombre sur les relations de Paris avec ses anciennes colonies, dont les voix se sont élevées pour rejeter toute ingérence ou tutelle sur ses décisions ou sa souveraineté.

En plus, la France a été confrontée à de nombreux défis dans des domaines qui, pendant des décennies, ont été monopolisés sur son exploitation de ces ressources, car il est devenu clair que Paris perdait beaucoup de ces sites avec le changement de politiques et les différents axes et la tentative de certains pays africains à prendre en mains leurs décisions sécuritaires, militaires et économiques loin de l’hégémonie européenne.

Sans oublier, autre-autres, qu’un autre conflit à caractère caché se déroulait également, ces dernières années, au milieu des conflits de richesse et d’exploitation des clivages régionaux et ethniques et des coups d’État dont regorge le continent africain. Les fluctuations sécuritaires et politiques ont poussé plusieurs pays africains à chercher l’aide de nouveaux alliés à la lumière de la concurrence sur les richesses de l’Afrique, qu’il s’agisse de pétrole et de gaz ou de mines, de diamants, d’or et d’uranium, ainsi que de nouvelles routes commerciales et maritimes.

Ceci nous pousse donc à nous demander si, à l’avenir :

• Les capitales africaines réussiront-elles finalement à parier sur l’exploitation de leur importance économique comme carte de pression pour obtenir leur part de la production mondiale ?

• Ou choisiront-elles entre de nouveaux partenaires, notamment face à l’émergence des crises mondiales et aux craintes de récession économique, et au manque de clarté des visions quant au sort de nombreux dossiers internationaux qui seront jetés dans l’ombre sur l’avenir de la situation internationale, notamment la crise russo-ukrainienne ?

Néanmoins, l’issue de la guerre d’Ukraine sera un élément important pour déterminer l’identité de la partie qui résoudra le conflit en Afrique de l’Ouest en sa faveur. Cependant, la voie la plus appropriée, et la moins néfaste, à l’avenir, est que les pays de la région sortent de la logique d’influence unilatérale ou de la lutte de double influence vers une approche plus ouverte à la présence de diverses puissances émergentes et superpuissances, notamment la Chine, le Japon et la Turquie, en plus de la France et de la Russie.

Si nous jetions un coup d’œil sur le déclin de l’influence française

La mesure prise par le Burkina Faso dans le sens d’évacuer le pays des forces françaises (forces déjà évacuées depuis le 18 février 2023) a été précédée de nombreuses mesures, qui indiquent les sentiments croissants d’hostilité politique et sociétale envers la France dans la région ouest-africaine. En octobre 2022, l’ambassade de France à Ouagadougou et l’Institut français de Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso, ont été attaqués par des manifestants en colère. Pendant ce temps, le Mali et le Niger ont été témoins de manifestations régulières contre la présence française et de pillages de magasins français au Sénégal, dans la capitale, Dakar, en mars 2021.

Le dénominateur commun de ces protestations était un sentiment populaire anti-français croissant, rejetant la présence française en Afrique de l’Ouest sous toutes ses formes, essentiellement militaire, mais aussi diplomatique et économique. Ces sentiments ne se limitent plus à l’humeur populaire générale, mais se sont enracinés dans un secteur des élites africaines dirigeantes, en particulier au sein de l’establishment militaire. D’autant que ces coups d’État ont profité de son hostilité à la France pour lui trouver des incubateurs populaires et une base sociale solidaire.

Mais qu’est-ce qui a transformé une présence française bien établie, aux solides affluents économiques, culturels et historiques, en une présence fragile qui perd chaque jour des places de base au sein de son espace géopolitique ?

Le récit français pour expliquer ce déclin repose sur une sorte de « déni », le ministère français des Affaires étrangères ayant lié la montée du sentiment anti-français dans certains pays d’Afrique de l’Ouest à « des campagnes de désinformation organisées par certains concurrents stratégiques et leurs outils locaux, comme ainsi que certaines juntes militaires”. Cependant, la réalité est plus complexe que cette simplification, car les raisons de la croissance de cette hostilité peuvent être attribuées à trois facteurs fondamentaux, qui ont commencé à interagir les uns avec les autres pour produire ce déclin français à l’échelle africaine :

• Le facteur historique

Ce facteur est principalement lié à l’humeur populaire en Afrique de l’Ouest. La relation entre les pays de la région et la France n’est pas une relation naturelle entre une grande puissance et des pays émergents, mais plutôt une histoire coloniale dont les principales caractéristiques sont dans la mentalité africaine : esclavage, exploitation et racisme. Dès lors, l’invocation historique du présent est un élément déterminant dans la relation des Africains en général, et en particulier des pays d’Afrique de l’Ouest et du Nord, avec la France. Le passé colonial de Paris, malgré les tentatives d’apologie et les travaux savants et mémoriels en cours, la présente toujours en Afrique de l’Ouest comme la première puissance impériale. Ce cadrage est de plus en plus ciblé depuis l’émergence du mouvement de pensée anticolonialiste au début du siècle actuel, dans le but d’étudier les héritages à long terme du colonialisme dans tous les domaines (politique, économique, etc.) et de mettre fin à la situation coloniale existante, alors que les militants politiques de la région trouvent un terrain approprié pour critiquer la France et sa politique.

La deuxième composante de ce facteur historique est ce qu’on appelle la « politique africaine de la France » à l’époque postcoloniale, durant la seconde moitié du XXe siècle, qui reposait sur l’exploitation sans contrepartie des ressources naturelles de la région, le contrôle des systèmes politiques et la mener des coups d’Etat militaires pour maintenir son contrôle sur le continent ; Cette politique était considérée comme une continuation du colonialisme sous d’autres formes et schémas, et depuis la fin du XXe siècle, elle a fait l’objet de nombreuses critiques de la part des élites africaines.

• Le facteur militaire

Les nouveaux contextes géopolitiques en Afrique de l’Ouest et dans la région du Sahel, avec l’émergence du défi djihadiste et la menace croissante des groupes terroristes, ont nécessité un retour militaire français direct dans la région, à travers une série de mesures sécuritaires et militaires et des alliances avec les régimes. Cependant, cette présence militaire est devenue l’objet de nombreuses critiques de la part de la grande masse des africains et des élites politiques et intellectuelles, comme un élément aggravant la région plutôt qu’un facteur de sa stabilité.

La France avait commencé donc sa nouvelle présence militaire plus large au début de 2013 avec l’opération Serval, qui visait à prévenir et à vaincre les milices islamistes rebelles dans le nord du Mali, qui ont commencé à pousser vers le centre du pays, en déployant environ cinq mille soldats français dans la région. Plus tard, en août 2014, l’opération Serval est devenue l’opération Barkhane, une mission régionale centrée sur la région du Sahel, avec 4 000 hommes, huit avions de combat, 300 véhicules blindés, 300 véhicules logistiques, 17 hélicoptères et avions de transport et cinq drones, puis le plus grand déploiement de forces françaises à l’étranger, jusqu’à la date du retrait en août 2022.

• Le facteur externe

Ce point est à la base de toutes les interprétations françaises, car les forces concurrentes de la France en Afrique de l’Ouest, dont la Chine et la Russie, notamment, jouent un rôle clair dans l’exploitation des facteurs historiques et militaires pour alimenter les sentiments d’hostilité envers la France. Les Français pensent que les Russes mènent essentiellement une guerre de l’information organisée basée sur l’exploitation des réseaux sociaux pour promouvoir et consolider les récits liés au passé colonial de la France et à sa politique économique dans les pays d’Afrique de l’Ouest. Ils s’appuient également sur des réseaux fidèles dans la région constitués d’élites militaires, culturelles et médiatiques.

Cependant, le recul français ne laisse pas sa place au vide, dans la mesure où il constitue une incitation à l’expansion de l’influence russe, qui s’accroît rapidement et de façon inhabituelle, dans une sorte de lutte parallèle que mène Moscou contre ses adversaires occidentaux (dont la France), et c’est un combat qui n’est pas moins important que le conflit actuel en Europe de l’Est.

Dans cet article, nous avons cherché à analyser la relation entre le déclin de l’influence française et l’expansion de l’influence russe en Afrique de l’Ouest, et une tentative d’anticipation des voies futures du conflit et de ses effets sur le continent africain.

Et si nous voyons de l’autre côté le schéma de l’expansion de l’influence russe ?

Effectivement, l’influence française en Afrique de l’Ouest ne laisse pas de vide. Dans la même lignée du rapide recul français, nous assistons réellement à une expansion russe beaucoup plus rapide, car la politique du président russe Vladimir Poutine, depuis son arrivée au pouvoir en l’an 2000, a été basée sur la restauration de l’influence de la Russie dans les régions où l’Union soviétique était fortement présente, y compris de vastes régions d’Afrique et de ses pays, qui étaient gouvernées par les socialistes et gouvernements communistes, à l’époque postcoloniale. À la lumière de cette approche rétrospective du pouvoir, Moscou a profité de la pandémie sanitaire qui a largement frappé le monde pour soutenir son influence africaine. Depuis qu’elle a annoncé son propre vaccin, « Spoutnik 5 », elle s’est lancée dans une campagne de distribution de vaccins gratuits dans les pays africains. Le Fonds d’investissement direct russe a également accepté d’accorder la concession pour fabriquer le vaccin dans 15 pays africains. En même temps, les pays occidentaux, notamment la France, tournaient le dos à la propagation de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, embourbés dans leurs conditions locales. La diplomatie vaccinale a constitué un bon terrain pour Moscou pour construire un récit parmi les peuples d’Afrique de l’Ouest qu’elle présente comme une « superpuissance positive » qui aide les Africains face à une « superpuissance négative » qui exploite leurs richesses et ne leur offre rien en contrepartie.

Poutine exploite de nouveau le renforcement réalisé par l’Union soviétique en Afrique après la rupture des années 1990, alors que la Russie bénéficie de relations vieilles de plusieurs décennies grâce à l’aide que l’Union soviétique a fournie à de nombreux dirigeants africains anticoloniaux. Au moment de la dissolution officielle de l’Union soviétique en 1991, plus de cinquante mille Africains avaient étudié dans des universités et des instituts militaires et techniques soviétiques, et au moins deux cent mille autres Africains avaient reçu une formation soviétique sur le sol africain. Dans le même temps, les Russes travaillent intensivement sur l’Afrique afin de mieux formuler leurs politiques. Par exemple, l’Institut d’études africaines au sein de l’Académie russe des sciences comprend treize unités de recherche, un groupe de travail et un centre d’information, avec un total de plus de 100 membres du personnel de recherche et académique.

Outre la douce puissance, l’influence de Moscou en Afrique de l’Ouest se manifeste par sa puissance dure, comme en témoigne le cas de la société militaire privée russe « Wagner », dont la République centrafricaine et le Mali utilisent les services pour contrôler leurs sphères géographiques. Wagner a commencé à travailler en République centrafricaine en 2018. Malgré de nombreuses accusations de violations des droits de l’homme par le groupe dès 2019, il était généralement considéré comme jouant un rôle positif. En effet, Wagner a aidé à empêcher l’Alliance des patriotes, dirigée par l’ancien président François Bozizé, qui cherchait à renverser le président Faustin-Archange Touadera. Cependant, le groupe a ensuite aidé à maîtriser des civils dans d’anciennes zones tenues par les rebelles. Wagner opère également au Mali depuis fin 2021, lorsque le pays s’est éloigné de ses partenaires de sécurité traditionnels, comme la France. Cela a coïncidé avec l’intensification des opérations militaires contre les combattants islamistes. Dès lors, les activités du groupe russe semblent se concentrer sur la protection des régimes politiques alliés, ce qui consolide davantage l’influence de Moscou en Afrique de l’Ouest.

Plus généralement, l’approche de la Russie en matière d’utilisation de sociétés militaires privées ces dernières années reflète les leçons tirées des déploiements passés, des politiques de plus en plus expansionnistes et un désir de gains économiques, géopolitiques et militaires. En 2014, l’Ukraine a été le premier laboratoire de cette expérience. Les Russes ont ensuite affiné le modèle, car ces groupes spéciaux travaillaient avec les forces locales dans des pays comme la Syrie et la Libye. Au fil du temps, Moscou a étendu l’utilisation de ses sociétés militaires privées à l’Afrique subsaharienne, à l’Amérique latine et à d’autres régions et pays, dont le Soudan, la République centrafricaine, le Mozambique, Madagascar et le Venezuela. Son rôle principal est de saper l’influence des puissances occidentales, en particulier la France.

Comment va être à l’avenir l’affrontement franco-russe sur le Continent africain ?

Emmanuel Macron lors de sa tournée africaine

Toute tentative de dessiner les traits futurs du conflit russo-français en Afrique de l’Ouest suppose de partir d’une réalité géopolitique assez stable. Par conséquent, la guerre qui se déroule aujourd’hui en Ukraine accroît le flou de la scène future et rend tout processus de prédiction difficile à obtenir, étant donné que les Russes sont une partie majeure et directe dans la guerre, et les Français sont une partie indirecte. En conséquence, l’issue de la guerre, qui ne semble pas se terminer de sitôt, sera un facteur déterminant pour déterminer la partie qui résoudra le conflit en Afrique de l’Ouest. Mais la guerre d’aujourd’hui, malgré son importance, n’est pas le seul déterminant pour prédire l’avenir de l’Afrique de l’Ouest à la lumière de la lutte de pouvoir qui fait rage entre Paris et Moscou.

L’une des voies attendues est la baisse d’influence des deux partis. La France semble aujourd’hui, et pour les raisons que nous avons évoquées plus haut, incapable de reproduire son hégémonie historique sur l’Afrique de l’Ouest, et elle en est consciente, et ne souhaite guère préserver les intérêts économiques et l’existence culturelle par la langue et les liens culturels francophones. Quant à la Russie, son influence peut décliner pour des raisons liées au déroulement de la guerre d’Ukraine. Même si nous supposons, pour les besoins de la discussion, que la Russie a réalisé ou réalisera des gains dans ce domaine, les vastes sanctions occidentales imposées à Moscou inciteront les pays d’Afrique de l’Ouest à se distancer de partenariats plus larges avec les Russes de peur d’être touchés par les sanctions occidentales. Néanmoins, la Russie peut encore étendre sa présence dans l’ouest du continent, à travers ses groupes militaires privés, notamment au Cameroun, après que Yaoundé et Moscou ont signé un accord de coopération militaire à l’échelle des ministres de la Défense des deux pays en Russie l’année dernière. De même au Burkina Faso, où le sentiment anti-français, la situation sécuritaire et le récent coup d’État constituent un terreau fertile pour l’expansion russe.

Dans une autre approche sur laquelle travaille l’administration du président français Emmanuel Macron, la France pourrait s’orienter vers la reconstruction d’une nouvelle politique à l’égard de l’Afrique qui représente une rupture complète avec le passé, en nouant des partenariats avec la société civile, le monde des affaires et la jeunesse, et en investissant davantage dans l’éducation et la culture, pour conquérir les nouvelles élites de l’Ouest du continent, par des politiques de visas plus ouvertes, et le financement de petites entreprises technologiques.

C’est une démarche dans laquelle Macron s’est engagé dès l’automne dernier lors du 28e sommet franco-africain de Montpellier.

Quant à la voie la plus appropriée, et la moins nocive, pour l’avenir, elle est représentée dans la sortie de l’Afrique de l’Ouest de la logique d’influence unilatérale ou de la lutte de double influence vers une approche plus ouverte à la présence de diverses montées et grandes puissances de la région (principalement : la Chine, le Japon et la Turquie, ainsi que la France et la Russie), en tant que zone géographique stratégique en termes de ressources naturelles et de capacités humaines (jeunesse bien éduquée et marché du travail moins cher), en particulier dans le secteurs technologiques.

Perspectives de chacune des deux puissances

Poutine…avec l’Afrique en tête

Les caractéristiques de la concurrence entre Moscou et Paris au Sahel par exemple sont multiples sur plusieurs plans politique, économique, sécuritaire et militaire.

• Au niveau politique

Alors que ce dernier maintient ses alliances traditionnelles avec la plupart des pays du Sahel, et tente de « diaboliser » le modèle russe dans la région comme sapant la stabilité régionale, le premier vise à construire des relations fortes avec les dirigeants africains actuels avec les objectif de former de nouvelles alliances qui reconstruisent son image de puissance mondiale, et facilitent la signature d’accords qui lui permettront d’accéder aux ressources et richesses africaines. Il semble également que la Russie s’efforce de préparer une nouvelle génération de dirigeants africains qui lui sont fidèles, comme en témoignent les accusations portées contre elle d’avoir orchestré le coup d’État au Mali en août 2020 qui a renversé l’ancien président Ibrahim Boubacar Keita, connu pour sa loyauté envers France, malgré le déni russe, et le soutien politique de Moscou au président guinéen Alpha Condé, après avoir apporté des amendements constitutionnels qui lui permettent de rester au pouvoir, malgré l’avertissement de Paris de troubles internes. Les forces militaires wagnériennes sont également intervenues en Afrique centrale en 2018 pour soutenir le gouvernement du président Faustin Touadera, qui fait appel à des conseillers à la sécurité nationale russes. Moscou étend sa sphère d’influence dans les pays de la région en essayant d’attirer et d’employer les tribus locales et de former des alliés locaux pour assurer leur loyauté et atteindre leurs objectifs stratégiques.

• Sur le plan économique

Paris est conscient de l’impact des dangers de l’approche russe du littoral sur l’acquisition des ressources et des richesses de la région, alors que Moscou cherche à établir des partenariats économiques et commerciaux avec les pays côtiers, avec les objectif d’obtenir des opportunités commerciales et d’investissement viables dans la région telles que des projets énergétiques, le développement de l’énergie nucléaire, et la vente d’armes russes. Moscou acquiert 37,6 % du marché africain de l’armement et, en 2019, la société russe « Rosoboronexport » a conclu un certain nombre de contrats d’armement avec certains pays de la région tels que le Burkina Faso, le Mali, le Nigeria et l’Angola. Les investissements dans les secteurs du pétrole, du gaz et de l’énergie nucléaire constituent un point fort de l’influence économique russe dans la région. Moscou cherche à obtenir des ressources naturelles des pays riches de la région, tels que le Cameroun, le Tchad, le Nigeria, le Mali et le Burkina Faso, et importe certaines ressources minérales telles que les diamants d’Afrique centrale, la bauxite de Guinée et le platine du Zimbabwe. Certaines entreprises russes, comme « Nordgold », étendent également leurs investissements dans le secteur des richesses minérales, comme l’or, en Guinée, au Burkina Faso et au Mali. Certaines entreprises françaises et russes assistent à une concurrence dans certains domaines, car il existe une forte concurrence entre la société russe « Rosatom » pour l’énergie nucléaire et son homologue français, « Avenda », pour obtenir davantage de contrats et de concessions dans les pays de la région.

• Sur le plan sécuritaire et militaire

La variable sécuritaire et militaire constitue un pilier important de la politique russe au Sahel, dans le cadre des efforts de Moscou pour développer les relations de coopération avec les pays de la région en signant le plus grand nombre d’accords de défense conjointe, en favorisant la vente d’armes russes aux armées de la région, et le renforcement du rôle des

A noter que la Russie a signé plus de 30 accords de sécurité avec les pays du continent, dont le Mali, l’Afrique centrale, le Niger, le Burkina Faso, le Cameroun, la Gambie, le Ghana et d’autres.

Pour clôturer ce premier volet concernant la concurrence franco-russe en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel africain, nous pouvons souligner que Moscou a pris conscience de l’importance de bouleverser le réseau d’alliances de la France avec les pays sahéliens et cherche à remodeler à nouveau la carte des alliances régionales dans le but de renforcer l’influence russe au détriment de la réduction de l’influence française.

Par conséquent, les mouvements russes dans ces zones du Continent africain se concentrent sur les contradictions de la politique française bien établie dans la région dans le but de gagner plus de nouveaux alliés régionaux et de maximiser les intérêts stratégiques.

Pour cela, Moscou s’appuie sur de nombreux outils, notamment le développement des relations diplomatiques, la signature d’accords de sécurité et de coopération militaire avec les pays sahéliens, le soutien des courants politiques opposés à la présence militaire française dans la région, et le renforcement de la présence de son groupe paramilitaire privé « Wagner », qui représente un bras militaire de la politique russe sur le continent et est actif dans un certain nombre de pays de la région comme l’Afrique centrale et le Mali.

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